09/09/2004 - Qu'ils soient écrits par des journalistes professionnels ou de simples passionnés, leur influence dans la campagne présidentielle est devenue incontestable.
Blog et bug, il ne faut pas confondre ! Ce média, appelé aussi « joueb » - la contraction de « journal Web » -, est apparu sur le Net aux États-Unis en 1999, grâce à la mise sur le marché d'un logiciel accessible à tous et au site www.blog ger.com (kit d'installation en français : www.joueb.com). Il permet à chacun de mettre en ligne tout ce qui lui passe par la tête. S'il s'agissait au départ de journaux intimes, les blogs désignent aujourd'hui des sites consacrés à l'actualité. En octobre 2000, il s'en créait trois cents par jour. Avec les attentats du 11 septembre 2001, le phénomène a pris une nouvelle ampleur : on en recense plusieurs millions. Certains blogueurs livrent leur version des événements parce qu'ils en ont été les témoins directs ou ont enquêté de leur côté. D'autres abordent des sujets essentiels à leurs yeux, mais peu traités ou ignorés. Mais tous ont les médias traditionnels à l'oeil.« Attention, nous allons vérifier tout ce que vous dites ! »,a ainsi prévenu le blogueur Ken Layne (www.kenlayne.com).
Une sorte de presse parallèle
Les journalistes, surtout américains, se sont engouffrés dans la « blogmania », saisissant l'occasion de pouvoir écrire sans tenir compte des contraintes de place, de temps ou de ligne éditoriale. Certains blogueurs sont devenus des « webstars », cités par des médias traditionnels. Une influence qui a parfois déclenché des raz-de-marée médiatiques. Quelques mois avant qu'il ne reçoive la Palme d'or à Cannes pourFahrenheit 9/11,Michael Moore avait remis sur le tapis la polémique sur la « désertion » de George Bush de la Garde nationale, en pleine guerre du Vietnam. Connue depuis la campagne présidentielle de 2000, elle n'avait à l'époque été reprise que par un journal américain, leBoston Globe.Suite aux déclarations de Moore, un consultant de la Silicon Valley, Kevin Drum, s'est mis en tête de dénicher les papiers prouvant la fraude de Bush, puis les a publiés sur son blog. À quelques mois de l'élection présidentielle de novembre 2004, cela fait son effet. Depuis, Drum a été embauché auWashington Monthly.
Josh Marshall, blogueur et jeune journaliste, annonçait en janvier dernier qu'il comptait couvrir les primaires dans le New Hampshire, mais non pour un journal. Il lance une demande de donations auprès de ses lecteurs pour financer son reportage. Et reçoit plus de 4 000 dollars en deux jours ! Ainsi, les blogs forment désormais une sorte de presse parallèle. Que la presse traditionnelle s'empresse parfois de récupérer, tel Glenn Reynolds, professeur de droit dans le Tennessee et blogueur émérite (www.instapundit.com), devenu consultant pour CNN. Cette presse se sert aussi du blog pour justifier certaines prises de positions éditoriales : fin 2003, le quotidien de Cleveland,Plain Dealer,avait publié le nom des habitants ayant un permis d'armes dans l'Ohio. Sous la pression des critiques, le directeur du journal, Doug Clifton, a lancé le 15 janvier 2004 son blog personnel pour se défendre.
En France, les journalistes sont de plus en plus nombreux à s'y mettre, ce qui commence à intéresser les journaux qui les emploient. En témoigne le site Internet deLibération,qui affiche sur sa page d'accueil (www.liberation.com) le lien avec les blogs de trois de ses journalistes maison. Une professionnalisation qui peut éviter des dérives, mais aussi faire perdre aux blogs tout leur attrait...
Correspondant à Washington pourLe Parisien, La VieetMariannedepuis janvier 2003, ce journaliste anime son blog (www.cantaloube.com) depuis septembre 2003.
Qu'est-ce qui vous a incité à créer votre blog ?
Thomas Cantaloube. Je couvrais la campagne et l'élection d'Arnold Schwarzenegger comme gouverneur de Californie, mais une actualité importante et inattendue en France a monopolisé les journaux sur d'autres sujets que le mien. Avec une amie infographiste, nous avons eu l'idée de publier le fruit de mon travail directement en ligne. Mon blog était né !
Quelle est la différence avec une publication dans un journal ?
T.C. C'est un moyen de mettre à la disposition des lecteurs ce que les journaux ne veulent pas publier. J'y déverse mon trop-plein d'informations ainsi que mes commentaires personnels sur la politique américaine.
Vous sentez-vous plus proches des lecteurs ?
T.C. Leurs réactions sont immédiates. On perçoit ainsi bien mieux ce qui les intéresse. Il m'est arrivé d'avoir des demandes d'explications plus détaillées. Ou de trouver le point de vue d'un lecteur tellement pertinent que je l'utilisais dans mon travail.
Entretien : E.B.
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