22/05/2008 - Le Dakar, la célèbre course d'ASO, doit désormais compter avec les épreuves concurrentes de Lagardère Sports et d'Hubert Auriol. Mais la manne des annonceurs n'est pas illimitée...
Le Dakar ne trône plus en solitaire dans le désert qui a fait sa légende. Le célèbre rallye auto-moto d'Amaury Sport Organisation (ASO) voit une sérieuse concurrence s'avancer sur le terrain des rallyes raids, avec Lagardère Sports et sa Transorientale, qui se disputera en juin 2008 de Saint-Pétersbourg à Pékin (lire page 9), et l'Africa Race, une épreuve mise en route par Hubert Auriol, ancien vainqueur moto et auto du Dakar et directeur du rallye entre 1994 et 2003. Pas le dernier venu, donc. Celui-ci présentera fin mai les détails de son rallye auto-moto dont le départ sera donné l'hiver prochain « d'une grande ville européenne du bassin méditerranéen » avec une arrivée à Dakar et qui « traversera le Maroc et la Mauritanie ». Bref, Hubert Auriol marche franchement sur les plates-bandes du Dakar. Il faut dire que le rallye d'ASO a déserté l'Afrique. L'édition 2008, qui devait se dérouler en janvier, a été annulée 48 heures avant son départ de Lisbonne, au Portugal, en raison de menaces terroristes lors du passage de la course en Mauritanie. En janvier 2009, c'est en Amérique du Sud, en Argentine et au Chili, que se disputera l'épreuve, qui, malgré tout, conserve le nom de Dakar. Le terrain est en quelque sorte dégagé pour les « opportunistes ».
La guerre des rallyes aura-t-elle lieu ? Une chose est sûre : la manne des sponsors n'est pas infinie, la plupart venant du monde de l'automobile. Ces marques qui n'avaient que le Dakar pour s'exprimer profitent de la nouvelle concurrence pour remettre à plat leurs stratégies marketing. Partenaire d'ASO, Loctite avait fait de la course l'un de ses principaux supports de communication. « Le contrat a été rompu après l'annulation de l'épreuve en janvier, explique Nathalie Miras, responsable marketing de la branche adhésifs d'Henkel France. Nous avons attendu de savoir où allait être organisée la prochaine édition car certains territoires, comme l'Europe de l'Est, nous intéressent moins que d'autres. » L'Argentine ne répond pas totalement aux attentes : « Henkel et Loctite y sont présents, mais avec des marques différentes. De plus, nous craignons que l'impact médias soit moindre. » Même si les discussions sont bien avancées avec ASO pour un nouvel accord, une décision définitive sera prise le 23 juin par les responsables européens de Loctite lors d'une réunion à Stockholm (Suède).
Ces questions, Total se les pose aussi. Le pétrolier français possède des positions stratégiques et historiques en Afrique. « Nous sommes leaders des stations-service sur le continent, indique Philippe Mercier, chef du département marketing à la direction compétition de Total. Ce n'est pas le cas en Argentine, par exemple, où la configuration est différente. » Là-bas, le marché est dominé par le concurrent espagnol Repsol YPF. « Mais le rallye peut aussi servir de levier pour l'amélioration de la notoriété de nos marques, notamment de lubrifiant, sur ces zones, ajoute-t-il. C'est la question que nous examinons. Et même pour un groupe comme Total, nous devrons aussi faire des choix. »
Retombées médiatiques
En s'expatriant en Amérique latine, le Dakar joue peut-être gros, mais les nouvelles courses n'apparaissent pas (encore) comme des alternatives pour les annonceurs. Elles ont tout à prouver tant au niveau organisation et sécurité qu'en termes de « bruit médias ». « Mitsubishi reste très attaché au Dakar, nous regardons toutefois d'un oeil averti ce qui se passe ailleurs, confie Dominique Serieys, directeur de Mitsubishi Motorsport. Le nerf de la guerre, c'est le budget, car multiplier les courses coûte de l'argent. Pour Mitsubishi, il convient aussi de vérifier les retombées médiatiques, notamment sur les pays