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Bayrou, etc. : réponse à Corinne Bessis

01/03/2007 - par Jean-Pierre Gauthier,

Peut-on tout faire dire à un nom de famille ? Comme le prétend un article récent paru ici [lire Stratégies n° 1444], le patronyme serait donc, comme une marque, associé à une promesse. Une telle affirmation est à la fois grotesque, merci au Canard enchaîné de l'avoir remarqué, et dangereuse. Associer le nom d'une personne à un profil type n'est pas sans rappeler les dérives de l'anthropométrie. Il existerait donc une anthroponymie permettant de classer, d'identifier, de typer les individus, non en fonction de leur personnalité, de leur savoir-faire, de leurs expériences, de leur ambition, mais simplement en fonction de leur nom de famille.

Ce qui expliquerait la progression de François Bayrou ne serait pas dû aux hésitations d'un électorat en attente, mais aux potentiels d'évocation de son nom. Ce qui peut effrayer chez Nicolas Sarkozy serait son patronyme, pas son programme. La dureté serait intrinsèque, et la publicité gratuite pour Kärcher, qui eut pour conséquence l'embrasement d'une jeunesse humiliée, n'y serait pour rien. Le manque de sérieux et donc de crédibilité de Ségolène Royal, affirmation contestable au demeurant, serait porté par son nom. Un diplôme de l'ENA, quelques années auprès de François Mitterrand, des postes de ministre, la présidence d'une région, ne seraient donc rien au regard de ce nom, Royal.

Dérives

L'exercice est périlleux, le résultat inquiétant. Comment peut-on affirmer qu'un nom de famille « ne serait pas sérieux » ? Quels en sont les fondements ? Et qui en définit les critères ? Einstein, littéralement « une pierre », verrait son nom porteur de valeurs associées à l'immobilisme. Le travail, l'intelligence, voire le génie ne seraient pour rien dans la découverte de la relativité. Pinochet ne serait qu'un pantin (Pinocchio), qu'un enfant joueur (hochet), un peu obsédé sexuel. Les Chiliens pensent sans doute le contraire. Roland Barthes aurait dû être gardien de but et Fabien Barthez un illustre penseur. Ou le contraire.

Il n'y a pas si longtemps, on envoyait des gens dans les camps car leur nom « faisait juif ». Il fallait alors prouver l'arianisme de son patronyme. Revoir le film de Joseph Losey Monsieur Klein me semble nécessaire pour mieux comprendre les dérives de l'anthroponymie. Jean-Marie Le Pen s'était amusé il y a quelques années au même exercice avec Michel Durafour, et les conséquences que l'on sait. Il existerait donc des beaux prénoms, des noms lisses, des noms durs. La subjectivité l'emporte ici sur le sérieux et l'analyse. Finalement, pourquoi ne pas proposer de remplacer l'élection présidentielle par un test d'évocation des noms des candidats ? Les électeurs n'auraient qu'à attendre les rapports des sociétés d'études. Les instituts de sondages ont déjà commencé le travail. Avril 2002 nous en a démontré la pertinence. Non, décidément le patronyme d'un(e) candidat(e) n'est pas un nom de marque, mais c'est son action, son projet, son ambition qui sont des critères de choix.

dirigeant d'Apanage (création de noms de marque)

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