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La communication de "La Crise"

09/10/2008

«Depuis 24 heures, la France est en récession.» C'était le 2 octobre, l'information passait en boucle dans tous les médias. Deux trimestres négatifs, "game over"! Récession, le mot tant redouté. D'un jour à l'autre, en vingt-quatre heures, la France basculait d'une croissance molle ou en recul à, le mot est lancé, la récession. À la une de Libération, un plat de patates bouillies. Plus de beurre!

Dans le même temps, en moins d'un an outre-Atlantique, de grandes banques mondiales ont disparu ou presque, un géant de l'assurance a été sauvé in extremis. Autant de compagnies dont la longévité était gage d'immortalité et d'invincibilité. Touchées, coulées! Fin de l'histoire. La liste des victimes de la bombe financière à fragmentation qui "fractalise" le monde capitaliste, s'allonge de jour en jour et… Que va-t-il se passer? Qui peut écrire la suite de l'histoire?

«Le moment est grave, la suite est imprévisible, mais n'ayez pas peur.» Voilà, en substance, ce que s'accordent à dire aujourd'hui hommes politiques et experts, dans un art consommé de la diplomatie et de la guerre. Les causes sont connues mais non l'ampleur du mal, le remède est incertain, la guérison va être longue. Si union il y a dans l'analyse de la crise, elle est d'abord dans ce basculement d'une communication de crises à un mouvement planétaire et solidaire de communication de "La Crise".

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Dans une France déjà encline au pessimisme, où la défiance envers les entreprises perdure, le rôle des médias est essentiel dans la fabrique de l'opinion. Politiques et experts le savent. Crise financière ou crise systémique ? Crise morale à sanctionner ou crise profonde du capitalisme ? Croissance négative ou récession ? La bataille des mots fait rage. Crise de confiance durable: là, tous sont d'accord. Et, depuis plusieurs semaines, cherchent plus ou moins implicitement à contraindre les médias à une forme d'union nationale.

Quelle histoire s'agit-il de raconter? Comment donner au récit de La Crise sa juste signification ? Comment ne pas emporter le traitement de l'information dans une mécanique uniquement narrative et émotionnelle? Les faits, rien que les faits, des commentaires mesurés. Ne pas céder au commerce médiatique efficace de la peur et de ses corollaires, qui conduirait des cohortes de citoyens vers leurs banques dans un mouvement de panique généralisée.

L'exercice d'équilibriste est difficile et non dénué de paradoxes: en septembre, la rentrée sociale se focalisait sur la baisse du pouvoir d'achat, en octobre, dans un élan de pédagogie bancaire, les médias assurent les citoyens que l'État protégera leurs dépôts à hauteur de 70000 euros. Voilà les braves gens rassurés. Mais qui possède cette somme en banque peut-il avoir des inquiétudes sur son pouvoir d'achat?


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