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Ici New York

Tous les mots pour ne pas dire «les vacances»

11/02/2015 - par Clarisse Lacarrau

Vous croyez que les Américains n'ont pas de vacances et éventuellement, vous culpabilisez avec vos cinq semaines de congés payés? Cette semaine, dans sa chronique Ici New York, Clarisse Lacarrau, planneur stratégique installée dans la Grosse Pomme, poursuit sa déconstruction du storytelling américain et a décidé de vous affranchir.

Cet été est sortie une pub pour Cadillac [voir ci-dessous] qui s’en prend clairement à nous, les Européens (et notamment les Français), cette bande de gros feignants qui ne font rien qu’à prendre des vacances et à glander aux terrasses. Nourrie au cliché, bien que Française, je pensais presque tout pareil: les Américains ont deux semaines de vacances (les pauvres) et nous, on a bien de la chance, youpi! (Par contre, ils n’ont pas réussi encore à me culpabiliser et vous allez vite comprendre pourquoi.) Et puis, j’ai découvert qu’il y avait en Amérique autant de mots pour parler vacances que les inuits en ont pour décrire la neige, c’est dire.

 

Petite session mathématique et sémantique autour du concept de vacances. En général, ici, on a deux semaines de «vacations», mais... S’ajoutent à cela les «holidays» (les jours saints), à savoir Thanksgiving (qui dure entre 2,5 et 3 jours selon les années) et Noël, bien sûr, où beaucoup d’entreprises ferment une semaine. Il y a aussi les «national days», un peu comme nos jours fériés mais il y en a autant que nous, voire plus. Chacun de ces jours est toujours situé par la grâce du dieu du calendrier un lundi ou un vendredi (exemple: Labor Day à la fin de l’été, President’s Day en février, Martin Luther King Day en janvier, le jour de la marmotte en mars - on ne rit pas - et j’en passe …). Et hop, des week-ends de 3 jours.

 

L’équation se complique. Vous pouvez en outre bénéficier de «personal days» dont vous faites ce que vous voulez (ça va de 3 à 6 jours en général) et de «sick days» (jours où on est malade, entre 3 et 6 aussi), ceux-ci ne nécessitant aucune justification. Attention, ça n’est pas fini: chaque année, de façon quasi systématique, les entreprises offrent des «summer days» pour tous, entre 2 et 4 au cours de l’été, soit quasiment un week-end de 3 jours toutes les deux semaines.

 

Donc, si l’on compte, on atteint un score, dans sa moyenne haute, de... 34 jours de vacances (sans prendre en compte les jours fériés, pour être fair play). Et bim!, un petit mythe qui s’écroule et une réalité que l’on cache. Des Européens qui en sont à avoir presque honte et des Américains qui fanfaronnent. Donc, bonne nouvelle pour l’estime de soi française, nous ne sommes pas des gros glandeurs, enfin pas plus que les autres.

 

Ceci étant dit, ce petit exercice d’algèbre sémantique m’a aussi fait prendre conscience de la beauté démocratique des congés payés de 1936, et du combat qu’ils représentaient. Car ces équations comportent une injustice profonde: le nombre de semaines de «vacations» et autres «personal days» est fonction de votre avancée dans la hiérarchie. Nos cinq semaines de vacances pour tous n’existent pas ici. Plus tu montes, plus tu en as - sinon, tu trimes.

 

J’ai donc appris à parler vacances avec mes amis américains, compris aussi pourquoi ils en parlaient comme des agents de la CIA et ai fini par respecter ça, en arrêtant de leur expliquer que nous n’étions pas des glandeurs; après tout, c’est pour eux que c’est compliqué et pas assumé, pas pour nous. J’en ai aussi profité pour jouer à Inception en soulignant la petite inégalité démocratique qui se logeait dans cette danse sémantique. Qui sait? Les congés payés pour tous les Américains d’ici 2020?

 

L’important donc, ici ou ailleurs, c’est comment on nomme les choses et pas ce qu’elles sont vraiment. 

 

Nota bene. La publicité Cadillac a été très critiquée par les Américains; il semblerait que eux aussi en aient marre d’être caricaturés entrain de nous caricaturer.

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