10/05/2007
Les entreprises se font de plus en plus mécènes. La consultante Virginie Seghers, auteur du livreCe qui motive les entreprises mécènes (éditions Autrement), analyse cette tendance qui touche aussi les politiques et les chefs d'entreprise.
Après Bill Clinton et Albert II de Monaco, Jacques Chirac s'apprête à créer sa fondation. Comment expliquez-vous cet intérêt des politiques pour le mécénat ?
Virginie Seghers. La fondation est la structure la plus appropriée pour mener des actions pérennes en toute indépendance. Ces hommes d'État souhaitent inscrire leur nom dans l'histoire en continuant à agir à titre plus personnel et à l'échelle mondiale en faveur de l'intérêt général. Jacques Chirac, qui n'a pas laissé de grandes institutions à la France, à l'exception du musée du quai Branly, donne une nouvelle ambition à la philanthropie française. C'est, au sens noble, un geste politique.
Les entreprises semblent elles aussi de plus en plus intéressées par les fondations...
V.S. Le fait le plus marquant de ces dernières années est l'envolée du nombre de fondations créées par les grandes entreprises, mais aussi par des PME. Le prochain cap est le développement du philanthro-capitalisme, inspiré par le modèle américain dont le parangon est la fondation Gates.
Est-ce lié à la loi de 2003, qui offre d'avantageuses réductions fiscales ?
V.S. Les statistiques montrent en effet un bond en avant à partir de 2003. Les sommes consacrées au mécénat d'entreprise en France ont d'ailleurs plus que doublé après 2003, pour atteindre 1 milliard d'euros en 2005. La France n'est à présent plus en retard par rapport à ses voisins européens.
Le mécénat a longtemps été qualifié d'alibi ou de « danseuse du président ». Est-ce encore le cas ?
V.S. Ces poncifs renvoient à des cas exceptionnels stigmatisés par les médias, qui ont longtemps pensé que l'entreprise se faisait, par ce biais, de la publicité à bon compte. Mais le mécénat ne cherche pas à valoriser une marque ou un produit. Il touche à la communication institutionnelle, à la réputation de l'entreprise et, au-delà, à son attractivité sociale, à sa culture même. Aucune entreprise ne va se dédouaner d'un comportement irresponsable par un acte de mécénat. Les fondations ont par ailleurs atteint un niveau de professionnalisation et d'autonomie qui va bien au-delà du caprice éventuel d'un président.
Quel intérêt représente le mécénat pour une entreprise ?
V.S. Le mécénat permet, en interne, de valoriser sa culture, de faire partager ses valeurs de façon tangible en renforçant le sentiment d'appartenance à un groupe. Nombreuses sont, en effet, les entreprises mécènes qui proposent à leurs salariés de s'impliquer en donnant du temps et des compétences pour des projets culturels ou sociaux. Le mécénat permet aussi de dialoguer avec les institutions sur d'autres sujets que les enjeux commerciaux classiques. C'est une expression de la diplomatie d'entreprise, une occasion de rencontre avec de nombreuses parties prenantes et un accompagnement éventuel à la conquête de nouveaux marchés.
Vous parlez également dans votre livre de supplément d'âme.
V.S. Rien n'oblige une entreprise à se faire mécène. Elle peut donc être imaginative, prendre des risques, se distinguer de ses concurrents. Cette liberté fait du mécénat une tête chercheuse, un terrain d'expérimentation et d'innovation. Le microcrédit, par exemple, a longtemps été vu comme une action purement caritative. Aujourd'hui, plusieurs banques ont compris qu'il était rentable et pouvait devenir un métier. Autre exemple, l'entreprise Doublet à Lille, spécialisée dans l'installation de tentes pour conférences, soutient des créateurs : elle n'imaginait pas que le « détournement » artistique de ses matériaux pourrait devenir un produit susceptible d'intéresser ses clients. Le mécénat accompagne ainsi des créateurs qui savent anticiper les attentes de notre société, répondre à des maux que l'entreprise ne sait pas seule déceler.
18 % des entreprises de plus de 200 salariés font du mécénat.
53 % des entreprises mécènes sont des PME.
1 milliard d'euros a été consacré au mécénat d'entreprise en 2005.
66 % des entreprises mécènes interviennent dans le domaine de la solidarité (52 % pour la culture).
Source : Admical.
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