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Les relations publiques doivent-elles bouger leur Q ?

19/04/2007 - par Thierry Wellhoff,

Il est difficile de reconnaître que l'on vit dans la méprise, surtout lorsqu'elle dure depuis de nombreuses années. C'est néanmoins le cas d'un secteur d'activité entier, qui souffre d'une méprise fondamentale quant à son objet, sa nature et sa fonction dans l'économie. Si les relations publiques doivent ainsi bouger leur Q, il s'agit moins d'indiquer qu'elles ont besoin de renouveler leurs pratiques (qui n'ont eu de cesse d'évoluer, et tout particulièrement au cours des vingt dernières années) que de modifier leur orthographe. Lorsque nous disons bouger le Q, nous devrions dire en fait « ques », car dans « relations publiques », c'est la fin du mot «publiques» qui pose problème.

Une traduction approximative, remontant aux sources de la création de ce métier d'origine anglo-saxonne, a fait interpréter l'expression « Public Relations » de façon étonnante par l'expression française « relations publiques » (en lieu et place de « relations publics ») exprimant par là-même à peu près le contraire du champ réel de compétences à laquelle la profession tente, non sans difficulté, de se faire identifier dans notre pays. Car la France est bien l'un des seuls pays industrialisés au monde à croire que les relations publiques se résument, pour l'essentiel, à de l'événementiel avec, à la rigueur, un peu de compétences en relations presse.

Jugez du quiproquo. Lorsque l'on parle chez nos voisins de « Public Relations », il s'agit de relations avec les publics. Entendez par là relations avec les parties prenantes (« stakeholders ») qui intéressent le monde des affaires. Les publics sont donc l'ensemble des parties dont l'opinion et les attitudes ont une influence significative sur la bonne (ou mauvaise) marche de l'entreprise. Parmi ceux-ci, on trouve naturellement les clients, les réseaux de distribution, les prescripteurs (incontournables dans les professions de santé, essentiels dans le bâtiment), les analystes (comment passer outre dans la finance ou dans le secteur des nouvelles technologies ?), les experts (parlez-en aux professions agroalimentaires...), les médias, les actionnaires, les collaborateurs (actuels et futurs), les associations militantes, les institutions et, en oubliant certainement beaucoup d'autres publics, la société civile dans son ensemble. Publics donc auprès desquels l'image et la réputation de l'entreprise est déterminante pour son succès.

Comprendre et se faire comprendre

Relations, parce que justement il ne s'agit pas de la publicité, par nature unidirectionnelle et qui s'approprie d'ailleurs bien injustement le terme de communication, mais de communication vraie, c'est-à-dire d'écoute, de dialogue, de compréhension mutuelle, d'intérêts communs bien compris et bien entendus. Un mode relationnel qui vise d'abord à comprendre, se faire comprendre et s'assurer d'être compris.

Car ce qui est important dans la relation, ce n'est pas seulement de parler, mais bien d'être entendu. Et ceci quel que soit le moyen utilisé (événement, tables rondes, rencontres en face-à-face, supports éditoriaux multimédias, journaux d'entreprise internes et externes, relations avec la presse) et les expertises nécessaires (accompagnement du changement, expertise financière, public affairs, lobbying, gestion de crise, pour ne citer que les plus pointues).

Comment comprendre, dès lors, que l'on ait traduit l'expression anglo-saxonne « Public Relations » par « relations publiques » ? Car, dans cette dernière expression, ce sont les relations qui sont publiques : une activité qui consisterait à entretenir des relations (le plus possible) dans un cadre public (quel intérêt ?) alors qu'il s'agit, à l'opposé, de publics avec lesquels il faut entretenir une relation dans laquelle il convient d'être précis, juste dans son propos, pertinent et, le plus souvent, persuasif. On voit bien le caractère très artificiel - voire mondain - que sous-tend l'expression « relations publiques ». Alors que « relations publics » (il faudrait dire relations avec les publics) induit bien plus nettement à la fois ce que désigne l'activité, les compétences nécessaires, l'expertise réelle de ce métier et sa finalité. Une simple erreur de traduction qui fait confondre le mondain et l'expert, les paillettes et le socle.

Il est grand temps que la France, à l'instar des autres pays industrialisés, réalise l'importance de cette expertise (le souvenir des Jeux olympiques manqués de 2012 est encore cuisant, et la victoire de certaines conquêtes industrielles encore proches). Si cette prise de conscience doit passer par une modification d'orthographe et un changement d'appellation de « relations publiques » en « relations publics », cela ne vaut-il pas la peine que la profession des relations publiques bouge son Q ?

PDG de Wellcom, administrateur du réseau international Ecco, administrateur de Syntec Relations publiques

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