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Personnalisation, pas peopolisation

14/09/2006 - par Ramzi Khiroun,

La personnalisation de la vie politique s'explique par la conjugaison de la télévision et de l'élection du président de la République au suffrage universel. Loin de marquer un recul de la démocratie, elle a permis aux citoyens de se forger une opinion sur les candidats qui se présentaient à leurs suffrages. C'était le temps où, chaque dimanche, le téléspectateur attendait L'Heure de vérité ou 7/7 comme le paroissien Le Jour du Seigneur. C'était le temps où, chaque dimanche, l'invité politique redoutait le jugement des Français comme l'accusé le verdict d'un jury populaire, conscient que son programme serait disséqué et ses convictions bousculées.

L'image, unique message

Et puis, il y a eu une première évolution : les Français ont voulu savoir, et les responsables politiques ont accepté de montrer, qui était l'homme qui se cachait derrière le leader. Cette évolution, en soi, n'est pas condamnable : il n'y pas de raison que « l'environnement » immédiat d'un candidat reste secret. Allons plus loin : la participation d'un responsable politique à des émissions qui ne sont pas tout entières consacrées à la politique peut même se défendre, car celles-ci permettent de s'adresser à un public qui ne regarde plus les émissions politiques - pour peu qu'il en reste ! Mais il y faut des conditions simples : pour reprendre deux exemples connus, on ne débat pas avec Élizabeth Teissier chez Fogiel, on ne répond pas à « Est-ce que sucer c'est tromper ? » chez Ardisson.

À force de surenchère, la mécanique s'est emballée pour s'inverser. C'est la « peopolisation ». C'est Dominique de Villepin émergeant des flots sous l'oeil des caméras. C'est Nicolas Sarkozy mettant en scène son fils lors de son sacre à l'UMP. C'est, il y a plus longtemps, Ségolène Royal accouchant dans Paris Match. Nous sommes alors dans une stratégie qui a pour seul objet de faire de l'image et pour seule cible les prochaines enquêtes d'opinion. La peopolisation, c'est quand la forme se substitue au fond, quand l'image devient le seul et unique message, quand l'intime peut devenir public. Malheur à ceux qui ne sont ni photogéniques, ni sportifs !

Certains journalistes, loin d'être tombés de la dernière pluie, ceux-là mêmes qui encourageaient les politiques à faire leur introspection au lendemain du 21 avril 2002, théorisent désormais sur ce qu'ils appellent « une nouvelle façon de faire de la politique ». C'est une profonde erreur d'analyse : loin de rapprocher les Français de leurs élus, cette dérive n'aura pour conséquence que de les éloigner davantage encore. À vouloir assécher le débat politique, on éradique le clivage gauche-droite, créant une frustration qui débouche le plus souvent sur une volonté de punir les élites. On peut moderniser la politique à condition de s'assurer que le fond remonte bien à la surface : tel est aussi l'un des enjeux de la prochaine présidentielle, si l'on ne veut pas vivre un nouveau 21 avril. Car ne nous y trompons pas : les préoccupations des Français, elles, n'ont pas changé !

directeur-conseil chez Euro RSCG

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