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Internet

La contrefaçon en ligne nécessite une réaction collective

23/10/2016 - par Jean-Paul Béchu, fondateur de Brandsays

Vêtements, maroquinerie, cosmétique, high-tech, médicaments… La contrefaçon explose avec la multiplication des achats sur internet. Les saisies douanières provenant des ventes en ligne sont passées, en dix ans, de 1 à 30%! (1) Pour endiguer ce fléau grandissant, les marques, le gouvernement et les citoyens se doivent d’unir leurs forces.

Clairement, le crime paie. Avec un investissement de 1 000 dollars, un contrefacteur multiplie sa mise par 10 (2), engendrant des revenus colossaux au même titre que la drogue ou la prostitution. Étant moins répréhensible par la loi, ce n’est pas un hasard si la contrefaçon en ligne prend une ampleur sans précédent et si le crime organisé s’est intéressé à ce juteux business.

Actions en justice insuffisantes

Face à ces réseaux criminels qui pullulent et se professionnalisent pour mieux tromper le consommateur, les marques se trouvent souvent impuissantes. Quand bien même, elles traquent et combattent vaillamment, par le biais de procédures juridiques bien souvent longues, les propriétaires de ces sites frauduleux, ces actions isolées ne sont ni suffisantes ni adaptées au dynamisme du web. Ces malfaiteurs sont nombreux, très agiles et changent de nom en permanence. «Nous parvenons, par la justice, à faire fermer les sites, mais en attendant, ils vendent, puis en ouvrent un nouveau», se plaignait le directeur général de Longchamp, Jean Cassegrain, dans une interview à Paris Match. Faute de sanctions juridiques immédiates pour contrecarrer efficacement la contrefaçon en ligne, beaucoup de marques privilégient la discrétion: ne pas s’épancher sur ce problème pour ne pas effrayer le consommateur et le dissuader d’acheter.

Démarche transparente, collaborative et virale

Pour en finir avec cette politique de l’autruche qui, finalement, fait le jeu des contrefacteurs, et dans l’attente de décisions de justice, il devient urgent pour les marques de compléter leurs actions juridiques avec des outils de prévention en temps réel, collaboratifs et viraux, en résumé conformes aux besoins du Net. Car voilà, en attendant que la justice tranche, des consommateurs continuent d’acheter des produits contrefaits de mauvaise qualité voire dangereux, comme dans le cas des chargeurs de smartphones qui explosent ou des faux médicaments. L’OMS [Organisation mondiale de la santé] a d’ailleurs rappelé que 50% des médicaments achetés sur internet sont des contrefaçons…

Les marques ne peuvent décemment continuer à agir de manière secrète et «silotée». Elles se doivent d’unir leurs forces, au-delà des fédérations et regroupements sectoriels qui existent déjà, pour créer une base de données mondiale recensant les sites illégaux et frauduleux, accessible aux consommateurs.

Et comme il en va de l’intérêt public, le gouvernement a lui aussi une carte à jouer pour inciter les entreprises à jouer collectif, en toute transparence. Certes des mesures sont prises pour lutter contre le fléau de la contrefaçon en ligne (Loi numérique, chartes d’engagement ou contribution au projet Phishing Initiative), mais sans aujourd’hui réussir à impliquer - voire, si nécessaire, contraindre - les marques à s’unir pour la protection des citoyens.

Un devoir, chacun à son niveau

Le concours de ces derniers est d’ailleurs tout aussi nécessaire. Et à l’ère du crowdsourcing, quoi de plus naturel que de faire appel à la vigilance des internautes. Imaginez le poids de cette ressource complémentaire pour les marques. Alertées directement par les consommateurs, elles disposeraient alors d’un pouvoir d’identification des sites illégaux inégalable, comparé aux capacités de surveillance de leur service juridique, aussi performant soit-il.
Plus qu’une nécessité donc, cette alliance informelle mais néanmoins combative est un devoir. Le devoir des marques est de protéger les consommateurs, celui de l’Etat de protéger les citoyens, le devoir de vigilance le fait des internautes. Finissons-en donc avec cette démarche nombriliste qui ne mène à rien si ce n’est à aggraver la situation et unissons nos forces! Seule une prise de conscience collective nous permettra de lutter efficacement contre la contrefaçon en ligne.

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