MARKETING COMMUNICATION MEDIAS
Accueil > « Le marketing n'existe pas en littérature »

« Le marketing n'existe pas en littérature »

07/09/2006

Pierre Assouline,critique littéraireet écrivain, décryptela rentrée littéraire.

Christine Angot semble devenue une marque. Pourquoi, selon vous, un tel emballement médiatique à son égard ?

Pierre Assouline. Pour moi, Christine Angot, c'est le reflet typique de ce que la rentrée littéraire parisienne offre de plus vain, de plus vide. Cela tient avant tout à son ancienneté. C'est un écrivain qui publie régulièrement et qui s'est arrangé par nature à créer le scandale, les petits scandales. Elle est aujourd'hui précédée par son odeur de soufre. C'est une minilégende, à la mesure du minimilieu qui s'occupe de minilittérature, qui est une littérature du moi, de l'autofiction. La plupart des journaux, qui bouclent leur numéro de rentrée en juin, s'attendaient donc à ce qu'elle fasse événement. Christine Angot s'est par ailleurs constitué un réseau d'amis, l'axe [Philippe] Sollers- [Josyane]Savigneau. Des inconditionnels... Ça marche comme ça.

Cela peut-il avoir un impact sur les ventes de journaux ?

P.A. Quand un titre met en une Christine Angot ou Amélie Nothomb, une vraie rock star qui a su fidéliser un large public, c'est évidemment dans l'espoir de doper ses ventes. Moi-même, quand je dirigeais le magazine Lire, il m'est arrivé d'avoir ce genre de réflexe. Mais on se trompe souvent. Ce n'est pas aussi automatique que cela.

Tout le monde a salué le marketing du livre de Nicolas Sarkozy, Témoignage, sorti en plein été. Est-ce si innovant ?

P.A. Sortir un livre au mois de juillet, c'est extrêmement rare. Pendant les vacances, quoi qu'on en dise, on ne s'intéresse pas aux nouveautés mais aux ouvrages achetés pendant l'année que l'on n'a pas eu le temps de lire. L'éditeur de Nicolas Sarkozy, Bernard Fixot, est un homme de marketing, un très bon. Il a vraiment le sens du marché. Il fait aussi beaucoup de publicité, essentiellement à la radio, un peu par affichage. Quand il veut promouvoir un livre, il n'hésite pas à inviter les journalistes en voyage de presse. Il connaît bien le monde journalistique. Il sait qu'il est éminemment corruptible. Pour corrompre un journaliste, il suffit de l'inviter à déjeuner. Alors imaginez un voyage de presse...

Toutes les maisons ont-elles une politique marketing aussi développée ?

P.A. Sarkozy, ce n'est pas de la littérature générale. Pour cette dernière, je pense que le marketing n'existe pas. L'édition est un métier de joueur. On publie des livres parce qu'on les aime, en espérant qu'ils vont marcher. On fait des projections, on interroge les libraires pour ajuster les tirages, c'est tout. Pour moi, le livre événement de la rentrée, Les Bienveillantes de Jonathan Littell [chez Gallimard], est un roman totalement improbable en termes de marketing. Il a tout contre lui. C'est un premier roman, l'auteur est inconnu, il parle d'horreurs absolues et il fait 900 pages. En termes de marketing, de marché, c'est de la folie !


Page 1/2
Vos commentaires

Réagissez à cet article
Merci de vous identifier afin de pouvoir publier un commentaire : Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

STRATEGIES SERVICES