Desourcesure, l'agrégateur malin
Pour Pierre-Louis Rozynès, ancien de Livres hebdo, ce fut une sorte d'évidence. La vague du Web 2.0 devait accoucher en France d'un quotidien en ligne. Avec Stéphane Demazure, il lance donc en janvier 2007, dans la plus grande discrétion et « avec quelques centaines de milliers d'euros », Desource sure.com, un portail qui se définit volontiers comme un « Paris Match quotidien ». Avec cette petite différence : ce n'est pas la photo qui fait l'illustration, mais la vidéo... omniprésente. « On s'est laissé glisser vers le média », reconnaît l'intéressé. La vidéo mange tout, mais c'est une nouvelle façon d'écrire les papiers. Et je ne vais pas produire dans le sens inverse des internautes. » À l'actif de Desourcesure, non pas des grands scoops, mais des « coups » malins comme ce jour où le site a glané sur le site du PS une déclaration d'un François Hollande détendu entre les deux tours, donnant pour Ségolène Royal le score exact qu'elle obtiendra au soir de l'élection présidentielle. Succès garanti au lendemain du deuxième tour. Aujourd'hui, le site revendique 300 000 visiteurs uniques et une « courbe de progression parfaite ». Seul regret : « C'est plus lent qu'avec les moyens d'un groupe. Mais les groupes n'ont pas d'idées et les idées n'ont pas d'argent », avoue Pierre-Louis Rozynès, qui se dit tenu par un « business plan » serré. Desourcesur emploie six stagiaires de l'ESJ Paris, dont quatre sont embauchés. « Des jeunes dont la culture politique ne va pas au-delà de Michel Rocard, mais qui sont des journalistes faits pour être multimédias : ils savent chercher les bons documents, faire court et pas ennuyeux. » Objectif : « Faire de l'audience en 2007, la commercialiser en 2008 .»
Schneidermann,le poil à gratter bientôt sur la Toile
En juin 2007, l'émission Arrêt sur images s'est arrêtée... pour renaître en janvier 2008 sur le Web. C'est tout au moins l'objectif de Daniel Schneidermann, limogé de l'antenne de France 5 après douze ans de bons et (dé)loyaux services. Son projet ? Refaire Arrêt sur images bien sûr, mais en mettant la même mécanique de décryptage, d'analyse, de scoops et d'enquête au service de la Toile. « Internet ne se prête pas à une émission de 52 minutes, indique-t-il. On aura donc des modules de 5,7 ou 12 minutes : on va essayer d'inventer un truc qui combine l'écrit et l'image. » Autre innovation : le site s'intéressera à tous les médias et pas seulement aux images (« À la télé, le média nous poussait à parler des images »). L'enjeu est maintenant de transformer une bonne part des 180 000 pétitionnaires contre la suppression d'Arrêt sur images en abonnés payants au nouveau site. Montant envisagé : 2,50 euros par mois et 1 euro pour les étudiants et les chômeurs. « J'ai l'intention d'explorer l'enrichissement mutuel écrit-son-images et de faire participer le public », souligne Schneidermann, qui réfléchit à une dimension interactive et communautaire. Pour lui, les médias traditionnels restent déterminants pour populariser les images du Web (Ségolène Royal et les 35 heures, par exemple). « Mais j'ai l'intuition que ce sera de moins en moins vrai. »
Latélélibre, nulle part ailleurs
À Latélélibre.fr, la fabrique de l'information se fait en images. John-Paul Lepers a pris le parti, pour se différencier des autres sites d'information alternative, de produire des images « inédites ». « Chez nous, l'internaute voit des images qu'il ne voit pas ailleurs. Nous misons sur cette présence indispensable sur le terrain », souligne John-Paul Lepers, ancien de Canal +, qui s'est lancé dans Latélélibre en février 2007. Le site a sorti des images chocs, comme l'arrestation du grand-père sans papiers devant l'école de la rue Rampal, à Paris, ou plus récemment Ségolène Royal, qui attribue la responsabilité de sa défaite à la présidentielle aux journalistes. Pourtant, si après huit mois d'existence, Latélélibre a trouvé un public (8 000 visiteurs uniques par jour, en moyenne) et acquis une certaine légitimité, elle cherche toujours un modèle économique viable. Pour cela, l'équipe de la Web télé va chercher des sponsors pour les deux émissions hebdomadaires qu'elle va lancer dès le 20 septembre prochain : un débat dans la rue entre les internautes et un invité surprise (« Point rouge ») et une interview « Sous les pavés » d'un responsable économique ou politique par trois journalistes (Guy Birenbaum, Daniel Schneidermann et John-Paul Lepers). « Nous recherchons des sponsors, certes, mais nous ne voulons pas perdre de vue notre but premier : être journaliste, c'est-à-dire être un contre-pouvoir », explique John-Paul Lepers. L'ancien trublion de Canal + croit à l'émergence d'une véritable information sur le Web sous trois conditions : « Le temps nécessaire à l'émergence d'un nouveau média, l'information confidentielle et la rigueur dans le traitement », énonce-t-il.
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