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Combien il coûte, mon patron ?

rémunération

09/04/2009 - La polémique sur la rémunération des patrons mine la cohésion sociale dans l’entreprise. Si certains dirigeants tentent de la restaurer, la voie managériale est trop souvent ignorée.

Et si l'on créait un nouveau héros télévisé : un «boss avec une rémunération juste». Cette idée, en forme de boutade, a été avancée par la présidente du Medef (Mouvement des entreprises de France), Laurence Parisot, le 31 mars lors d'un déplacement à Bercy. Depuis plusieurs mois, ses ouailles sont, il est vrai, sur le gril. Pas une semaine sans une nouvelle révélation sur la rémunération exorbitante d'un patron.

Dernier exemple en date à la Société générale. Après les stock-options et autres bonus, l'opinion publique a pu se familiariser avec un nouveau terme, la retraite chapeau. Une rémunération qui permet aux six mandataires sociaux de la banque, dont l'ancien PDG et actuel président du conseil d'administration, Daniel Bouton, de prétendre à une confortable retraite de 32,93 millions d'euros sur vingt-trois ans !

Le secteur de la communication et des médias n'est pas épargné. À Radio France internationale (RFI), où un plan social a été annoncé en janvier dernier (206 postes sur un millier devraient être supprimés), l'intersyndicale (FO, SNJ, SNJ-CGT et SNRT-CGT) vient de dévoiler le salaire de ses deux dirigeants. Alain de Pouzilhac, président de RFI (ex-PDG d'Havas) et sa directrice générale, Christine Okrent, touchent 310 000 euros annuels fixes chacun. Soit près de trois fois le salaire de l'ancien PDG Antoine Schwartz. Sans compter 70 000 euros de part variable pour chacun des deux dirigeants. Pas banal pour un média de service public où la finalité n'est pas le profit…

«Comment voulez-vous que l'on ne soit pas choqué, interroge Maria Alfonso, déléguée syndicale FO à RFI. Les salariés sont à longueur de temps culpabilisés sur leur prétendue non-productivité pendant que nos dirigeants licencient et s'en mettent plein les poches. Ils ne daignent même pas renoncer à leur bonus. Entre eux et nous, il y a désormais une fracture sociale, culturelle et morale.»

Pour faire suite à la demande de Nicolas Sarkozy aux dirigeants d'entreprise qui licencient de renoncer à leur bonus, certains dirigeants se sont quand même exécutés. Mais pas toujours en évitant les reproches. Ainsi Ben Verwaayen, le directeur général d'Alcatel-Lucent, a annoncé dernièrement renoncer à ses 500 000 euros de bonus au titre de 2008.

«Opération de communication, juge la CFDT de l'entreprise. Le bonus auquel il peut prétendre n'est pas de 500 000 euros, mais de 120 000 euros.» Le syndicat conseille au directeur de «poursuivre sa réflexion sur la pertinence de sa part fixe de 1,2 million d'euros annuels, de 1,2 million d'options et des 250 000 actions gratuites». Les histoires de rémunérations exorbitantes des dirigeants, pourtant connues depuis des années, exposent désormais à la vindicte générale.

L'actionnariat salarié pour motiver

Alors, comment communiquer sur le sujet ? Si les sociétés cotées ont depuis 2001 et la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) l'obligation de rendre publique la rémunération de leurs dirigeants, la transparence n'est pas toujours de mise. Mais certains patrons préfèrent dorénavant jouer la carte de la vérité.

Ainsi, dans les médias, Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, et Nonce Paolini, PDG de TF1, ont dernièrement dévoilé leur salaire (voir encadré) et expliqué, conformément aux préconisations Afep-Medef d'octobre 2008, les modalités d'attribution de leur variable.

Du nouveau aussi dans la publicité, où la polémique sur la rémunération des patrons a débouché sur une grande première. Publicis Groupe vient de décider de distribuer 50 actions gratuites à chacun de ses 45 000 collaborateurs. Un «témoignage de l'engagement du groupe vis-à-vis des salariés», selon Maurice Lévy, le président du directoire. L'actionnariat salarié, un bon moyen de motiver les troupes et doper le sentiment d'appartenance ? «Ça va dans le bon sens, estime Laurent Quintreau, secrétaire général du Betor Pub CFDT chez Publicis. À condition que cela n'obère pas les discussions à venir sur les salaires.»

Pour enrayer la polémique sur les émoluments des dirigeants d'entreprise, le gouvernement  s'est toutefois gardé de toute contrainte forte. Les voies des bonus surtaxés, des parts variables limitées, des stock-options mieux encadrées et autres salaires maximum fixés, n'ont pas été explorées. Reste un décret interdisant jusqu'en 2010 les stocks-options et actions gratuites aux mandataires sociaux des entreprises aidées par l'État.


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Mots-clés :
rémunérations, salaires, Maurice Lévy, Publicis, Nicolas de Tavernost, Nonce Paolini, Didier Pitelet

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