04/03/2004 - Rien ne sert de diaboliser l'alcool, et a fortiori le vin, disent les associations antialcoolisme. L'alcool n'est pas la cigarette.
Une publicité pour les vins de Bourgogne interdite, une autre pour les vins de Bordeaux en procès... La loi Evin se trouve une fois encore en ligne de mire, alors que les lobbies viticoles se déchaînent et que les politiques fourbissent leurs armes à quelques semaines des élections cantonales et régionales.
« Buvons moins, buvons meilleur. » Avec ce slogan, qui n'encourage pourtant pas aux orgies dionysiaques les plus folles, la campagne publicitaire de l'agence CPP pour le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) a été fustigée par l'Association nationale de prévention de l'alcoolisme (ANPA). Une plainte a été déposée, qui doit être examinée le 8 mars par le tribunal de Paris. Quelques semaines plus tôt, le 6 janvier, la campagne des vins de Bourgogne avait été interdite... Tempête chez les vignerons : l'association Vins&Société, fédérant différentes collectives de producteurs viticoles, n'a pas été longue à monter au créneau en publiant dans la presse une annonce inspirée par les visuels mortuaires des paquets de cigarettes. En accroche, une question : « L'interdit est-il le seul avenir du vin en France ? »
Un texte difficile à interpréter
Une fois de plus, treize ans après le vote de ce texte sur la lutte contre l'alcoolisme (et le tabagisme), le débat autour de la loi Evin fait rage. Pour l'instant, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s'est prudemment prononcé en faveur d'une « adaptation » du texte pour défendre les intérêts de la profession, même si Hervé Gaymard, ministre de l'Agriculture, s'est opposé à toute remise en cause de la loi... Le sujet est délicat pour le gouvernement : les élections régionales et cantonales se rapprochent et chez les lobbies viticoles, très puissants en France, la colère gronde. Les agences de publicité ne sont pas en reste : principal reproche fait à la loi, la difficulté à interpréter le texte. Pour Jacques Bille, vice-président délégué général de l'Association des agences conseils en communication (AACC), le problème vient de la« sophistication inouïe des termes qui ne permet pas, à l'usage, de savoir si la publicité est possible ou non. La jurisprudence n'est pas sûre, du coup, on joue à la roulette russe quand on sort une campagne. »
Les services juridiques des agences font preuve d'une grande prudence dans ce secteur, qui tend à la frilosité.« Tout ce qui a trait à l'humain, de près ou de loin, est hors cadre,explique Vincent Damien, directeur artistique chez McCann Paris, en charge du budget Martini.Le service juridique de l'agence est très strict. Ils ont même fait retirer un visuel qui montrait un siège au motif qu'il était trop incliné et suggérait trop de confort... »Un cadre étroit certes, que les producteurs de vins souhaitent voir élargir. Reste à voir dans quelle mesure cette revendication peut être réalisable.
Une chose est sûre : pour aucun des acteurs du débat, il n'est question de prohiber totalement la publicité pour les alcools. Philippe Batel, alcoologue à l'hôpital Beaujon de Clichy, conseiller de l'INPES (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) et expert à l'OMS (Organisation mondiale de la santé), refuse ce qu'il appelle la« diabolisation de l'alcool » : « Il est impossible de nier l'importance culturelle de l'alcool dans notre pays, premier producteur mondial de vin. Même nous, spécialistes, ne souhaitons pas présenter les boissons alcoolisées comme des poisons diaboliques. »
Distinguer l'alcool du vin
Les toxicologues, comme les associations d'aides aux alcooliques, ne préconisent pas pour les boissons alcoolisées le même sort que pour le tabac. Car les conséquences de leur consommation sur la santé ne sont pas comparables, affirment les professionnels.« Un verre de vin par jour peut avoir des effets bénéfiques, tandis que toute cigarette est dangereuse »,souligne Patrick Elineau, directeur général de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie.« La consommation d'alcool peut être une source de plaisir,ajoute-t-il,elle se gère de manière raisonnable pour les 90 % de la population française qui restent dans les limites fixées par l'OMS, soit 2 à 3 verres par jour pour un homme et 1 à 2 pour une femme... »
« La publicité autorisée pour les boissons alcooliques est limitée à l'indication du degré volumique d'alcool, de l'origine, de la dénomination, de la composition du produit, du nom et de l'adresse du fabricant, des agents et des dépositaires ainsi que du mode d'élaboration, des modalités de ventes et du mode de consommation du produit. Cette publicité peut comporter en outre des références relatives aux terroirs de production et aux distinctions obtenues. Le conditionnement ne peut être reproduit que s'il est conforme aux dispositions précédentes. Toute publicité en faveur de boissons alcooliques, à l'exception des circulaires commerciales destinées aux personnes agissant à titre professionnel, doit être assortie d'un message de caractère sanitaire précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé. » (Extrait de la loi du 10 janvier 1991)
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