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Les hommes du président

31/05/2007 - Dès son installation à l'Élysée, Nicolas Sarkozy a pris soin de s'entourer de nombreux professionnels des sondages, des médias et de la publicité.

Une fête au Fouquet's, une croisière sur un yacht au large de Malte, un footing présidentiel devenu une institution très médiatisée... Nicolas Sarkozy n'a pas tardé à imprimer son style et sa marque à l'Élysée. Sa marque, en effet, car il s'agit bien d'une stratégie marketing qui se déroule sous nos yeux depuis le 6 mai. Né avec la société de l'information, le nouveau président a instauré sans complexes une République des images. Déjà largement comparé dans la presse aux phénomènes Kennedy ou Giscard, le cas Sarkozy devrait lui aussi être promis à un bel avenir dans les manuels de marketing.

Tous ses collaborateurs le reconnaissent, le principal artisan de cette stratégie de marque est Nicolas Sarkozy lui-même. Mais, plus encore que ses prédécesseurs, le nouveau locataire de l'Élysée s'est entouré d'une équipe de communicants très étoffée. Cécilia Sarkozy y occupe évidemment une place de choix. Après un passage à vide en fin de campagne se concluant par une abstention remarquée au second tour, la Première Dame de France, qui a été notamment la grande ordonnatrice des trois meetings parisiens de son mari, semble avoir repris ses marques. Bien que sans fonction officielle, elle aura à sa disposition une conseillère en communication à plein temps, Carina Alfonso-Martin, ex-attachée de presse à Disneyland.

Pour orchestrer, accompagner et relayer sa communication, Nicolas Sarkozy pourra compter au quotidien sur sa garde rapprochée à l'Élysée mais aussi sur un pool de conseillers de l'ombre, sans parler de ses nombreuses relations dans les médias et la communication.


Alain Delcayre
Information traitée dans Stratégies Magazine n°1459

La garde rapprochée

Étonnant attelage que celui du premier cercle des communicants qui entourent ­Nicolas Sarkozy à l'Élysée. Les fidèles y ­côtoient de nouvelles têtes. Parmi les premiers, on retrouve l'incontournable Franck Louvrier, fidèle d'entre les fidèles, aux côtés du maire de Neuilly, du ministre, du président de l'UMP et du candidat. À trente-neuf ans, le conseiller en communication et chef du service de presse du Président se retrouve à la tête d'une dizaine de personnes, en plus de l'équipe des services photo et audiovisuel de l'Élysée. Il devra s'accorder avec David Martinon, ancien sherpa de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, qui devient porte-parole de l'Élysée, assisté de Pierre-Jérôme Hénin. Cet ancien conseiller de ­Michel ­Barnier et Catherine Colonna, qui vient de passer trois petits mois chez Publicis Consultants où il était chargé des affaires publiques, s'occupera de la presse internationale. Côté discours, Nicolas Sarkozy garde auprès de lui son « parolier » préféré : Henri Guaino. Ancien séguiniste ayant inspiré la « fracture sociale » du Chirac de 1995 et, entre autres, les sorties sur Jaurès du candidat de l'UMP, cet ancien commissaire général au Plan devient conseiller spécial. ­Nicolas Sarkozy sait aussi que tout bon discours se nourrit de l'air du temps. Cette veille, c'est ­Julien Vaulpré, conseiller « opinion », qui s'en chargera. Il travaillait auparavant auprès d'Emmanuelle ­Mignon, ex-patronne des études à l'UMP, aujourd'hui directrice de cabinet du président de la République. Cette tâche reviendra aussi à l'ancienne rédactrice en chef du service politique du Point, ­Catherine Pégard, conseillère auprès du président. Installée à deux pas de son bureau, elle résume ainsi sa nouvelle mission : « Faire du journalisme à l'usage d'une personne » et accessoirement... du conseil en communication politique. Enfin, autre professionnel des médias à intégrer le saint des saints pour se charger des questions culturelles et audiovisuelles : l'ancien directeur de Globe hebdo et éditorialiste à Nice-matin Georges-Marc Benamou, ­mémorialiste de François Mitterrand.

