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L'entreprise citoyenne à l'épreuve des faits

06/01/2005 - La tragédie qui a frappé l'Asie du Sud a suscité un élan de solidarité sans précédent à travers le monde. La participation massive des entreprises, qu'elle soit compassionnelle ou intéressée, donne une autre réalité à la notion d'entreprise citoyenne.

Lundi 3 janvier, 15 h 20 heure locale. L'avion du ministre de la Santé, Philippe Douste- Blazy, atterrit à l'aéroport de Colombo, capitale du Sri Lanka. À son bord, également, quinze tonnes de médicaments et de matériel de purification d'eau à destination des zones touchées par les tsunamis de la semaine précédente. Le ministre est accompagné de membres d'Organisations non gouvernementales (ONG), d'une équipe d'épidémiologistes et de deux PDG : Jean-François Dehecq et Henri Proglio, respectivement numéro un du groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis et numéro un du spécialiste du traitement de l'eau Veolia Environnement. Ces deux entreprises ont fourni l'essentiel de la cargaison. Une mission si médiatisée que Jean-François Dehecq essaie d'en limiter la portée :« Ma présence est avant tout symbolique. Il s'agit de montrer que nous ne donnons pas seulement de l'argent et des médicaments, mais que nous nous investissons personnellement et nous nous mettons à la disposition des autorités locales. »Un profil bas également adopté par Veolia.« En participant à ce voyage, Henri Proglio souhaite avant tout témoigner de sa solidarité envers les salariés du groupe sur place »,précise Florence de Soos, directrice de la communication externe. La discrétion est de rigueur.

Depuis le début de la catastrophe, qui a fait au moins 145 000 morts en Asie du Sud, les entreprises n'ont pas été les dernières, à l'exemple des États et des particuliers, à participer à l'élan mondial de solidarité d'aide aux pays touchés (lire le tableau). Dix jours après le raz-de-marée, l'aide française s'élevait à plus de 90 millions d'euros, dont 48 millions débloqués par l'État, 35 millions provenant de dons des particuliers et plus de 10 millions des entreprises. Sans compter la mobilisation des collectivités locales.« Depuis dix ans, les entreprises, confrontées à des crises de plus en plus nombreuses dans les différents pays où elles sont présentes, se sont dotées de compétences en la matière. Aujourd'hui, le monde économique et celui des ONG ont des relations plus professionnelles. Leurs opérations sont discrètes mais souvent plus efficaces que les effets de manche de certaines autorités publiques »,lance Xavier Guilhou, patron du cabinet XAG Conseil et coauteur deQuand ONG et patrons osent(Éditions Eyrolles, septembre 2004).

Communiquer à l'interne

« Il s'agit de la première crise réellement globale. Tout le monde est concerné : entreprises, individus ou pouvoirs publics »,constate Jean-Claude Boulet, président de l'agence Harrison&Wolf qui, dans ce genre de situation, n'imagine pas un groupe comme Danone, leader mondial de l'eau minérale et numéro un en Indonésie sous la marque Aqua, rester inactif. Le groupe français a, entre autres, mis à la disposition des ONG dix millions de bouteilles d'eau pour toute la zone Asie.

Les entreprises, dont les rapports d'activité ne cessent de faire référence depuis quelques années aux notions d'engagement citoyen et de développement durable, se voient ainsi rattrapées par les faits. Doivent-elles pour autant médiatiser leur action ? Conscientes des risques de dérapages, notamment dans une situation aussi exceptionnelle que celle du cataclysme en Asie, les nombreuses sociétés qui ont proposé leur aide se sont contentées de diffuser un simple communiqué de presse.« Nous faisons de l'information plus que de la communication. Nous nous contentons de répondre aux demandes des journalistes »,note un porte-parole de Carrefour, dont la fondation d'entreprise a versé 300 000 euros aux ONG et autorités locales.

Dans leur grande majorité, les entreprises ont ainsi concentré leur effort de communication en interne.« C'est un élément très important pour nous. Notre unité d'intervention d'urgence, la Water Force, créée en 1998 après le passage du cyclone Mitch au Nicaragua, a permis d'envoyer dès le début des événements en Asie des ingénieurs et des spécialistes du groupe, en étroite collaboration avec des ONG. Aucun communiqué de presse n'a été diffusé à ce sujet »,rappelle Florence de Soos, pour Veolia Environnement. Dans ce genre de crise, la mobilisation interne a souvent un effet d'entraînement, comme en témoigne la collecte organisée à l'initiative d'employés sri-lankais du Carrefour de la ville de Collégien (Seine-et-Marne). Mobilisation aussi, dès les premières heures de la catastrophe, des magasins thaïlandais, indonésiens et malaisiens du groupe. De son côté, Sanofi-Aventis est allé jusqu'à créer un jumelage sur le long terme entre chacun de ses sites français et un des villages détruits en Asie.


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Les médias, de l'information aux dons

Peut-on on se contenter d'informer face à un cataclysme de grande ampleur ? C'est en ces termes que les médias ont abordé les tsunamis en Asie du Sud. Journaux télévisés prolongés, soirées spéciales, journalistes dépêchés sur place... Double priorité : couvrir au mieux l'événement, certes, mais aussi favoriser le maximum de dons. TF1, qui va verser 600 000 euros à six associations humanitaires et prépare un spécialQui veut gagner des millions,appelle ses compatriotes à faire acte de générosité. Idem à France Télévisions, qui s'est associé à l'Unicef et à la Fondation de France, avecLe Figaro,pour relayer les appels aux dons. France 3 diffusera, le 14 janvier, unThalassaspécial. M6, elle, qui attend le 9 janvier pour réaliser unZone interditespécial, va reverser cette semaine aux organisations humanitaires les gains de ses jeux du matin et, le 9 janvier, le produit de l'écran publicitaire de coupure de son prime time. Radio France, de son côté, s'est associée avec la Croix-Rouge pour l'opération « un SMS pour l'Asie » (1 euro reversé par appel), qui a déjà permis d'engranger 1,25 million d'euros le 4 janvier. De son côté,Le Parisien,qui a titré en gros caractères « Donnons » le 30 décembre, s'est associé à Action contre la faim, à l'instar de RTL.

« Suivre la montée de la mobilisation »

L'appel à la solidarité est de nature à susciter une couverture émotionnelle et, pour mieux impliquer les donateurs, une mise en avant du drame des Français.« Quand on fait de l'information,rappelle Robert Namias, directeur de l'information de TF1,on n'a pas vocation à provoquer des rentrées d'argent. C'est pourquoi nous ne lançons pas des appels aux dons en tant que tels, nous signalons l'existence d'associations. »De son côté, Ulysse Gosset, directeur de la rédaction de France 3, déclare vouloir« suivre la montée de la mobilisation des régions alors que chacun se sent touché par la catastrophe ».Le 31 janvier, une émission verra« après l'émotionnel, si la France est menacée par un raz de marée possible en Méditerranée ou sur la côte atlantique ».Amaury de Rochegonde

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