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organisation

Ma vie nomade au travail

07/05/2009 - par Maxime Amiot

Blackberry, PDA, téléphone multimédia ou carte 3G: de nombreux outils permettent aux salariés d'être joignables en continu. Connectés en permanence, les utilisateurs sacrifient de plus en plus leur temps libre, soirées, week-ends ou congés.

«100% connecté». Tel est le slogan revendiqué par Rémy Poulachon, directeur technique de P&T Consulting, qui propose des solutions d'applications nomades aux entreprises. Depuis son PDA, il peut à tout moment téléphoner, lire ses courriels, accéder à sa messagerie professionnelle, naviguer sur Internet ou utiliser diverses options (agenda, Google Maps). Il dispose également d'une carte 3G, qui lui permet de surfer sur la Toile en tous lieux. Son bureau mobile est aussi présent à son domicile: outre un ordinateur portable relié au serveur informatique de sa société, il peut accéder à sa messagerie électronique via sa Playstation, grâce une application spéciale. «Ces outils font partie intégrante de ma vie professionnelle et personnelle. Je les consulte sans cesse.» Lorsqu'il se réveille en pleine nuit, l'homme ne peut ainsi s'empêcher de jeter un coup d'œil sur son téléphone pour s'assurer qu'aucun message d'importance ne lui est parvenu.

Blackberry, PDA, I-Phone, téléphone multimédia, ordinateur portable, carte 3G… Petit à petit, les technologies nomades se banalisent au travail. «Désormais, même les cadres de niveau intermédiaire en disposent. On est loin du temps où seuls les dirigeants y avaient accès», relève Yves Lasfargue, directeur de l'Observatoire des conditions de travail et de «l'ergostressie».

Profitant de la baisse du prix de ces produits, les employeurs n'hésitent pas à équiper largement leurs équipes. Les six attachés de presse de l'agence de communication MP Conseil disposent ainsi de leur propre PDA, et peuvent accéder à leurs courriels à tout moment. «Dans notre métier, il est essentiel d'être très réactif. Nos clients doivent pouvoir nous joindre quand ils le souhaitent», glisse Michelle Piczer, directrice de l'agence. Elle envoie régulièrement des communiqués de presse depuis son PDA, aussi bien de son bureau que de chez-elle.

Même approche au sein de QlickTech, éditeur de logiciels dont les vingt salariés disposent d'un téléphone mutimédia. «Cela permett d'optimiser une multitude de plages horaires qui jusqu'ici étaient perdues. Par exemple, un salarié qui se rend chez un client en transport en commun peut en profiter pour répondre à certains messages. De même, il est possible de travailler dans les salles d'embarquement d'aéroports. C'est un gain de temps impressionnant», note Gaud Prat, directrice de Qliktech.

Plus de havre de paix

Conséquence de cette utilisation intensive: la frontière entre travail et temps libre tend à s'estomper. Rémy Poulachon se connecte tous les jours de l'année, congés et week-ends compris. «Imaginons un client qui essaie de me contacter pour une affaire pressée ou pour un nouveau contrat. Pour un communicant, ce serait quand même paradoxal et décrédibilisant de ne pas être joignable!», explique-t-il. D'où le risque d'être dérangé à tout moment, même dans les lieux les plus reculés.

Michelle Piczer se souvient ainsi avoir été obligée d'envoyer un communiqué de presse depuis le fin fond du Mexique en plein mois d'août, alors qu'elle visitait une cité aztèque. «Un client m'a appelé, étonné que son lancement en Bourse ne soit pas relayé sur différents sites Internet d'importance. J'ai donc dû m'en occuper directement depuis mon ordinateur portable. Cela a quelque peu détruit le charme de mes vacances», se souvient-elle.

Avec les progrès technologiques, l'étranger n'est plus ce havre de paix qu'il représentait il y a quelques années encore. Même au quotidien, certains professionnels se doivent d'être disponibles 24 heures sur 24, du fait des décalages horaires. Franck Blériot est directeur général de Miniface, un fabricant de figurines de petite taille. Il est en lien continu avec son usine, implantée en Chine. «Je suis parfois contacté en pleine nuit pour répondre à des questions de nos équipes. Si besoin, elles peuvent m'envoyer des photos ou vidéos de nos produits et nous travaillons en direct à distance», explique-t-il.

Autant de pratiques qui posent question. Outre l'incompréhension des proches – l'utilisation du Blackberry lors des week-ends ou des congés est un sujet classique de litiges entre conjoints –, les technologies nomades sont accusées d'accroître le stress de ses utilisateurs. «Lorsqu'une personne est en lien continu avec son travail, elle n'a jamais l'occasion de se reposer véritablement et de faire retomber la pression. À terme, celle-ci peut devenir trop forte et causer d'importants dégâts sur la santé», relève Virginie Govaere, chargé d'études à l'Institut national de recherche et de sécurité.

Dépendance

Si aucune étude scientifique n'a pour l'heure analysé ces conséquences, les professionnels mettent en garde contre les risques psychosociaux (stress, harcèlement, mal-être, etc.). Avec, comme pathologie la plus extrême, le "burn-out", syndrome d'épuisement professionnel qui peut déboucher sur de grosses dépressions.

Conscients de leur dépendance, certains salariés s'imposent des limites. Effort modeste mais réel, Gaud Prat coupe complètement son PDA une semaine par an, durant le mois d'août. D'autres le débranchent plus régulièrement, ou hiérarchisent les priorités. «Certaines informations ne nécessitent pas d'être traitées dans l'heure ou la journée. Inutile de se stresser pour elles», note Franck Blériot. Pour ne pas être harcelé durant ses congés, il filtre la réception de ses messages: seuls ceux émanant d'interlocuteurs stratégiques lui sont directement communiqués sur son Blackberry. Encore faut-il pouvoir se le permettre. «Certains salariés ont des supérieurs hiérarchiques respectueux de la vie privée, d'autres non. La maîtrise des technologies nomades dépend avant tout de la culture managériale en place», souligne Denis Bérard, chargé de mission à l'agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail.

 

 

La sécurité informatique, frein naturel
Le travail en mode nomade est un cauchemar pour les responsables de sécurité informatique. Toute connexion d'un téléphone multimédia aux serveurs de l'entreprise fait courir le risque de voir les communications interceptées. Si les fabricants développent des systèmes de cryptage ultra-perfectionnés, certains acteurs préfèrent ne pas prendre de risques. L'usage du Blackberry est ainsi prohibé à l'Élysée et à Matignon. Aux États-Unis, ce n'est qu'après avoir tapé du poing sur la table que Barack Obama a pu conserver le sien lors de son accession à la Maison Blanche. Les dirigeants d'entreprise suivront-ils le mouvement?

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