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Journalistes piégés

24/05/2007 - par Philippe Gavi,

Change de métier, mon vieux. Parce que si tu ne passes pas ça, tu n'es pas un jour- naliste », réagit un grand du reportage. C'est ce qu'ont cru les journalistes du JDD lorsqu'ils ils ont eu l'info : Cécilia Sarkozy n'avait pas voté au second tour. Le patron de la rédaction, Jacques Espérandieu, n'a pas tout faux quand il argue qu'il a sucré l'écho parce que le vote d'une personne relève de la « sphère privée ». L'explication du comportement « erratique » de Mme Sarkozy relève forcément du personnel. Sauf qu'il s'agit de la future première dame de France. La société des journalistes du JDD, choquée par une présumée intervention d'Arnaud Lagardère, « ami-frère de Nicolas », a dénoncé une ingérence qui « nuit gravement à l'indépendance et à la crédibilité de notre journal, comme de ses journalistes ».

Jusqu'où accepter l'ingérence du propriétaire dans les affaires rédactionnelles ? Ce problème se pose dans un contexte aggravé de concentration des médias et de collusion des pouvoirs économiques et politiques. Certes, exiger l'indépendance totale de la rédaction vis-à-vis du propriétaire, un « tais-toi et paye », est irréaliste. En revanche, le propriétaire idéal ne devrait avoir d'autres raisons d'intervenir que le succès du journal et sa qualité. Deuxième butoir : les limites à ne pas franchir sans sombrer dans l'obscénité, le viol de la vie privée. L'exercice est difficile quand les frontières entre vie personnelle et publique sont ténues, brouillées. Juger de ce qui est ou non publiable est affaire de sensibilité. [...]

Un double piège se referme sur les journalistes. D'une part, la presse en France étant un secteur économiquement faible, donc dépendant, les rédactions sont dans un rapport de force défavorable avec leur propriétaire. D'autre part, en dénonçant les pressions occultes, les journalistes concourent à décrédibiliser les médias et leur métier. Et les incursions dans la vie des puissants, si justifiées soient-elles, ne font qu'accentuer un rejet des « fouille-merde ». Comble de perversité, les censeurs légitiment leur ingérence en puisant dans le référent déontologique du métier, sans avoir toujours tort. Pourtant, le journalisme ne mérite pas tant d'opprobre. Parlons-en.

président de l'Association des journalistes des médias et de la communication

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