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Star Wars, combien de GRP ?

Cinéma

15/10/1999 - Pour le lancement d'un film, il n'existe pas de recette miracle. Un bon plan médias doit combiner plusieurs supports et jouer avec les opérations spéciales.

Difficile de passer à côté.La Menace fantôme,le quatrième volet deLa Guerre des étoilessorti le 13octobre sur les écrans français, est partout : dans la presse, à la télévision, à la radio, dans le métro parisien, dans les centres-villes des principales agglomérations... C'est le point d'orgue d'une campagne élaborée depuis plusieurs mois par la Fox et UFP, le distributeur en France. Depuis la sortie du film aux États-Unis le 19mai dernier, les retombées presse ont atteint un niveau exceptionnel. Ce lancement illustre bien la stratégie de communication du cinéma qui utilise une panoplie médias étendue. Affichage, radio, avant-premières, relations presse, opérations spéciales, Internet... toutes les solutions sont adaptables et la meilleure réponse est souvent un mix de plusieurs supports. En moyenne, le budget total de communication d'un film américain s'élève à 2,5 millions de francs (1,5 million pour un film français). AvecStar Wars, on atteint des galaxies supérieures à 10 millions. L'objectif est de créer une demande et, au final, de faire venir le public dans les salles.«Il n'y a pas de véritable recette,reconnaît Jean-François Camilieri, directeur général de Gaumont Buena Vista France.Le principal souci est d'obtenir un nombre d'occasions de voir suffisamment important.»À sa sortie, le film doit avoir atteint une exposition maximale, car la fréquentation du premier jour, et même de la toute première séance, conditionne le reste de sa carrière et permet de parier sur son succès ou son échec.«L'un des principaux problèmes pour la sortie d'un film, c'est sa mise en place et le nombre de copies distribuées,avance Dominique Bouchayer, directrice générale adjointe de MediaCompany.Une force de frappe importante doit être portée pour ce jour-là.»Auparavant, tout est permis, mais il existe malgré tout des passages obligés, comme l'affichage. Autobus, métro, gares, vitrines, Abribus ou grands formats, les possibilités sont multiples et combinables, mais visent une cible prioritairement urbaine et jeune. Plusieurs réseaux sont même exclusivement réservés au cinéma, comme les colonnes Morris.« C'est un support flatteur pour les exploitants, car il est situé à proximité des salles,estime Jean-François Camilieri.Cependant, il est tout à fait possible de s'en passer.»Les distributeurs sont également friands de supports événementiels. «Ils utilisent souvent des 4x3 suspendus,signale Nicole Moriset, responsable du secteur culturel chez France Rail Publicité.Le cinéma est demandeur d'actions événementielles. »La radio est le second média prisé par le cinéma.« Elle a l'avantage d'être plus explicative,reprend Jean-François Camilieri.C'est aussi le seul support pouvant être rapidement utilisé pour une campagne de soutien.»Autre intérêt : le partenariat, qui offre un volume d'espace publicitaire sur l'antenne en échange du logo de la station sur l'affiche. Des avant-premières ou des jeux-concours peuvent également être organisés. Ce système a été adopté récemment par les télévisions thématiques. La presse, enfin, est incontournable, des guides, commePariscopeouL'Officiel des spectacles,à la presse quotidienne.

Faire connaître le film

Le plan médias ne se résume pas à ces trois supports. L'éventail des outils de communication dont dispose le cinéma est très vaste. Le bouche à oreille représente ainsi la première source d'information pour le spectateur de cinéma.« Ce phénomène est parfaitement maîtrisé par les distributeurs, en partie grâce aux avant-premières,confie Dominique Bouchayer.On peut cibler le public mais aussi ne réaliser aucune projection privée pour créer un mystère ou simplement parce que le distributeur estime que le film n'est pas extraordinaire. »Les relations presse contribuent également au bruit fait autour du film, et, en ce domaine, toutes les productions ne sont pas logées à la même enseigne. Les films français profitent de la disponibilité des acteurs et du metteur en scène pour être présents dans les émissions de variétés à la télévision et en radio, dans le cadre d'un plan de promotion orchestré et planifié. Les films américains, eux, bénéficient souvent de budgets marketing plus élevés permettant quelquefois des réalisations spectaculaires. Pour le lancement deWaterboyen juin dernier, des avions à réaction ont inscrit en lettres géantes le titre du film et sa date de sortie dans le ciel de dix villes de France. Le message, lisible à cent kilomètres à la ronde, a eu d'importantes retombées rédactionnelles, ce qui était voulu. Les opérations spéciales se multiplient également grâce à la technique du cobranding. Nokia, la marque de téléphones, a profité deMatrix,dans lequel étaient utilisés ses appareils, pour développer des jeux et des promotions autour du film. «Les dessins animés sont des habitués de ce système,explique Dominique Bouchayer.Il est passé dans les moeurs aux États-Unis et est en train de se développer en France.»L'idéal, pour les distributeurs, serait d'arriver à toucher personnellement chaque spectateur potentiel. Une tâche qu'Internet réalise parfaitement. Le Web est désormais devenu un outil indispensable pour le cinéma (cf. ci-contre l'article surLe Projet Blair Witch).«Les individus touchés sont à 100% concernés »,confie Jean-François Camilieri. Un avant-goût des plans médias de demain : les distributeurs utiliseront peut-être le titre du film comme une véritable marque.


