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Ici New York

On attend avec impatience le combat de titans: Cuba vs USA

14/04/2015 - par Clarisse Lacarrau

Notre chroniqueur Clarisse Lacarrau, planneur stratégique installée à New York, est allée récemment à Cuba, peu avant la poignée de mains historique entre Raul Castro et Barack Obama. Elle en est revenue avec autant d’observations que d’interrogations. Les Cubains seront-ils en mesure de résister au déferlement prévisible des armées du soft power américain ?

Quel meilleur moment dans sa vie pour partir visiter Cuba ? Après un an passé aux Etats-Unis, devenue petite éponge (résistante) du storytelling américain, je me suis offert un petit shoot contre culturel. Eh bien, oui, en mode virus inoculé, incubation, contre virus… Bref, de quoi bousculer encore et encore certitudes et croyances. Ça tombait bien, décision prise juste au moment où les Castro Brothers lâchent la bride, se détendent … On est toujours plus détendu, vers la fin, en général, mon commandant. J’ai d’abord eu la chance de vivre les derniers restes de ce qu’on appelle la frontière, la nation et surtout le sentiment étrange d’appartenir à son passeport puisqu’il n’était pas encore possible pour un Américain d’aller à Cuba. Ceci dit, quand vous entrez en Amérique, on vous fait bien comprendre que vous êtes un immigré, que cette frontière est méritée. Et qu’il y a eux et nous. Bref. Eh bien, pareil en arrivant à Cuba.

 

Passé le tableau parfait et coloré que Fidel a décidé d’offrir aux touristes – très charmant au demeurant –, on vit le premier choc d’Occidentaux drogués à la connexion et du coup, de Cubains coupés du monde, de notre monde. En effet, on ne peut pas se connecter, à peine deux, trois spots wifi dans La Havane à raison de 10 dollars l’heure, et difficile d’en trouver dans les autres villes de l’île. On peut voir des petits Blancs accrochés à leur smartphone, scotchés dans les halls d’hôtel pendant des heures, à deux doigts d’aller casser la gueule à la serveuse cubaine, comme si elle était du service client d’Orange, la pauvre, alors qu’elle, elle ne peut pas avoir accès à l’internet ! Et c’est ça qui m’a fasciné et m’a fait fantasmer sur l’ouverture de Cuba et ses conséquences sur les Cubains : que va-t-il se passer quand ils vont se prendre le tsunami du web ? Eux qui vivent dans un genre de Truman Show socialiste.

 

Car malgré l’ouverture progressive et récente de ces dernières années, et le marché noir qui leur permet d’acheter des t-shirts Nike et de regarder quelques films américains, il y a deux chaînes de télé qui racontent le monde comme à des enfants de 4 ans et peu d’entre eux peuvent s’offrir de voyager et de quitter le pays. C’est d’ailleurs assez touchant car les Cubains sont fiers et notamment de leur résistance.

 

Cependant, lorsqu’on leur pose des questions plus précises sur l’ouverture de Cuba aux Etats-Unis, on se rend compte qu’ils ne savent pas tout (et ce qu’ils savent vient de conversations avec des étrangers), ou ne peuvent pas mesurer ce qui va leur arriver dans la figure. Au-delà des batailles économiques qui vont se jouer, ils vont réaliser ce qui se passe de l’autre côté et ce qu’on leur a caché : Youporn, les frasques de Kim K., le crowdfounding, les révolutions de l’information non-stop, des Google glasses et de toute la puissance de l’entertainment américain qui permet à l’Amérique de continuer à dominer le monde. Et je me suis demandée s’il était possible de résister à ça, avec juste le Che de son côté. Oh my god !

 

Les Cubains savent qu’ils doivent résister et ils y sont d’ailleurs bien habitués et ce, bien avant les psaumes de Fidel. Entre leur fierté, leur conscience et aussi deux, trois lois qui empêchent, par exemple, un étranger d’acheter un bien immobilier à Cuba sans un Cubain, ils ont probablement les moyens de gérer le tsunami culturel et ultrapuissant qu’est internet. Ou pas.
Nous n’avons aucun précédent dans l’histoire. Quand le mur est tombé à Berlin, les Berlinois ont pu s’adapter progressivement, y aller doucement. Quand la Chine communiste « s’ouvre », elle le fait aussi progressivement et organise aussi son internet à elle. Mais là, la vague est trop puissante pour être contrôlée, et l’Etat cubain est en train de tout lâcher – pas vraiment progressivement, pour le coup.

 

Alors, pas la peine de se presser pour aller à Cuba, je recommanderai d’y aller dans un ou deux ans, d’attendre qu’on passe au réel après avoir quitté la politique pour voir comment le peuple cubain gère cette violente prise de contact avec la révolution civilisationnelle qu’est internet, et de fait, avec la vraie puissance de l’Amérique, son occupation incessante de la production pop culturelle du web (minus Gangnam Style). Et je me rêverais bien en psychosociologue pour aller voir si l’on va assister à un burn out général ou à une libération créative, un peu comme à l’époque de la Movida, en Espagne, après Franco. Parfois, on a quand même de la chance d’être là, dans notre époque de l’entre-deux où tout est possible. Le pire comme le meilleur. Cuba comme un labo où l’on s’autoriserait à questionner tout ce que les gens qui possèdent le futur nous promettent.

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