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Chronique

Customisons la politique

19/03/2019 - par Bernard Sananès, président du cabinet d'étude et de conseil Elabe

1er avril 20 heures : Emmanuel Macron annonce les dix grandes réformes qu’il entend mettre en œuvre pour sortir de la contestation des Gilets jaunes et tirer les leçons du Grand Débat. Au-delà de plusieurs annonces institutionnelles, ce sont de nouvelles mesures pour le pouvoir d’achat et surtout l’annonce une grande réforme fiscale qui font le cœur de son intervention. En fin de discours le président de la République promet que dès le lendemain matin, chacun pourra mesurer l’impact de ces mesures sur sa situation personnelle.
2 avril 6h : Tous les sites gouv.fr renvoient sur un simulateur permettant, à partir de son numéro de contribuable, de simuler l’effet sur sa feuille de paye et sur sa feuille d’impôt de la refonte du barème, des nouvelles tranches, de la réduction des niches fiscales, des nouveaux critères d’attribution d’aides sociales simplifiées.
2 avril 9h : Pris d’assaut, le site de la DGFIP est inaccessible pendant plusieurs minutes. Rapidement remis en service, il totalisera plus de 15 millions de pages vues dans la journée.
2 avril 12h30 : Sur les chaînes d’information en continu et les radios, le débat a changé de nature : à côté des économistes qui évaluent l’impact sur les finances publiques et la croissance des annonces de la veille, les testimoniaux de citoyens se succèdent : l’ouvrier de Charleville-Mézières fait état d’un gain potentiel de 243 euros de plus, la famille de fonctionnaires de Montauban annonce un impact inférieur à 30 euros, le cadre supérieur de Marcq-en-Barœul qui a vu une niche fiscale diminuer fait état d’une perte de 358 euros.
3 avril 19h : Le ministre des Finances explique dans un communiqué que l’exploitation des données de simulation a mis à jour certaines distorsions que les services de Bercy n’avaient pas suffisamment prises en compte. Des modifications au projet de réforme seront apportées pour éviter les effets de seuil.

Un enjeu d'individualisation

Premier avril ou pas, les évènements décrits plus haut ne sont sans doute que pure fiction. Même si la réforme fiscale pourrait être au cœur des annonces présidentielles, il y a peu de chances que ce moment conduise à une révolution de communication publique. Pourtant, réussir à individualiser l’impact des politiques publiques (comme cela a été très bien fait sur le prélèvement à la source) apparaît dans le contexte un enjeu essentiel.

D’abord, la crise que nous venons de traverser montre qu’on ne peut pas voir la France à partir d’un tableau Excel. Que le discours autour des moyennes dans lequel le citoyen ne se reconnaît pas aggrave le sentiment d’éloignement des réalités. Quand l’Insee affirme que le pouvoir d’achat augmente et que le gouvernement embraye, mais qu’un Français sur deux déclare que sa situation financière s’est dégradée en 2018, ce Français sur deux se dit « on ne doit pas vivre la même vie ».
Ensuite parce que le discours du chiffre n’impacte plus. Depuis les milliards envolés de la crise de 2008 et ceux de Kerviel, les chiffres à six zéros donnent le tournis aux citoyens. Dans ces conditions, les 10 milliards distribués le 10 décembre restent pour beaucoup un effet d’annonce. « 10 milliards très bien, mais les 100 euros promis à la fin, du mois j’y ai droit ou pas ? »

Je ne suis pas un numéro 

Enfin parce qu’à l’heure du big data, de l’individualisation de tous les services de la vie quotidienne, je ne peux pas accepter de n’être pour l’administration qu’un numéro. Mon site d’achat en ligne sait tout de ma consommation, mon compte Facebook connaît précisément tous mes centres d’intérêt, et mon « État », celui auquel je contribue par mes impôts, ne parvient pas à me dire précisément depuis trois mois, à quel moment les annonces du Président de la République vont ou pas avoir un effet pour ma situation.

Dans le rapport à la politique se joue donc une question importante. Au moment où la notion d’intérêt général se dissipe, où une forme de consumérisme politique s’installe, où la réforme est désormais perçue comme une menace plutôt que comme un progrès, le citoyen se demande d’abord légitimement « et pour moi, la réforme change quoi ? ». Pour pouvoir y répondre, le politique doit se donner la capacité d’individualiser ses réponses. Le big data est entré dans les campagnes électorales. Il doit maintenant être mis au service des réformes. Il faut « customiser » la politique.

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