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LA PUBLICITÉ AU CINÉMA EN FORTE HAUSSE

Le cinéma est à la mode. Les entrées en salles ne cessent de croître tandis que les multiplexes quadrillent peu à peu l'Hexagone, touchant de nouvelles populations. Bien placées pour profiter de l'embellie du secteur, les deux régies cinéma, Circuit A et Médiavision, voient leurs chiffres d'affaires décoller. Cette progression dépasse largement la croissance mécanique des budgets publicitaires moyens, directement liés au nombre des entrées. « De 1994 à 1999, la croissance du chiffre d'affaires représente le double de la progression naturelle des entrées », constate Fabrice Carlier, directeur du marketing et de la communication de Médiavision. Selon la pige Secodip de juin, les investissements au cinéma progressent de 57% sur le premier semestre, à 424 milions de francs. De fait, de plus en plus d'annonceurs viennent au cinéma. « Il y avait cent cinquante marques sur les grands écrans en 1994, elles étaient deux cent cinquante en 1998 », constate Fabrice Carlier. « À la fin août 1999, 35% du chiffre d'affaires étaient générés par de nouveaux annonceurs », ajoute Françoise Huguet, vice-président-directeur général de Circuit A. Le côté pionnier avéré du cinéphile et les quelque soixante multiplexes ouverts actuellement y sont pour beaucoup. Choix des films, confort des salles, implantation dans les grands bassins de population, ces « supermarchés du 7e art » pèsent sur l'image du média. « C'est psychologique, remarque Françoise Huguet. Pour beaucoup d'annonceurs, c'est la garantie que le secteur va bien, puisqu'il investit.» Marc Baudriller

Le Projet Blair Witch, roi du marketing sur le Web

Dépassé le nouvel épisode deStar Wars,enfoncésLes Mystères de l'Ouest,battuEyes Wide Shut.Le succès du box-office américain cet été est un petit film d'horreur sans effets spéciaux,Le Projet Blair Witch.Réalisé par Daniel Myrick et Eduardo Sanchez«pour le prix d'une Ford neuve»(35000dollars, soit un peu plus de 200000francs, selon le magazineTime),il a recueilli pour sa première semaine d'exploitation 50 millions de dollars de recettes, ce qui en fait le film le plus rentable de l'histoire du cinéma.

Fiction ou documentaire?

Ce succès surprise est largement dû à un marketing intelligemment orchestré par le distributeur indépendant Artisan Entertainment: rompant avec la stratégie de masse de Hollywood, il choisit de s'adresser au public d'Internet. Dès juin 1998, avant même la fin du montage, les deux réalisateurs avec leur maison de production, Haxan Films, lancent le site blairwitch.com, consacré à trois étudiants en cinéma disparus alors qu'ils enquêtaient sur une vieille légende de sorcières dans un village du Maryland. L'histoire se propage dans le cercle des internautes férus de sorcellerie. Bientôt, ceux-ci n'attendent plus qu'une chose, la sortie du film, présenté comme un documentaire monté d'après les bandes tournées par les étudiants avant leur disparition. Sensation du Festival du film indépendant de Sundance en janvier 1999,Le Projet Blair Witchest acheté par Artisan Entertainment, qui injecte 15millions de dollars dans le marketing et la distribution. Le site Internet est mis à jour chaque semaine avec des extraits du film, des biographies des disparus, des photos de l'enquête de police et une interview de la mère d'un des étudiants. Plusieurs millions de connexions sont enregistrées. Parallèlement, le distributeur mène des opérations sur les campus, s'associe avec la chaîne spécialisée Sci-Fi Channel et lance une compilation des musiques prétendument écoutées par le trio. Le merchandising Blair Witch s'est enrichi, comme pour une production hollywoodienne, de la vidéo, du livre, de la bande dessinée, du porte-clés, du poster... Pascale Caussat

En image
Pour sa première semaine d'exploitation, le film a enregistré 50millions de dollars de recettes
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