20/12/2007 - Le réseau social est de plus en plus utilisé comme outil de relations professionnelles. Son intérêt et son efficacité sont discutés.
Le phénomène a pris tellement d'ampleur que cela devient difficile d'y échapper. » Comme nombre de confrères, Romain Roussel, journaliste à Télé 7 jours, a fini par s'inscrire sur Facebook. « Pour voir et faire comme les autres », admet-il, mais aussi parce que plusieurs personnes de son entourage insistaient sur l'usage professionnel qu'il pourrait en tirer. Parmi elles, Joël Wirsztel, directeur de la rédaction de Satellifax, sur Facebook depuis à peine un mois mais déjà accro. « C'est un outil de travail formidable car très réactif, estime-t-il. Je m'en sers quotidiennement comme boîte de dialogue avec mes 300contacts, notamment pour me tenir informé de l'actualité, pour récupérer de l'info, pour communiquer sur mon entreprise et recruter de nouveaux clients. » Résultat des courses après un mois de vie de « facebookeur » : « Huit infos confidentielles glanées pour Satellifax et cinq nouveaux abonnés », s'enthousiasme-t-il.
Mélange des genres
Le prix à payer ? Du temps, beaucoup de temps. Selon ses adeptes, pour se servir de Facebook de manière vraiment efficace, il faut compter trois à quatre heures par jour pour les débutants et une demi-heure à une heure une fois l'outil maîtrisé. « C'est chronophage, mais le jeu en vaut la chandelle », assure Joël Wirsztel. Quitte à déranger ses « amis » avec des messages inopportuns...
Romain Roussel, lui, n'est pas convaincu. « J'ai surtout vu sur Facebook un étalage d'ego, explique-t-il. Des gens qui se valorisent en affichant énormément d'amis ou qui se regardent le nombril en communiquant à la terre entière ce qu'ils sont en train de faire. Sur le plan professionnel, j'y vois peu d'intérêt. » Rabah Goudjil, journaliste à Télé satellite, qui compte se désinscrire après deux mois d'utilisation, abonde : « À mon sens, c'est surtout un effet de mode. Certes, pour le moment, cela fait bien d'être sur Facebook. Mais en mêlant infos personnelles et professionnelles, gare à la confusion des genres ! »
Et au retour de bâton. « Il faut particulièrement faire attention à l'image que l'on y donne de soi, estime Joël Wirsztel. En ce qui me concerne, j'ai rapidement expurgé photos privées et infos intimes pour me recentrer sur un contenu professionnel. »
D'autres vont encore plus loin en créant deux profils distincts, l'un personnel et l'autre professionnel. Pour André Dan, formateur et conférencier es réseaux, il est vain de cloisonner les informations : « Si Facebook marche aussi bien, c'est qu'il permet de sortir des cadres établis. Les vies conçues de manière séquentielle, avec d'un côté le boulot, de l'autre la famille et les amis, c'est fini. Le sens de l'histoire, c'est de voir les univers professionnel et privé s'entremêler et s'enrichir de plus en plus. » Les cadres surmenés au point de devoir ramener du travail chez eux apprécieront.
Autre difficulté à surmonter, la gestion des « amis ». « Ce mot a-t-il vraiment un sens sur Facebook ?, s'interroge un journaliste. Quand un dirigeant ou une personnalité me demande d'être son ami alors que je ne le connais ni d'Ève ni d'Adam, comment dois-je le prendre ? Attention à l'instrumentalisation ! »
Tant de mises en garde et néanmoins tant de membres journalistes ou communicants... Et si l'usage professionnel de Facebook n'était qu'un écran de fumée ? « J'y suis depuis plusieurs mois, raconte une cadre au service communication du groupe Canal +. La majorité des demandes de mise en relation que je reçois sont des plans drague déguisés. Plus qu'un outil de travail, j'ai plutôt l'impression que Facebook reste pour l'instant un site de rencontres inavoué. »
60 millions. Nombre de membres, dont plus d'1million en France.
85 %. Part des étudiants parmi les membres.
64 % des membres sont des femmes.
+270 %. Progression du nombre de visiteurs dans le monde cette année.
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