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Ségo et Sarko dans leurs meubles

08/02/2007 - Le spécialiste du design Gérard Caron décrypte pour Stratégies les sièges de campagne de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Où l'on constate que l'image des deux candidats est indissociable des lieux qu'ils se sont choisis. Reportage photos : Grman

Fondateur de l'agence Carré noir, aujourd'hui consultant auprès des sociétés souhaitant s'implanter au Japon et animateur du site Admirabledesign.com, Gérard Caron est plus habitué à analyser les marques que la vie politique. À l'occasion de la course à l'élection présidentielle, nous avons proposé à ce professionnel reconnu un exercice particulier : visiter les locaux de campagne de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy pour analyser, de façon non partisane, les choix d'aménagement des deux candidats au regard de leur image publique. Pourquoi ces deux-là, au risque de renforcer la bipolarisation de la campagne dénoncée par les autres prétendants ? Parce qu'ils ont orchestré avec faste la révélation de leur QG, le 17 janvier pour Nicolas Sarkozy, le 22 pour Ségolène Royal, qui a voulu le sien « ouvert au peuple français ».

Chez Ségolène Royal, « un petit magasin de décoration »

Au contraire de Lionel Jospin en 2002, qui avait monté son « Atelier » dans le Xe arrondissement de Paris, le siège de campagne de la candidate socialiste s'appuie sur l'appareil de son parti, au 10, rue de Solférino, dans le VIIe arrondissement de Paris. Le service de presse avait prévenu : « Il n'y a pas de volonté de communiquer sur l'image en dehors de la journée d'inauguration du 22 janvier. » Qu'à cela ne tienne, le lieu est ouvert au public : une tente de 100 m² a été dressée dans la cour d'entrée du PS pour accueillir les sympathisants et les curieux. Visible depuis la rue, un écran géant diffuse des images des débats participatifs organisés dans toute la France. « Une bonne idée, commente Gérard Caron, même s'il n'y a pas de son. »

À l'intérieur, le décor frappe par ses tonalités printanières : blanc des fauteuils et du pot de fleur géant à l'entrée, rose des papillons, oiseaux et branches de cerisier collés sur les vitres, rouge des centaines de roses suspendues têtes en bas au plafond. On reconnaît la griffe de Philippe Starck dans les tabourets transparents Charles Ghost et les canapés Bubble Club en plastique. La touche high-tech est apportée par l'espace cybercafé (en fait, quelques I-Mac avec un distributeur de boissons) et ses tables en métal rehaussées de néons rose et vert fluo. Quant aux aménagements intérieurs du siège du PS, le membre du service de presse venu nous accueillir consent à nous laisser jeter un oeil, mais le photographe est prié de ranger son appareil : encore du Starck, avec des tabourets de couleur, des chaises Louis Ghost... On est dans un catalogue du fabricant italien Kartell.

Jointe au téléphone, la scénographe Nicole Masset, propriétaire d'une galerie de design à Angoulême et déjà chargée de l'aménagement des bureaux de la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, justifie ses choix : « Ségolène Royal voulait une image de notre époque, à la portée des gens, pas esthétisante, qui crée un accueil sympathique. Nous avons travaillé en confiance car il fallait avancer dans l'urgence et pour un coût raisonnable. Pour cela, les maisons italiennes ne sont pas forcément plus chères qu'Ikea. » Les roses suspendues ont déjà été utilisées par la créatrice pour une soirée Hennessy à Cognac, en 2005. Leur symbolique pas forcément positive a été critiquée à l'intérieur du Parti socialiste. « Mais, dans l'autre sens, on ne verrait que des tiges ! », rétorque Nicole Masset.

Gérard Caron est lui aussi mitigé : « Je vois un décor moderne sans être prétentieux. On sent une vraie volonté visuelle de rupture avec la pierre cossue qui est autour. Mais il y a un aspect superficiel. Où est le fil rouge, l'unité ? On est dans un petit magasin de décoration, une petite boîte de nuit. On ressent plus une ambiance qu'un message. » Quant aux roses au plafond, « elles réduisent l'espace ». À noter que la volonté d'ouverture s'arrête à la porte des bureaux de Ségolène Royal et de sa garde rapprochée, 300 m² loués sur le boulevard Saint-Germain, inaccessibles aux journalistes.

Chez Nicolas Sarkozy, « un design fonctionnel »

Changement de décor au siège de campagne de Nicolas Sarkozy, qui a installé sa machine de guerre, véritable « war room » à l'américaine, au 18, rue d'Enghien, dans le Xe arrondissement de Paris. « Nicolas Sarkozy avait la volonté d'être dans un quartier vivant et populaire », affirme son service de presse. Un parti pris qui se heurte à l'hostilité des riverains, agacés par l'omniprésence des forces de l'ordre.


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Chez les autres

La plupart des candidats ont installé leur QG au siège de leur parti : c'est le cas de François Bayrou pour l'UDF, rue de l'Université à Paris, de Jean-Marie Le Pen pour le FN, à Saint-Cloud (et sur Second Life, comme Ségolène Royal), de Marie-George Buffet au siège du PCF, place du Colonel-Fabien, de Dominique Voynet pour les Verts, rue du Faubourg-Saint-Martin, d'Arlette Laguiller pour LO, à Pantin, et d'Olivier Besancenot pour la LCR, rue Taine. Philippe de Villiers, lui, a jeté les amarres à deux pas de la gare Montparnasse. Et José Bové, devra-t-il faire campagne en prison ? La Cour de cassation devait en décider le 7 février, pour une affaire de fauchage d'OGM.

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