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Grandeur et misère de la communication de Nicolas Sarkozy

13/04/2006 - par Claire Artufel et Marlène Duroux,

Le débat sur le CPE a eu le mérite de rappeler ce qui fait la spécificité de la communication de Nicolas Sarkozy : discret au début, il examine la situation puis, sentant le vent tourner, se met au premier plan et prend à partie médias, opinion et syndicats. Cette communication peut paraître innovante et même déroutante, au regard de techniques déjà pratiquées mais le plus souvent non assumées par les autres hommes politiques. [...]

Chez Nicolas Sarkozy, la communication est d'abord affaire de connaissances : connaissance du milieu politique, des journa­listes, des grands noms de la communication et de la publicité, des attentes et des contradictions de l'opinion. Ensuite, ce n'est qu'affaire d'outils. Celui qui a rêvé un jour de devenir journaliste est parvenu à séduire les médias. Il évalue bien leurs besoins [...]. Il sait établir une connivence, parfois amicale, avec les journalistes et faire jouer la concurrence. [...]Des méthodes déjà utilisées par les autres hommes politiques.

Mais comment expliquer alors le succès médiatique de Nicolas Sarkozy ? En fait, s'il ne révolu­tionne pas la communication, il innove en professionnalisant et en systématisant ces pratiques. Il s'inspire par exemple de nombreuses techniques issues du privé, comme les meetings en grande pompe, les campagnes d'e-mailing, les caravanes sur les plages et bientôt... les banderoles publicitaires tractées par avion. Il n'hésite pas non plus à prendre des risques en provoquant des débats.

La politique comme un feuilleton

Le scénario est toujours le même depuis 2002 : il distille ses idées dans les médias, par des petites phrases ou des annonces-chocs, ce qui génère le plus souvent un débat dans l'agenda public. Une fois ce débat amorcé, il se focalise sur d'autres sujets. Il profite pendant ce temps-là des retombées de son thème dans les médias. Il ne lui reste plus alors qu'à analyser les enjeux dégagés par la presse et à s'en inspirer pour organiser une « grande » annonce qui, prenant les médias de court, va s'imposer comme une action concrète. Le résultat, c'est une presse haletante, relatant jour après jour un feuilleton politique aux rebondissements multiples. Ce faisant, il renforce son image d'homme d'action, ayant toujours un temps d'avance sur les autres. C'est d'ailleurs sa capacité à être en mouvement perpétuel, à donner à voir un univers du possible, à assumer son ambition et surtout à engendrer de la complicité qui semble le crédibiliser auprès de l'opinion.

Mais la méthode Sarkozy a ses limites : on se souviendra entre autres de l'échec du référendum en Corse, de l'affaire du voile ou de la tentative de réforme des 35 heures. Et puis, en politique, tout n'est pas qu'histoire de communication. Depuis 2002, le ministre a bénéficié du contexte politique et social [...]. Il a aussi pu compter sur l'absence directe de concurrence : un Premier ministre (Jean-Pierre Raffarin) en retrait et décrié, un président de la République communiquant peu, et aujourd'hui un autre chef de gouvernement (Dominique de Villepin) dont la lune de miel avec l'opinion semble avoir tourné court. Le tout avec l'appui de réseaux politiques fidèles et ayant un intérêt politique direct dans la réussite du chef de l'UMP. Tous ces éléments ont largement contribué à l'optimisation de la stratégie de Nicolas Sarkozy.

Cependant, deux risques se profilent. Le premier pour lui-même, car la communication ne suffit pas à elle seule à bâtir un succès et le ministre semble pris dans un jeu de surenchère qui peut lasser l'opinion. Mais surtout les effets pervers de cet usage excessif de la communication - personnalisation de l'action politique, vulgarisation à outrance, calibrage de projets en fonction des opportunités médiatiques et des attentes de l'opinion - ne risquent-ils pas à terme de s'amplifier et de nuire au débat public ?

respectivement consultante et journaliste, viennent de publier Nicolas Sarkozy et la communication, Éd. Pepper (250 p., 17 E)

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