Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Mozart et le fétichisme

02/02/2006 - par Fabien Gélédan,

Par le vote de l'amendement du 22 décembre 2005 instituant une licence globale, les députés ont voulu prendre acte d'un fait : télécharger de la musique en « pair au pair » est devenu un geste quotidien et socialement accepté. Le tour âpre du débat a certes le mérite de rompre l'atonie de la vie parlementaire mais, en amenant les discussions à se focaliser sur la seule musique virtuelle, il risque de donner à croire que l'avenir de la musique enregistrée ne passe que par Internet. Pourtant, au même moment, un imposant coffret rouge de 170 CD s'arrachait dans les grandes surfaces et chez les disquaires : tout Mozart pour 99 euros, soit moins de 60 centimes par disque. N'était le contexte, on reléguerait sans remords ce succès au rang d'épiphénomène dérisoire.

Ce phénomène commercial fait pourtant toucher du doigt l'un des principaux facteurs de la résistance du CD à la dématérialisation : le support est facteur de valeur pour le consommateur par le seul fait qu'il matérialise la musique sous la forme d'un objet. Il lui permet de se l'approprier, de l'investir de désir et de sens, de le collectionner. À cet égard, la dimension emblématique et symbolique d'une intégrale de Mozart de qualité à prix abordable suffit à en faire un objet de désir, un fétiche aussi bien que la promesse de dizaines d'heures de musique. D'autant que le contexte de sa parution, à l'heure où le cycle de vie du CD comme marchandise touche à son terme, lui confère la dimension d'un monument funéraire célébrant la fin du règne sans partage du disque sur le marché de la musique classique enregistrée.

Proclamer la mort du marché du disque tel qu'on l'a connu depuis l'irruption du 33 tours ne revient pas à prophétiser l'avènement d'une dématérialisation totale et définitive. Il s'agit de prendre acte des changements sociétaux récents. La musique n'a plus de temps ni de lieu : au sein du foyer, dans la rue, au travail, elle établit une continuité entre tous les moments d'une vie de plus en plus fragmentée. À cette complexité croissante répond une multiplication de gestes d'écoute nouveaux et complémentaires : musique nomade, téléchargement, écoute de webradios...

Cette diversification des besoins appelle une complexification de l'offre, et donc du modèle économique, afin d'embrasser tous les types de musiques, de formats, de coûts, correspondant à tous les modes, à toutes les occasions d'écoute. Ce mouvement de diversification constitue une chance pour la musique classique, encore plus que pour les musiques actuelles. Des milliers de bandes inexploitées, représentant des décennies de musique enregistrée, se voient ainsi offrir la chance d'une nouvelle vie. Entre la production traditionnelle et la numérisation, un espace est maintenant libre pour une gamme d'offres, de la réédition à bas coût au téléchargement payant en passant par le « streaming » [principe utilisé pour l'envoi de contenu en direct]. Les lourdes entreprises de numérisation déjà commencées prouvent que beaucoup sont déjà conscients des enjeux. Mais, au-delà de cet investissement, cette mutation demande le courage d'engager de profondes opérations de changement, de l'imagination dans la conception de l'offre, et la lucidité d'abandonner sans regret un modèle économique suranné n'ayant d'autre avenir que le ressassement.

consultant en management chez Madras Digital

Envoyer par mail un article

Mozart et le fétichisme

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.