La Sarkosphère

Affichant des chiffres vertigineux mais... invérifiables (« plus de 1,7 million de vidéos vues en une journée »), François de La Brosse, ami de Cécilia Sarkozy et artisan du site de campagne du candidat de l'UMP et de sa Web télé NSTV, assure que le nouveau président de la République ne compte pas en rester là. « S'appuyant sur l'expérience du site sarkozy.fr, une réflexion est en cours pour construire un média permettant de suivre et d'expliquer la politique du président et du gouvernement », explique le coprésident de l'agence ZNZ, avant de souligner « qu'on ne pourra évidemment pas faire pour le président ce que l'on a fait pour le candidat ». L'actuel elysee.fr pourrait ainsi, après un sérieux lifting, devenir une sorte de portail donnant accès à des sites consacrés aux différents ministères. Arnaud Dassier, cofondateur de L'Enchanteur des nouveaux médias et chargé du Web marketing pour l'UMP, y travaille. Mais encore faut-il que les ministres veuillent bien jouer le jeu et que les inévitables appels d'offres qui suivront ne s'éternisent pas. Une réflexion plus large sur l'organisation générale de la communication de l'État serait d'ailleurs à l'étude. L'agitation est telle sur le sujet que des rumeurs ont même évoqué l'arrivée de François de La Brosse à la tête du Service d'information du gouvernement. « Une hypothèse qui n'est plus d'actualité », selon une source proche de l'Élysée. Quant à Loïc Le Meur, blogmaster en chef de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui vient de prendre du recul par rapport à sa société Six Apart, il ne devrait suivre tout cela que de loin, en l'occurrence de San Francisco, où il s'apprêterait à lancer une Web TV.

Les amis dans les médias

Nicolas Sarkozy ne cache pas d'un voile pudique ses relations avec les grands patrons. Bien au contraire, il en fait même un axe de communication dans sa stratégie de rupture. Dans le réseau que l'ancien avocat d'affaires et maire de Neuilly-sur-Seine a su se construire, les patrons des médias sont surreprésentés. Le plus cité est Martin Bouygues , contrôlant LCI et surtout TF1, qui vient de nommer à sa direction générale Laurent Solly, ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy aux ministères des Finances et de l'Intérieur, puis directeur adjoint du candidat de l'UMP. Un coup de pouce de la part de Martin Bouygues, qui fut témoin au mariage des Sarkozy - tout comme d'ailleurs Bernard Arnault, patron de LVMH et propriétaire de La Tribune. Très oecuménique, Nicolas Sarkozy sait aussi entretenir de bonnes relations avec François Pinault, patron de PPR, propriétaire du Point. Les derniers convertis ne sont pas les moins en vue, tel Vincent Bolloré (Havas, Direct 8, institut CSA) qui a « tout naturellement » prêté son jet et son yacht au nouveau président pour se détendre au lendemain de son élection. Autre cacique de l'industrie, Serge Dassault (Le Figaro, L'Express, L'Expansion, etc.) lui fut d'une aide précieuse dans ses moments les plus difficiles avec Jacques Chirac. Parmi les amis proches du Président, on compte Arnaud Lagardère (Paris Match, Télé 7 jours, Europe1, etc.) et Édouard de Rothschild, même si leur relation ne fut pas toujours au beau fixe pendant la campagne, suite aux articles au vitriol de Libération, dont l'homme d'affaires est actionnaire. Et la liste est encore longue : Pierre Louette (AFP), Jean-Charles Decaux (JCDecaux), Jean-Marie Colombani (Le Monde), Michel Drucker (France 2), Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1), etc.

Les conseillers de l'ombre

Nicolas Sarkozy ne compte pas s'enfermer dans un cercle de conseillers officiels. Il garde sous la main quelques pointures des sondages, des médias et de la communication qui le suivent depuis plusieurs années. À commencer par Pierre Giacometti. Dans l'ombre depuis 2001, le directeur général d'Ipsos a été l'un des hommes clés de la victoire. Sondages à l'appui, c'est lui notamment qui a conforté le candidat dans une stratégie de droitisation de sa campagne, tout en incarnant la rupture. Un rôle qu'a également joué dans un autre registre Patrick Buisson, journaliste sur LCI. Tous deux devraient garder à l'occasion l'oreille de Sarkozy, tout comme Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde. Enfin, publicitaire attitré du candidat pendant sa campagne, Jean-Michel Goudard, ex-BBDO et ancien conseiller de Jacques Chirac, sera certainement toujours présent, mais de façon plus épisodique, depuis sa retraite suisse. Citons aussi Christophe ­Pinguet (Shortcut Events), très actif dans l'organisation d'événements pendant la campagne électorale.

Les réservistes

En réserve de la présidence, quelques professionnels de la communication restent disponibles. Un temps associé à Nicolas Sarkozy, notamment pendant sa prise de l'UMP, Frank Tapiro, coprésident d'Hemisphere droit, s'est vu évincé en avril du staff de campagne. Une période de purgatoire qu'il espère temporaire. De son côté, Thierry Saussez, président d'Image et Stratégie, qui a accompagné le candidat lorsqu'il peaufinait sa stratégie de communication à la fin de l'année dernière, pourrait être appelé à la rescousse lorsque la communication gouvernementale aura pris sa vitesse de croisière. Restent enfin, comme recours éventuels, Bernard Brochand, ex-président de DDB international aujourd'hui député-maire de Cannes, ou Jacques Séguéla, vice-président d'Havas, dont le ralliement s'est pour l'instant soldé par un travail d'entremetteur afin de rapprocher Nicolas Sarkozy de personnalités de gauche comme Bernard Kouchner, Claude Allègre ou Bernard Tapie.

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