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Couvre-feu médiatique ?

24/11/2005

En séminaire dans le sud de la péninsule arabique, j'ai découvert sur CNN les images d'une France à feu et à sang. Consultant en communication de crise, j'ai réfléchi aux solutions offertes à nos responsables politiques. [...] On peut concevoir que les émeutiers tentent de faire passer un message. Lequel ? Un message de malaise social sans doute, mais ne cacherait-il pas pour certains l'opportunité de faire parler de son quartier au journal de 20 heures, de participer aux JO de la violence urbaine ? Je passe à la télé donc j'existe !

Dans le passé, les mouvements de colère populaire avaient des porte-parole désignés, ce qui permettait à l'État d'établir un dialogue. Aujourd'hui, plus de négociateur attitré. L'État n'est plus reconnu comme interlocuteur valable, sa seule présence attise la crise. Pourtant, il faut rétablir un contact avec les émeutiers. L'État doit apprendre à communiquer indirectement, il doit identifier et utiliser les référents reconnus par les acteurs des violences (les footballeurs, basketteurs, rappeurs et autres stars) pour jouer le rôle de médiateurs. C'est une rupture de tactique de communication pour des hommes politiques toujours prompts à faire la course aux JT.

Le peuple attend une action gouvernementale. En communication de crise, celui qui est mis en cause doit prouver sa position par des actes. L'État doit affirmer son plan d'action et le scénariser pour rassurer les citoyens. L'hélicoptère devient le héros inattendu de ces nouvelles tensions, son efficacité opérationnelle a moins de prix que sa valeur symbolique.

Ces actions ne suffisent plus. La situation implique une unité politique. Nous l'avons connue au soir d'un certain premier tour présidentiel en 2002. Elle est donc possible. Les politiques doivent donc prôner le même message.

De plus, même si je dois m'attirer des foudres, il me semble nécessaire, pour l'équilibre de notre pays, d'établir une forme de « couvre-feu médiatique ». Nous avons su instaurer cette unité médiatique pour obtenir la libération de Florence Aubenas. Les médias auraient dû modifier leur ligne éditoriale et arrêter de diffuser le hit-parade des voitures brûlées. Pour l'image internationale de notre pays, il faut réaliser des interviews dans les lieux qui sont restés tranquilles, et faire venir des stars internationales à Paris, photographiées devant des Champs-Élysées emplis de touristes.

Mais ceux qui peuvent être séduits par ces propositions ne doivent pas se bercer d'illusions. Le contrôle total de l'information n'est plus possible. Internet est devenu un média phare de cette crise dans les cités et au niveau international. L'État doit se servir des mêmes moyens que les émeutiers : Internet, blog et SMS. Il l'a fait pour surveiller et réprimer les acteurs de violence, il doit le faire pour communiquer de manière positive afin de donner des perspectives à ceux qui n'en ont plus, au travers des relais que sont les associations sur le terrain. Ces blogs peuvent être utilisés à bon escient, telles des plates-formes d'expression des citoyens, permettant ainsi à l'État d'analyser et de trouver les réponses pour préserver notre démocratie face à la montée des multiples formes de radicalismes et de violences.

Atlantic Intelligence

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