26/04/2012
Depuis dix ans, les instituts de sondage vivent dans la hantise de revivre le 21 avril 2002. Dix ans après, le spectre FN hante toujours les esprits et Ipsos en rate sa soirée électorale du premier tour de la présidentielle, en surestimant Marine Le Pen à 20%, soit plus de 2 points par rapport à la réalité du scrutin (à 17,9%), et en sous-estimant Nicolas Sarkozy à 25,5% (il fera 27,1%). François Hollande a été en revanche très bien estimé à 28,4% (pour 28,6%).
Cette situation inédite oblige a posteriori France 2, client d'Ipsos, à un exercice de justification périlleux. Brice Teinturier, directeur général d'Ipsos, expliquant que le résultat des bureaux des grandes villes n'étant pas connu à 20h, ces écarts, qui seront ajustés vers 21h30, étaient «dans la marge d'erreur». Pourtant, en 2002, Ipsos ne s'était pas trompé et les bureaux de vote fermaient aussi à 20h...
La situation est d'autant plus embarrassante pour Ipsos que son concurrent TNS Sofres donnait sur TF1, à la même heure, des scores exacts pour les deux finalistes, surestimant Marine Le Pen à 19%. Mieux: sur M6, Jean-Daniel Lévy, d'Harris Interactive, livrait également le score des deux finalistes (à 0,2 point pour Sarkozy) et se rapprochait du score de Marine Le Pen en la créditant de 18,5%.
Si CSA a parfaitement estimé le FN (18,2%), il a lui aussi connu des déboires en se trompant sur le poids des deux finalistes (29,3% pour le socialiste et 26% pour le président sortant). Jérôme Sainte Marie reconnaît son «erreur localisée»: «L'essentiel était de donner le bon ordre des candidats mais compte de tenu de l'écart donné, nous cherchons à comprendre.»
A quel moment de la chaîne l'erreur s'est-elle produite chez Ipsos et CSA? Dans l'échantillon des bureaux de vote, dont Patrick Van Bloeme, d'Harris Interactive, rappelle qu'il faut s'assurer qu'ils sont les mêmes qu'au précédent scrutin? Dans la chaîne d'estimation des transferts de vote qui établit les extrapolations? Dans la décision finale de publier tels ou tels scores?
Les extrêmes, toujours difficiles à estimer
Au-delà de certaines estimations défaillantes, les intentions de vote concernant ce premier tour sont aussi questionnées. Si tous les instituts ont donné le bon ordre d'arrivée, aucun n'a mesuré l'écart final de 7 points entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Seul Harris Interactive a placé le candidat du Front de gauche à 12% et seul TNS Sofres a porté Marine Le Pen à 17%.
«Le vote pour le FN continue d'être difficile à estimer car les gens ne l'avouent pas, souligne Guénaëlle Gault, de TNS Sofres. Mais notre dernière intention de vote mesurait la dynamique ascendante de Marine Le Pen à 17% et le reflux brutal de Jean-Luc Mélenchon à 13%. Nous sommes très satisfaits de nos résultats.»
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Présidentielle 2012

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