
En politique, les tandems s'accordent rarement à la perfection. Le duo exécutif formé par Nicolas Sarkozy et François Fillon n'échappe pas à la règle. «Souvent, les rapports se complexifient, jusqu'à friser la concurrence, comme l'ont éprouvé Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac, souligne Philippe Riutort. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, François Fillon a du mal à exister.» En août 2007, dans un entretien à la presse régionale rapporté par le quotidien Sud-Ouest, Nicolas Sarkozy avait déclaré : «Le Premier ministre est un collaborateur. Le patron, c'est moi.»
Une situation qui n'est pas irrémédiable
Plus récemment, à la suite de l'interpellation de l'ancien directeur de publication de Libération Vittorio de Filippis, le rappel à l'ordre de la ministre Rachida Dati est venu directement de l'Élysée. «Certains ministres essayent de négocier directement avec Nicolas Sarkozy, considère Philippe Riutort. L'an passé, François Fillon connaissait une popularité de substitution, par ricochet, car les électeurs de son camp avaient besoin de se reconnaître en l'un des deux plus hauts personnages de l'État.»
La mise sous tutelle du second par son supérieur n'est toutefois pas une situation irrémédiable. Elle peut se transformer en une communication tactique, dont François Fillon
pourrait s'inspirer. «Alors numéro trois, Nicolas Sarkozy a réussi à être perçu par les électeurs comme un bon ministre de l'Intérieur, en même temps qu'il s'est exonéré des échecs de la politique de Jacques Chirac en soutenant qu'il était bridé dans ses actions», analyse Philippe Riutort.
Il existe également des harmonies et des nuances dans la communication des numéros deux. «Si la plupart des sociétés du CAC 40 disposent d'un PDG et d'un ou plusieurs DG opérationnels, certaines organisations adoptent une répartition des rôles plus fine», explique Jean-Christophe Alquier, président de l'agence Harrison & Wolf, qui conseille entre autres Total et la Société générale.
Exemple : le duo formé en son temps par Louis Gallois et Guillaume Pépy à la SNCF constituait «une illustration exemplaire d'une communication enrichie par un contrepoint, à l'image d'un violon dont la ligne mélodique se superpose à celle d'un orchestre», poursuit Jean-Christophe Alquier. Et d'ajouter : «Chacun d'entre eux représentait une des voix de l'entreprise : Louis Gallois incarnait les cheminots éternels et le dialogue social, tandis que Guillaume Pépy était le porte-parole du client et du marché. Cela créait des espaces d'innovation et de rupture.»
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