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Que reste-t-il de la chabalmania ?

20/12/2007 - Après avoir été la vedette de la Coupe du monde de rugby, Sébastien Chabal est reparti jouer en Angleterre. Son potentiel commercial reste à confirmer.

Il fut un temps, pas si lointain, où les Français n'étaient suspendus qu'à un cheveu : celui que Sébastien Chabal avait envisagé de couper. Une menace sous forme de boutade que le héros aux cheveux longs et à la barbe fournie de la Coupe du monde de rugby n'a finalement pas exécutée. Durant les six semaines de la compétition, la France a vécu sous l'emprise d'une intense « chabalmania ». Sorti de nulle part pour le grand public, le deuxième ligne du XV de France a été la star surprise du Mondial. Son physique d'homme des cavernes a séduit tout le monde : enfants, femmes, cadres, supporters, etc. Dans les travées des stades, sa moindre action sur le terrain était saluée par des « hou, hou, hou » sympathiques et rigolards.

Cette soudaine notoriété a mené cet homme plutôt réservé jusqu'à la une des magazines, notamment féminins. Elle a également aidé le rugbyman à devenir titulaire au sein de l'équipe de France. Un adoubement parfois critiqué par les spécialistes du rugby, qui ont reproché à Bernard Laporte, alors sélectionneur national, de céder à la pression populaire.

Mais la Coupe du monde est terminée, et la défaite de l'équipe de France en « petite finale » n'a pas permis au rugby de profiter très longtemps de l'euphorie qui a suivi la victoire des Bleus sur les All Blacks. Depuis, Sébastien Chabal est reparti avec ses cheveux longs, sa barbe, ses muscles et sa nouvelle popularité en Angleterre, où il évolue dans le club des Sharks de Sale. « Le soufflé est retombé, regrette Alain Pellilo, vice-président de Comunity. Après le bruit de la Coupe du monde, Chabal est maintenant pénalisé par son manque d'exposition dans les médias français. »

Valeurs intrinsèques

Il faut dire que cette fulgurante popularité a été en partie fabriquée par TF1, diffuseur du Mondial, qui avait fait du joueur drômois l'un de ses chouchous. Le rugby français ne s'incarnait jusqu'alors que dans un seul homme : Bernard Laporte. La création d'une nouvelle icône arrangeait donc beaucoup de monde, que ce soit à TF1 ou parmi les instances du rugby tricolore.

« Il faut être réaliste : Sébastien Chabal ne doit son image marketing qu'à la Coupe du monde, constate Jean-Pascal Forges de Starlink, société gérant les droits d'image de sportifs. Malgré tout, même s'il est désormais moins exposé, il en restera quelque chose. »

Car, heureusement pour lui, la puissance du phénomène a laissé des traces. Selon la dernière étude Athlane-Sport Market, Sébastien Chabal est le deuxième sportif français le plus connu par les 15-34ans, derrière Zinédine Zidane mais devant Thierry Henry ! « C'est une personnalité reconnue en France et en Grande-Bretagne, estime Gilles Portelle, directeur général d'Havas Sports. C'est la première grande star du rugby. Et le phénomène n'est pas synthétique. »

« Chabal bénéficie toujours d'un potentiel de communication très important car il touche toutes les cibles, poursuit Olivier Bishoff, directeur général de Carat Sport. Mais son image dépend aussi de ses résultats sportifs. » Toutefois, le déferlement d'annonceurs attendu par son agent Carine Rossigneux n'a pas eu lieu. Sébastien Chabal ne s'est affiché que pour Puma, son équipementier, et a réalisé un coup avec Poweo. « Les annonceurs devraient se concentrer sur ses valeurs intrinsèques, sa force physique, sa puissance, son look », conseille Olivier Bishoff. Le ticket d'entrée, fixé à 200 000 euros, refroidit peut-être les ardeurs...

Dommage, car pour Charles Villeneuve, patron des sports de TF1, le joueur a conservé toute son aura : « Je ne peux qu'inciter les instances du rugby ou les diffuseurs à continuer à profiter de son impact médiatique. Il est la seule star de la Coupe du monde à rester dans l'esprit des gens. » Le prochain Tournoi des six nations, où sa sélection n'est pas encore assurée, sera déterminant pour la suite de sa carrière... commerciale.


Bruno Fraioli
Information traitée dans Stratégies Magazine n°1482

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