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Formation

Le digital, c'est aussi un métier pour elles

09/11/2015 - par Amaury de Rochegonde

Alors que se donnera à la mi-novembre la deuxième édition de Happy Happening, destiné à favoriser l'esprit d'entreprendre chez les jeunes femmes, les métiers du digital tendent à se féminiser même s'ils restent encore très masculins.

Ce sont des mots qui sonnent presque de façon étrange: développeuse, programmeuse, directrice du digital... Pas étonnant quand on sait que les femmes sont souvent dans ces métiers-là très minoritaires. Car les filles ont tendance à se soustraire d'elle-même des filières scientifiques, faute d'encouragement suffisant de la société et des parents. En 2014, elles n’étaient que 9% dans les formations numériques courtes (IUT, Technicien supérieur) et 11% dans les spécialisations informatiques des écoles d’ingénieur. Seulement voilà, dans un monde économique qui se digitalise à la vitesse de l'éclair, se couper des formations menant à la maîtrise des outils de production digitale, n'est-ce pas se couper des centres nerveux de l'entreprise? Ou assiste-t-on, à l'inverse, à une modification des orientations professionnelles sous l'influence de l'évolution des usages numériques?
 
Lors du lancement de la Grande Ecole du numérique, qui s’est fixé un objectif de 30% d’élèves au féminin, le 17 septembre, à l'hôtel Marigny, un constat s'impose: une poignée de filles parmi la cinquantaine de participants au hackathon organisé par l'Elysée. «Il est plus rassurant d’avoir un CDI comme caissière que d’être free-lance dans le numérique», lâche Marcela Perez, animatrice de l’association Permis de Vivre la ville qui coordonne le chantier d’insertion «tremplin numérique». Pourtant, rappelle-t-elle, «les métiers associés au digital sont multiples: réalisation vidéo, graphisme, design ou “opérateur/trice numérique multimédia”». Sur 18 participants, Tremplin numérique compte neuf filles, contre une seule en 2011. «On galère, mais c’est possible. La preuve, on est arrivé à 30% ou 40% de filles à Simplon», souligne Frédéric Bardeau, cofondateur de ce réseau solidaire qui dispense depuis 2013 des formations intensives de six mois pour apprendre à des jeunes à créer des sites web et des applications mobiles.
 
La Web@cademy, qui forme des développeurs web avec Epitech, prend soin de se présenter comme «une école gratuite pour les jeunes filles et les garçons de 18 à 25 ans». Microsoft France, qui la soutient, favorise l’accès au digital à travers un programme de bénévolat qui concerne 10% de ses 5500 salariés. Ecole de la seconde chance pour accéder au métier de développeur, atelier de coding, journée numérique pour 400 collégiennes, découverte d’entreprises pendant une semaine pour 25 élèves. «C’est un vrai axe de développement pour nous», souligne Béatrice Matlega, responsable de la politique citoyenneté de Microsoft France.

La femme est une geek comme les autres

Comment favoriser ensuite l’implication des femmes dans les métiers du digital au sein de l’entreprise? A Orange, Mari-Noëlle Jego-Lavissière, directrice en charge de l’innovation, marketing et technologies, qui a participé au Women’s Forum en octobre, souligne que si son groupe compte 36% de femmes, ce n’est déjà plus qu’un quart dans les filières d’innovation IT et déjà plus que 14% sur les réseaux. L’enjeu? «Se priver des femmes est un handicap quand on doit recruter les meilleurs talents dans l’innovation», rappelle-t-elle. Elle veille donc à ce qu’il y ait diversité des points de vue, avec un équilibre hommes-femmes, dans les phases de recrutement afin d’éviter le phénomène d’embauche de son propre clone masculin. Il y a aussi, en amont, la valorisation en interne comme en externe de «modèles réussis et pas forcément iconiques» de femmes dynamiques comme des jeunes développeuses. «Homme ou femme, ce n’est pas un sujet, mais on s’emploie à la promotion de la diversité, cela apporte aux équipes dans les parcours managériaux», dit-elle. La dirigeante observe néanmoins que certains masters aux Etats-Unis sont arrivés à une stricte parité en ayant fait attention à «reformuler du sens». A lieu de parler de big data, ou de technologies, parler plutôt des effets sur notre écosystème. «C’est une piste qu’il faut travailler, à petite échelle on peut le faire sur le libellé d’un poste», ajoute-elle.


Signe encourageant, les groupes médias qui se doivent d’être exemplaires perçoivent des changements. Frédéric Bonnard, directeur des nouveaux médias à France Médias Monde, observe que si les métiers techniques restent masculins, la mixité arrive à mesure que le digital se dissémine dans l’entreprise: community management, acquisition de trafic, publicité, gestion des contenus. «Même au niveau du développement, on voit arriver des filles, les cursus scolaires se modifient, la programmation est moins perçue comme un truc de geeks». Pour le site Mashable, que lancera le groupe en 2016, beaucoup de candidates se présentent. Reste qu’il est encore difficile de trouver des filles au développement des applis… Quant à la fonction de directeur digital… «Elle est appelée à disparaître», note-t-il. Aujourd'hui, il est vrai, tout le monde est digital(e).

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