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Chronique

Les mots, armes de construction massive

29/05/2018 - par Emmanuel·Bachellerie, directeur·général·de·Brest·Ultim·Sailing

Alors qu’approche l’été et son lot de lectures… cette avant-dernière petite musique avant les cigales se veut plus empirique. Empreinte d’un peu – tentons le – de hauteur. Pour parler des mots. Que ferait, d’ailleurs, un directeur de la communication, un conseil, un activateur, un community manager ou un publicitaire… sans eux. Rien, ou presque. Nous jouons tous avec, chaque jour. Pour informer, séduire, influencer, vendre ou défendre. Par ailleurs, contrairement aux idées reçues selon lesquelles l’image aurait tout vampirisé, nous n’avons jamais autant écrit. D’un mail à un texto en passant par un post Facebook ou Snapchat ou encore un tweet, nous passons nos journées à écrire. Plus ou moins bien… mais à écrire.
Et il y en a un, parmi tant d’autres, qui s’est servi de sa plume ces dernières semaines pour planter une banderille et ne plus la retirer jusqu’au verdict en appel. L'avocat général du deuxième procès de Jérôme Cahuzac a écrit ceci avant de le déclamer devant la Cour : « Il y a une ironie terrible de voir que vous, qui aviez à cœur de vous battre contre la fraude fiscale, votre plus grande contribution n’a été ni votre action de parlementaire, ni de président de la commission des finances, ni de ministre du Budget. Votre plus grande contribution a été votre procès. Vous pensiez incarner l’intérêt général, la loi. En définitive, vous serez une jurisprudence. » Quatre petites lignes qui vous condamnent pour l’éternité, et ce, quelle que soit la peine prononcée. Qui, elle, pour rugueuse qu’elle soit, finira par passer.
Quête de transparence
Les mots sont donc là, chaque jour, autour de nous. Virevoltant d’un procès à un 4×3 ou une annonce radio à un message reçu sur son portable ou derrière son PC. Puissions-nous, aussi, nous en servir… pour promouvoir la clarté, au contraire de la transparence, galéjade du 21ème siècle. Car tous les documents de référence annuels en parlent. Chaque communiqué la promeut. Elle colore tous les discours de dirigeants, qu’ils soient politiques ou économiques. Cette quête – virtuelle – de transparence à une époque où chaque citoyen peut avoir l’impression d’être en mesure de tout savoir, sur tout.
Si l’exigence de clarté, elle, est vertueuse, elle ne saurait toutefois être confondue avec cette quête ambigüe voire très dangereuse et, surtout, illusoire qu’est donc la transparence. Car entre elle et la tyrannie voire une certaine forme de tentation de toute-puissance, il n’y a qu’un pas. Quelle est, en effet, la limite entre connaître légitimement le patronyme de son voisin et ce qu’il se passe derrière sa porte ? La clarté permet de savoir qui on a en face de nous quand la transparence, elle, surveille, épie et déshabille. Le législateur européen fait appliquer, à partir du 25 mai, le Règlement général sur la protection des données. Doit-on s’en satisfaire ? Oui… et non. Oui car il est rassurant de constater qu’un trop plein d’utilisation des données personnelles peut conduire jusqu’au firmament du délire si on ne l’encadre pas. Que notre continent l’ait compris est une bonne nouvelle pour nos santés démocratiques. Non aussi car, paradoxalement, ce nouveau cadre règlementaire pourrait donner une toute-puissance maximisée à Google et Facebook qui, bien mieux armés que les acteurs européens, pourraient nous prendre de vitesse sur la mise en place, extrêmement complexe, du nouveau dispositif.

Besoin de collectif

Mais revenons aux mots qui, aussi et surtout, nous (re)lient. Les projets sociétaux contemporains surinvestissent l’économie de l’individu quand nous avons davantage besoin aujourd’huide « collectif », de « transversal » ou de « faire ensemble ». Les mots seront, toujours, le meilleur passeport pour transmettre, partager ou créer du commun. D’ailleurs, certains ne s’y étaient pas trompés aux moment d’autodafés dans l’histoire pour asseoir tel ou tel régime autoritaire.
« Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté », disait Confucius. La clarté n’est pas la transparence. Ne l’utilisons pas au détriment de la première. Pour se contenter, déjà, d’être clairs.

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