émergents. » Le constructeur japonais, qui investit environ 15 millions d'euros par an dans son équipe officielle, a chiffré entre 33 et 35 millions l'équivalent publicitaire de la couverture médias internationale obtenue durant un Dakar. Une performance que sont loin de garantir les autres courses. D'autant que le rallye d'ASO aura lieu début janvier, une période sportivement creuse, contrairement à juin, où la Transorientale de Lagardère sera concurrencée par d'autres événements. « Le Dakar, c'est l'assurance d'une exposition médiatique importante pour les marques, affirme Laurent Lachaux, directeur marketing et commercial du Tour de France, autre épreuve ASO. Les constructeurs engagés bénéficient d'un véritable retour sur investissement en termes d'image. Et puis, quelles assurances sécuritaires garantissent les autres organisateurs ? »
Le 12 juin, à Saint-Pétersbourg, 250 participants prendront le départ de la Transorientale, le rallye auto-moto créé par Lagardère Sports. L'arrivée sera jugée vingt-six jours plus tard à Pékin, après plus de 10 000 kilomètres au travers des montagnes, steppes et déserts de Russie, Kazakhstan et Chine. « Ce sera le plus long rallye-raid du monde », se plaît à préciser Olivier Guiguet, président de Lagardère Sports. L'entreprise nourrit de grandes ambitions pour son rallye : être, à terme, aussi important que le Dakar. « Mais, attention, la Transorientale n'est pas une épreuve concurrente, précise Olivier Guiguet. Nous sommes complémentaires. Il y a la place pour deux grandes épreuves. »
Lagardère Sports se défend donc d'attaquer frontalement le mastodonte Amaury Sport Organisation (ASO), propriétaire du Dakar. D'autant que Lagardère détient 25 % du groupe Amaury, la maison mère d'ASO. Avec un budget inférieur à 15 millions d'euros, la Transorientale ne peut, aujourd'hui, rivaliser avec sa célèbre aînée, qui représente plus du double. « Nous sommes dans une logique de long terme, indique Olivier Guiguet. Les partenaires ne tombent pas du ciel. Nous voulons construire une belle épreuve et lui donner une couverture médiatique importante. » La première édition ne sera pas bénéficiaire. Côté sponsors, la Transorientale n'est associée qu'à des marques locales et cherche son partenaire titre (ticket d'entrée supérieur à 2 millions d'euros).
Une vitrine
Du coup, Lagardère Sports s'est concentré sur les accords de diffusion TV. Une trentaine ont été signés, entre autres avec France Télévisions (qui diffuse également le Dakar) pour un résumé quotidien sur France 2, France 3 et France 4. La Transorientale est aussi la vitrine des métiers et filiales de Lagardère Sports : Sportfive pour la production d'images, IEC pour la vente des droits TV internationaux et Newsweb pour les nouveaux médias. L'organisation sportive du rallye a été confiée à René Metge Concept, qui a apporté l'idée de la course.
L'annulation de l'édition 2008 du Dakar a coûté « entre 30 et 33 millions d'euros » à ASO, selon son président, Patrice Clerc. La structure du groupe Amaury a tout de même récupéré 15 millions grâce aux assurances. Le Dakar 2009 en Argentine et au Chili ne lui permettra pas de combler cette perte, malgré un tissu économique local plus « intéressant » qu'en Afrique. ASO vient de faire un « roadshow » à Buenos Aires et à Santiago, devant des entrepreneurs argentins et chiliens. Le partenariat titre de la course est encore libre, pour 3 à 3,5 millions d'euros.
Les partenaires du Dakar 2008 étaient Euromilhoes (la loterie portugaise, sponsor titre depuis 2005), BF Goodrich, Columbia, Elf, Euromaster, Loctite, Renault Trucks, Rodania, Serica, Total et Unique. Du côté des constructeurs, engagés sur plusieurs courses, les deux principales équipes sont Mitsubishi (sponsors : BF Goodrich, Repsol et Valeo) et Volkswagen (Aral Ultimate, BF Goodrich, Castrol et Red Bull).
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