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Les nouvelles fabriques de l'info

13/09/2007 - Les grands médias sont loin d'être les uniques fournisseurs de l'information en ligne. De nouveaux sites se développent en misant sur les outils interactifs, vidéos et communautaires du Web 2.0.

Cela arrive presque insidieusement. Un site que l'on fréquente de temps à autre pour se distraire, s'informer ou avoir un autre regard sur l'actualité. L'idée un jour de l'intégrer à sa liste de favoris, et voilà qu'il devient un rendez-vous comme les autres, parfois une drogue dure. Ils s'appellent Rue89, Télélibre, Desourcesure ou Lepost, le nouveau site que Le Monde interactif a lancé dimanche 9 septembre. Sans parler des blogs de Jean-Marc Morandini, de Pierre Assouline ou de Daniel Schneidermann... Et en attendant le futur site d'Arrêt sur images, annoncé pour janvier 2008.

Le point commun entre ces différentes adresses du Web ? Elles ont toutes pour caractéristiques d'être des supports d'information participatifs et multimédias, animés par des indépendants ou sans lien apparent avec un média. Mais comment produit-on une information destinée au Web ? Quelle légitimité acquiert-on en matière d'info quand on est un « pure player » de la Toile ? Comment tirer parti des contributions des internautes ? La valeur ajoutée du site réside-t-elle dans la révélation de nouvelles ou dans le repérage immédiat d'images ou de scoops proposés par d'autres ?

« Les deux sont utiles, répond Rémy Rieffel, professeur à l'Institut français de presse (Paris II). La juxtaposition et l'agrégation apportent une plus-value pour un public jeune et informé, habitué à surfer sur la Toile. Mais l'information et le commentaire sont aussi très suivis, comme on l'a vu pendant les élections. Le fait d'être, comme Rue89, animé par d'anciens journalistes est un gage de sérieux et de fiabilité. Cela n'empêche pas les autres d'avoir une reconnaissance journalistique, mais ce sera plus long. Seuls les plus originaux émergeront. » Quoi qu'il en soit, l'accord signé la semaine dernière entre Google News et quatre agences de presse - dont l'AFP - donne l'avantage à tous les diffuseurs d'informations enrichies et exclusives par rapport aux sites de médias qui nourrissent leurs éditions avec les fils d'agence. Revue d'e-presse sur les différents modèles à l'oeuvre.

Lepost, l'ambition d'impliquer les internautes

C'est le nouveau pari du Monde. Ne plus se faire concurrencer par sa propre audience, qui vous place toujours à portée de clics d'un autre site, mais transformer cette audience en émetteur d'informations. « Lepost.fr est un site d'info, explique Dao Nguyen, directrice générale du Monde interactif, qui permet à l'audience de partager des news et de se réunir dans des groupes autour de centres d'intérêts communs. » Développé au sein de la filiale Le Monde interactif, mais sans lien avec le journal, Lepost disposera de ses propres journalistes. À eux de sélectionner, trier et accompagner les contributions des internautes... mais aussi d'enquêter. Lepost se veut tout à la fois un média à part entière - auquel Guy Birenbaum pourrait participer - et une nouvelle voie d'expression pour les internautes. « La rédaction ne sera pas en retrait », promet Dao Ngyen, qui reconnaît étudier différents modèles de rémunération, où la question de l'apport de trafic par les internautes eux-mêmes ne sera pas tabou : « Faut voir, sauf si cela n'a rien à voir avec l'info. » L'organisation du site obéit à une logique étrangère à toute notion de hiérarchisation journalistique classique puisqu'on n'y trouve aucune classification par rubrique. « On voulait un fleuve d'infos qui tombent de 7 h 30 à 23 heures et qui montre le dernier truc arrivé, avec un nouveau post toutes les 15 ou 20 minutes. » Mais comment s'y retrouver ? Le « tagage » pardi ! On tape un mot clé et le site vous propose une sélection de posts...

Rue89, la référence des journalistes

Depuis le début du mois, sur Europe 1, l'éditorialiste Catherine Nay alterne avec... Pierre Haski, cocréateur de Rue89.com. « Un tiers des internautes s'est inquiété d'une possible récupération, les deux tiers restant se félicitant que l'on puisse faire entendre une autre voix », raconte le journaliste, qui a lancé son site le 6 mai avec deux anciens collègues de Libération, Pascal Riché et Laurent Mauriac. Dès sa création, Rue89 a fait parler de lui grâce au scoop sur l'abstention de Cécilia Sarkozy au second tour de la présidentielle. Aujourd'hui, le site affiche 400 000 visiteurs uniques par mois, et jouit déjà d'une bonne crédibilité dans les médias, qui reprennent ses scoops aussi naturellement que ceux du Parisien. « Certes, notre passé dans les journaux traditionnels a joué, mais nous avons d'emblée été identifiés comme un pôle indépendant face aux médias qui suscitent des inquiétudes sur ce point », résume Pierre Haski. L'audience, constituée à 60 % d'hommes, CSP + de 25 à 55 ans dont la moitié proviennent de la région parisienne, est au rendez-vous. Reste à dégager des recettes. Depuis l'été, le site salarie deux journalistes et deux informaticiens, et paye ses journalistes à la pige. Au départ, tout le monde était bénévole... Les fondateurs veulent rester sur un modèle gratuit financé par la publicité, et ont l'heureuse surprise d'être de plus en plus sollicités comme prestataires de services : ils viennent de concevoir Bibliobs (bibliobs.nouvelobs. com), le site littéraire du Nouvel Obs, et sont approchés par « d'autres clients éventuels, médias et institutionnels ». La nouvelle version du site sera lancée fin septembre et comprendra la mise en place d'un réseau social, afin de faire de Rue89 le « Facebook de l'info ».


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