06/11/2008 - L'économie réelle est touchée par la crise financière. Les directions générales doivent-elles informer leurs salariés ?
Dépôts de bilan, licenciements, gel des salaires, report des formations… Au niveau national comme international, l'actualité sociale de cet automne 2008 est particulièrement maussade. Plus personne n'en doute : l'économie «réelle» est touchée. Pourtant, dans la majorité des entreprises, les directions générales tardent à s'adresser à leurs troupes.
Ainsi, aux États-Unis, à en croire le cabinet Weber-Shandwick, les chefs d'entreprise sont tout sauf des pros de la communication interne. Une étude de cette agence de relations publiques, réalisée en octobre 2008, pointe le silence assourdissant dont ils font preuve pour parler des conséquences de la crise financière sur leur activité.
Or, selon l'enquête, 71% des salariés américains, convaincus des répercussions négatives de la crise sur les résultats de leur entreprise, demandent plus de communication de leur hiérarchie. En retour, plus de la moitié des troupes (54%) n'a reçu aucune information de la direction sur le sujet. «En France, la situation n'est pas plus reluisante», juge Maurice Thévenet, professeur de management à l'Essec et au Conservatoire national des arts et métiers.
Peur d'aggraver les choses
L'ampleur des dégâts provoqués par la crise financière ne devrait-elle pas confirmer l'importance pour un dirigeant de communiquer avec ses collaborateurs ? La réponse n'est pas si évidente. D'abord, certains n'ont pas encore pris la mesure des effets réels de la crise sur leur activité. «Souvent les patrons ne communiquent pas parce qu'ils n'ont pas encore pris les décisions d'ajustement», note Thierry Garnier, responsable de la communication interne de Renault Trucks. En d'autres termes, ils sont eux-mêmes dépassés par l'ampleur de la crise.
D'autres en ont pris conscience mais préfèrent rester silencieux sur les mesures d'économie à prendre. Pas simple de continuer à motiver et fédérer les équipes quand on doit annoncer des mauvaises nouvelles…
Enfin, beaucoup craignent que leur communication de crise ne crée plus d'inquiétude qu'elle n'en efface. «Pour rassurer, encore faut-il être crédible, souligne Maurice Thévenet. Si la direction n'a pas communiqué authentiquement par le passé, comment voulez-vous que les salariés croient aux nouveaux messages ?»
Pourtant communicants, directeurs généraux, experts en management et autres syndicalistes insistent tous sur l'indispensable communication de crise pour faire taire les rumeurs. Reste à savoir comment.
Un directeur général
Oui. Hervé Bléry, directeur général de Century 21
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