Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

«Depuis 24 heures, la France est en récession.» C'était le 2 octobre, l'information passait en boucle dans tous les médias. Deux trimestres négatifs, "game over"! Récession, le mot tant redouté. D'un jour à l'autre, en vingt-quatre heures, la France basculait d'une croissance molle ou en recul à, le mot est lancé, la récession. À la une de Libération, un plat de patates bouillies. Plus de beurre!

Dans le même temps, en moins d'un an outre-Atlantique, de grandes banques mondiales ont disparu ou presque, un géant de l'assurance a été sauvé in extremis. Autant de compagnies dont la longévité était gage d'immortalité et d'invincibilité. Touchées, coulées! Fin de l'histoire. La liste des victimes de la bombe financière à fragmentation qui "fractalise" le monde capitaliste, s'allonge de jour en jour et… Que va-t-il se passer? Qui peut écrire la suite de l'histoire?

«Le moment est grave, la suite est imprévisible, mais n'ayez pas peur.» Voilà, en substance, ce que s'accordent à dire aujourd'hui hommes politiques et experts, dans un art consommé de la diplomatie et de la guerre. Les causes sont connues mais non l'ampleur du mal, le remède est incertain, la guérison va être longue. Si union il y a dans l'analyse de la crise, elle est d'abord dans ce basculement d'une communication de crises à un mouvement planétaire et solidaire de communication de "La Crise".

Mesurer ses commentaires

Dans une France déjà encline au pessimisme, où la défiance envers les entreprises perdure, le rôle des médias est essentiel dans la fabrique de l'opinion. Politiques et experts le savent. Crise financière ou crise systémique ? Crise morale à sanctionner ou crise profonde du capitalisme ? Croissance négative ou récession ? La bataille des mots fait rage. Crise de confiance durable: là, tous sont d'accord. Et, depuis plusieurs semaines, cherchent plus ou moins implicitement à contraindre les médias à une forme d'union nationale.

Quelle histoire s'agit-il de raconter? Comment donner au récit de La Crise sa juste signification ? Comment ne pas emporter le traitement de l'information dans une mécanique uniquement narrative et émotionnelle? Les faits, rien que les faits, des commentaires mesurés. Ne pas céder au commerce médiatique efficace de la peur et de ses corollaires, qui conduirait des cohortes de citoyens vers leurs banques dans un mouvement de panique généralisée.

L'exercice d'équilibriste est difficile et non dénué de paradoxes: en septembre, la rentrée sociale se focalisait sur la baisse du pouvoir d'achat, en octobre, dans un élan de pédagogie bancaire, les médias assurent les citoyens que l'État protégera leurs dépôts à hauteur de 70000 euros. Voilà les braves gens rassurés. Mais qui possède cette somme en banque peut-il avoir des inquiétudes sur son pouvoir d'achat?

Dialectique populiste

Et c'est ainsi, insidieusement, en même temps qu'il s'agit d'expliquer l'économie-monde à l'opinion publique, qu'une lecture morale de la crise s'installe peu à peu dans les médias et chez les hommes politiques. Que dire encore de l'indécence suggérée de ces 70000 euros face à la recherche des patrons "golden-parachutés" d'une entreprise en faillite ? Tout devient caricature de ce que l'opinion ou la morale réclameraient.

Dans un monde d'images en réalité fort peu coutumier de l'information financière, il faut rendre tangible et visible ce qui paraît ne pas l'être. Les bons patrons et les mauvais patrons. Cette dialectique populiste va peut-être à nouveau écarter la véritable analyse économique et politique du sujet. Les hommes politiques, à la manœuvre dans ce travail d'assainissement prétendu, s'affichent comme les garants de l'intérêt général – mais ils n'oublient jamais leur intérêt propre et leurs tactiques de court terme.

La crise de confiance est bien là, partout présente. Et, peut-être que dans la litanie des articles qui affirment ou infirment avec la même certitude, au gré des analystes, l'analogie à la crise de 1929, ces «experts» oublient d'en rappeler une dimension sémantique: 1929 fut qualifiée de Grande Dépression. La crise de confiance actuelle risque de se transformer en des millions de petites dépressions…

Envoyer par mail un article

La communication de "La Crise"

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.