06/09/2007 - Du jeu, de la fiction, des séries, des feuilletons, de la télé-réalité... sans oublier de l'info et du décryptage. Cette saison encore, il y en aura pour tous les goûts.
Patrick de Carolis, président de France Télévisions, n'a pas hésité à parler jeudi 30 août de « tremblement de terre » à propos de la montée en puissance des chaînes de la TNT qui effritent, de mois en mois, l'audience des grandes chaînes généralistes. Comment ces dernières entreprennent-elles de résister ? Quelles innovations mettent-elles en place pour inciter le téléspectateur à leur rester fidèle ? Sur quels programmes inédits misent-elles ? Stratégies passe en revue les principales nouveautés de la rentrée... en attendant de connaître les émissions des chaînes de la TNT, qui présentent leurs programmes de rentrée à partir de cette semaine.
Le jeu en access prime-time
Les chaînes sont plusieurs à concentrer leurs efforts sur le début de soirée. À l'heure de Plus belle la vie sur France3, M6 sort son joker : Roland Magdane. Son rôle : dynamiser cette tranche horaire avec un jeu, Êtes-vous plus fort qu'un élève de 10ans ?, adapté d'un programme américain et produit par une filiale d'Endemol. Chaque jour à 20 h 10, des adultes se retrouvent dans un décor de salle de classe pour répondre à des questions du niveau CP à la 6e... Un jeu encore sur France 2, Les 60 Secondes du Colisée, à 18 heures. La chaîne propose à de jeunes humoristes de devenir en une minute les révélations comiques du moment. Laurent Ruquier prend la suite avec une émission relookée, On vous dit tout. Un jeu toujours sur TF1, qui annonce l'arrivée prochaine de Power of Ten. Diffusé depuis deux semaines aux États-Unis sur CBS, il fait un carton avec 8,17 millions de téléspectateurs pour ses trois premières diffusions. Les questions, qui se doivent d'être « politiquement incorrectes », s'inspirent de sondages effectués auprès de la population. Exemples : « Combien d'Américains pensent qu'ils sont plus intelligents que George Bush ? ». On attend la version française avec impatience... Autre nouveauté de TF1 : fin octobre, la chaîne lancera La Cauetidienne entre 17 h 45 et 18 heures, émission dans laquelle Sébastien Cauet relèvera des « défis ».
Le feuilleton quotidien généralisé
Plus belle la vie, qui entame sa quatrième saison sur France 3 avec 6 millions de téléspectateurs par soir, a fait des émules : mises en appétit, TF1 et France 2 se convertissent au feuilleton quotidien. La Une tourne le sien (200 épisodes de 26 minutes prévus) dans un décor de 3 000 m2 à Bry-sur-Marne. Nom de code du programme : Seconde Chance. « Plus belle la vie, c'est du "soap opera". Nous, nous voulons plutôt suivre les recettes de la telenovela », explique Takis Candilis, patron des programmes de TF1. Très en vogue (lire par la suite), ce genre à part entière représente un gros pari pour la chaîne, qui va investir 27 millions d'euros dans ce projet. France2 annonce aussi préparer son feuilleton quotidien, pour une diffusion au printemps 2008. Et M6 se dit « intéressée » par le genre.
La telenovela à la française
Désormais cinquième chaîne du groupe France Télévisions, FranceÔ (réseau RFO) sera diffusée sur la TNT à partir du 24 septembre. La chaîne lance à cette date la « première telenovela à la française » : La Baie des flamboyants, inspirée de la telenovela mexicaine Codigo postal. « Nous diffusons ce type de programme sur notre antenne depuis plusieurs années. Ces séries montrant des acteurs métissés et des décors paradisiaques ont toujours obtenu de bonnes audiences », explique François Guilbeau, directeur général du groupe RFO. Coproduite par RFO et JLA Productions (Jean-Luc Azoulay), La Baie des flamboyants a été tournée à la Guadeloupe. Amours, trahisons et sable chaud serviront à « mettre en valeur l'Outre-mer ». « Le casting rassemble uniquement des comédiens originaires d'Outre-mer », poursuit François Guilbeau. Parmi eux, la Guadeloupéenne Tanya Saint-Val et la Réunionnaise Émilie Minatchy (ex-Star Academy5). La diffusion débutera sur France Ô, avant France 2 en 2008.
La fiction du réel toujours d'actualité
Revenir sur les grands événements contemporains et les scénariser, c'est le genre prédominant des fictions annoncées. France Télévisions prévoit de diffuser L'Affaire Ben Barka, l'ennemi intime sur la guerre d'Algérie ou encore Human Bomb. Même tendance avec une « fiction française en croissance » à TF1, selon Takis Candilis, qui y investit 200 millions d'euros. La chaîne prépare un téléfilm sur Action directe et un autre sur la Résistance. Pour Canal +, ce genre de programme est même devenu un argument stratégique pour conquérir et fidéliser les abonnés. Au menu : Opération Turquoise (sur le génocide rwandais), La Commune (sur les banlieues) et Les Prédateurs (sur l'affaire Elf).
Pour permettre à France Télévisions de consacrer 15 à 20 millions d'euros supplémentaires par an à la création audiovisuelle (qui mobilise déjà 1 million d'euros par jour), il faut lever l'équivalent en recettes additionnelles de publicité. D'où la demande de Patrick de Carolis d'obtenir une coupure publicitaire dans les émissions de jeu et de divertissement. « Il est hors de question de mettre de la publicité dans toutes les émissions de flux », a-t-il précisé.
Un projet de décret serait en préparation en ce sens, qui aurait le soutien de l'Élysée et de Bercy. Le ministère de la Culture, de son côté, préférerait une hausse de la redevance, mais Nicolas Sarkozy avait exclu, avant son élection, toute majoration de cette taxe (45 % des Français sont favorables à un surplus de publicité, contre 11 % à une hausse de la redevance, selon un sondage publié cet été dans Le Parisien).
La presse proteste
Problème : comment faire passer une mesure favorable au groupe public sans mécontenter le privé ? Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, a saisi la balle au bond en rejetant le projet de France Télévisions et en demandant une seconde coupure sur les films. « On a tout fait pour aider la télé-réalité au détriment des oeuvre patrimoniales », argue-t-il. Les syndicats de presse, qui espèrent des aides plus abondantes, s'opposent à une disposition qui reviendrait, selon Denis Bouchez (SPQN), à « priver la presse de ses moyens pour reconquérir ses lecteurs ». « Il n'est nullement prouvé que la presse va moins bien s'il y a plus de pub à la télé », proteste Stéphane Martin (SNPTV). Il importe selon lui d'adapter la directive télévision sans frontières afin d'assouplir la publicité TV pour tous les acteurs.
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