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Le coup d'éclat permanent

20/12/2007 - Depuis son entrée à l'Élysée, Nicolas Sarkozy affiche une conception de la fonction présidentielle fondée sur une omniprésence dans les médias et une mise en scène starisée de sa personne et de ses proches. Une méthode qui fait débat.

Le glamour de Carla Bruni pour faire oublier Mouammar Kadhafi, comme on zapperait d'un documentaire sur les droits de l'homme à l'élection de Miss France, d'un éditorial du Monde aux pages de la presse people ? L'analyse est tentante. Samedi 15 décembre, le dictateur libyen est sur le départ après six jours passés en France. Nicolas Sarkozy, lui, est à Disneyland avec la chanteuse. Le président de la République se laisse photographier, lui qui avait assuré en 2005 qu'il ne mettrait plus sa vie privée en scène. Le scoop de lexpress. fr, annonçant la publication de clichés dans Point de vue, Paris Match et Closer, alimente le buzz. Lundi 17 décembre, Libération titre « Pipolitique », Le Figaro demande à ses lecteurs si la chanteuse ferait une bonne première dame. « Diversion », répondent certains sur le Net. L'Élysée se refuse à tout commentaire et le Président est passé à autre chose : il préside la conférence sur l'État palestinien avant de préparer celle, sociale, prévue deux jours plus tard.

Un événement par jour, un nouveau chantier, une nouvelle facette du « héros » pour nourrir les médias et séduire l'opinion. Un nouvel épisode d'un feuilleton présidentiel entamé le 6 mai 2007. Christian Salmon, auteur de Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, est formel : Nicolas Sarkozy est « un tourneur d'histoires, un formidable bonimenteur de l'ère médiatique». Comme le fut Tony Blair à Downing Street. Mais bien avant l'Élysée, Nicolas Sarkozy a pratiqué cet exercice au ministère de l'Intérieur, dès 2002. « Être présent sur le terrain, communiquer, expliquer avant d'agir, pendant et après, c'est faire preuve de volontarisme et montrer aux Français qu'on prend à bras le corps leurs préoccupations », explique le publicitaire Frank Tapiro (Hémisphère droit), qui fait partie du cercle plus ou moins régulier des conseillers du président pour la communication. «Si le président ouvre plusieurs chantiers en même temps, c'est - au delà des besoins de réformes urgents - une manière d'exprimer qu'il est en mouvement, en action, explique Thierry Saussez (Image et Stratégie), autre conseil de Sarkozy. C'est aussi un moyen d'éviter l'enlisement d'un dossier unique et, surtout, de s'assurer la maîtrise de l'agenda médiatique. Au lieu d'être à la remorque des médias, ce sont eux qui se trouvent obligés de suivre. Et puis, cela permet de gagner un délai supplémentaire sur l'attente des résultats. »

Désacralisation de la fonction

Antoine Guiral, journaliste politique à Libération, confirme : « Le Sarko Circus est permanent. La réforme judiciaire, la carte scolaire, les régimes spéciaux... une information chasse l'autre. Tout est organisé pour que l'on n'ait pas le temps de réfléchir. En même temps, c'est un changement radical. On est passé du bunker absolu sous Chirac à une maison ouverte où les collaborateurs répondent, où le président organise pendant les voyages des réunions " off ". » Son confrère Franck Nouchi, rédacteur en chef du Monde 2, complète : « Il propose à l'opinion une histoire de lui-même. Le problème posé à la presse est d'être face à un phénomène qui fascine et fait vendre. Notre responsabilité :prendre du recul pour analyser les réformes et observer ce qui se joue. »

Sous l'ère Sarkozy, le nombre d'événements médiatisés s'est accru de 450 % par rapport à la présidence Chirac et les déplacements du chef de l'État sont passés de quatre par mois à quatre à cinq par semaine. Franck Louvrier, conseiller pour la communication à l'Élysée, explique que le président a entrepris un dialogue direct avec l'opinion : « Le temps des présidences silencieuses est révolu » (lire page 10). Aux orties, le théorème de Jacques Pilhan sur la distance et la parole rare, mis en acte sous Mitterrand et Chirac. « On n'a jamais démontré qu'il était vrai, commente Roland Cayrol, président associé de l'institut CSA. Mais on sait que l'opinion se plaignait de cette distance du pouvoir et qu'avec les promesses non tenues, cela a accentué son désintérêt pour la politique. Il était temps de changer de style. »


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Les relais du candidat Sarkozy

Les médias ont beaucoup évoqué le rôle d'Internet dans la communication du candidat Sarkozy. Ce qui a été peu souligné, c'est la place de l'événementiel dans celle-ci et la contribution de Christophe Pinguet (photo) dans ce domaine. Le fondateur de l'agence Shortcut a été contacté en février 2007 par David Martinon, alors chef de cabinet de Sarkozy, et Thierry Couderc, président de La Diagonale, un groupe de sarkozystes de gauche. « Ils souhaitaient se rapprocher du personnel des hôpitaux, de l'armée, du monde culturel et des gays », se souvient-il.

Christophe Pinguet se concentre sur la communauté homosexuelle et le monde culturel, deux univers qu'il connaît bien. Le 12 février, il réunit plus de cent cinquante gays aux Bains Douches pour un débat devant déboucher sur des propositions au candidat. Attendu pour une courte intervention de clôture, Nicolas Sarkozy débarque avec son équipe (François Fillon, Rachida Dati, Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot...) pour échanger pendant plus d'une heure avec les participants. « Il discute, prend les cartes de visite, rappelle. Il a un fabuleux sens du contact », raconte Christophe Pinguet.

Suivra en avril une réunion au Show Case de 600 personnalités du monde de la culture, plutôt ancré à gauche. Puis, dans le même lieu, « La grande nuit du rassemblement », où 1200 personnes, leaders d'opinion plus que militants, suivent le débat télévisé dans une ambiance festive. Shortcut a aussi organisé le show de la victoire du 6 mai, à la Concorde.

« Sarkozy a davantage travaillé les publics relais que Ségolène Royal, focalisée sur les militants, souligne Christophe Pinguet. Il a su utiliser pour ses meetings les technologies des grands shows musicaux en mettant en avant, au premier rang, les jeunes et la société civile, quand le PS s'en tenait aux éléphants. Une machine de guerre " génialissime " ! »

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