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presse

Diriger un quotidien au féminin

02/10/2008 - par Muriel Signouret

La Tribune, La Croix, Metro, 20 Minutes… Ces journaux sont aujourd'hui entre les mains de femmes. Elles ont entre 40 et 55 ans, sont mères de famille, et ont su imprimer leur style dans un secteur très masculin.

Autrefois dominé par la gent masculine, le management des grands quotidiens s'ouvre enfin à l'autre sexe. Lancés par des groupes nordiques, les gratuits ont ouvert le bal, avec Valérie Decamp propulsée à la direction de Metro. Trois ans plus tard, les quotidiens payants, La Croix en tête, suivie de La Tribune en 2008, féminisent leur management. Une poignée de femmes mène une révolution de velours au sein de la presse quotidienne. Portraits.

 

Valérie Decamp, directrice générale de La Tribune

C'est à elle qu'on doit la révolution des jupons dans les salles cravatées des rédactions. Première femme à diriger un quotidien, en l'occurrence le gratuit Metro qu'elle a lancé sur le marché français et dirigé jusqu'au début de l'année 2008, elle détonne aussi par sa jeunesse (quarante ans) et par son passé à NRJ. C'est d'ailleurs là qu'elle rencontre Alain Weill, PDG de Next Radio TV qui l'a appelée pour diriger La Tribune.

«C'est vrai que l'on m'a considérée comme un ovni dans le secteur de la presse quotidienne», admet-elle. Mais elle fait peu de cas du regard des autres. «Ce qui importe, c'est d'avoir une vision claire pour l'entreprise et un tempérament capable d'entraîner les équipes, voire de bousculer les habitudes», poursuit-elle. Selon l'une de ses anciennes collègues de Metro,«elle a une poigne de fer, mais sait jouer de son charme pour rallier les troupes».

Travailler dans un quotidien, qui plus est en pleine mutation puisque La Tribune s'apprête à sortir une nouvelle formule le 20 octobre, exige également une organisation hors pair. «Je ne passe pas à côté de ma fille de sept ans, et j'ai même trouvé le temps de me marier fin août», sourit-elle. Sans compter quatre à cinq heures de sport par semaine et les recettes qu'elle mitonne le week-end. Car, tout en étant un bourreau de travail, la patronne de La Tribune est aussi une bonne vivante.

 

Sophie Sachnine, directrice générale de Metro

Arrivée le 25 août dernier dans les locaux de Metro, dans le quartier des Halles à Paris, Sophie Sachnine, quarante et un ans, se donne trois mois pour élaborer la stratégie du quotidien gratuit. Son maître mot: l'écoute des équipes. De là à dire qu'il s'agit d'une qualité purement féminine, c'est un pas que la nouvelle directrice générale se refuse de franchir. «Il y a autant de types de management que d'individus. Je crois que les méthodes dépendent avant tout de la personnalité des managers», confie-t-elle.

La sienne est marquée par une insatiable curiosité, qui a d'ailleurs largement contribué à étoffer son CV. Acheteuse médias chez Nestlé, elle a intégré en 1994 le groupe Prisma Presse en tant que directrice commerciale, puis comme éditrice. «Le petit bout de la lorgnette publicitaire ne me suffisait plus. J'avais besoin d'avoir une vision plus large du média», explique-t-elle.

L'opportunité de Metro tombe à pic pour cette mère de deux enfants. «Les gratuits sont des moteurs de modernité», s'enthousiasme-t-elle. Reste que leur modèle est aujourd'hui mis à mal et que Metro International réfléchit à l'arrêt d'éditions aux États-Unis et en Espagne. Des perspectives qui n'altèrent pas la sérénité de la nouvelle patronne, amatrice de yoga et de bon vin: «Il n'est pas anormal qu'une entreprise internationale soit confrontée à une diversité de marchés, certains étant plus à la peine que d'autres», tranche-t-elle.


Dominique Quinio, directrice de La Croix

C'est elle la première femme en France à avoir dirigé un quotidien payant. Nommée en avril 2005 pour succéder à Bruno Frappat à la tête de La Croix, elle a été consacrée par Bayard, un groupe d'obédience catholique. Une manière de récompenser sa fidélité à un groupe dans lequel elle est entrée en 1975 en tant que secrétaire de rédaction. À cinquante-cinq ans, cette mère de quatre enfants, croyante, a réussi à gravir les échelons sans heurts. Si elle se veut l'héritière de ses aînés, elle sait aussi affirmer sa personnalité. «Ce que je suis pèse sur mes choix. Peut-être ai-je un regard plus féminin de l'actualité», admet-elle. Quant à la gestion des équipes, elle avoue rechercher le consensus, «même si je sais décider quand il le faut», nuance-t-elle.

 

Corinne Sorin, directrice de la rédaction 20 Minutes

Lors de la dernière conférence de presse de 20 Minutes, le 3 septembre dernier, la directrice de la rédaction du quotidien gratuit s'excuse: elle a peu dormi car sa fille de six ans était malade. Un aveu de mère de famille dans un univers où ce genre de soucis est rarement mis sur la table. Lentement, mais sûrement, la remplaçante de Frédéric Fillioux impose son style.

«J'ai un leadership tranquille, avec une grande écoute des salariés comme des lecteurs. Ma porte est toujours ouverte», assure-t-elle. Pourtant, c'est sous sa direction que la rédaction de 20 Minutes a déclenché la première grève de son histoire. «C'était des circonstances exceptionnelles», estime celle qui prône le dialogue et la transparence.

Après avoir passé dix-sept ans au Québec, où elle a notamment occupé le poste de «chef de pupitre» (rédactrice en chef) de Metro, un journal de Montréal, puis du gratuit 24 Heures, elle est parfois surprise par les us et coutumes de ses collègues français. «Ici, les journalistes sont plus spécialisés. Et surtout, la culture Web est encore mal assimilée», observe-t-elle. Tout en se gardant de prôner une organisation bimédia du travail.


Caroline Brun, présidente du comité éditorial de Metro

Elle tient à son titre. Rien d'étonnant puisqu'il révèle la position atypique de cette chef d'entreprise, qui fin 2006 a créé Forum Productions, une structure de conseil en stratégie éditoriale et de production de contenus. Premier client à son actif: le gratuit Metro, qu'elle s'est efforcée de sophistiquer. Mais, pour mener à bien les réorganisations, elle a également été contrainte de sortir de son rôle de directrice de l'information.

«Ce n'est pas parce que je suis extérieure que ma porte n'est pas ouverte», souligne cette ancienne rédactrice en chef du Parisien et d'Europe 1. D'ailleurs, elle est physiquement dans les locaux de Metro depuis la conférence de rédaction, à midi, jusqu'au bouclage le soir, quitte à ne pas mettre au lit sa fille de neuf ans. À quarante-huit ans, Caroline Brun définit son style de management comme étant «plus dans l'émotion et, de fait, parfois soupe au lait».

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