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organisation

Silence, "jeu" bosse !

04/06/2009 - par Lionel Lévy

Dans les agences, les jeux vidéo et les réseaux sociaux sont très prisés. Y compris pendant les heures de bureau. Faut-il laisser faire ?

Prêt pour une petite partie? Pour les créatifs de cette grande agence de publicité parisienne, c'est devenu un rituel. «Au boulot, on se fait un Counter-Strike [un jeu de guerre en réseau]tous les jours vers 17h, lâche Jérémy (1), l'un d'entre eux. Chez nous, on doit jouer en moyenne deux heures par jour.» Le virus ne touche pas seulement les plus jeunes. Dans une agence concurrente, Rémy, la quarantaine passée, raconte: «La majorité des publicitaires sont des “gamers”. Nous avons déjà été une quarantaine à jouer ensemble en réseau. Et pas que des créatifs: on se fait souvent des parties étage contre étage avec les collègues du Web ou les commerciaux. Même parfois contre des salariés d'autres agences !»

Mais que fait la police? Les entreprises restreignent généralement l'accès des ordinateurs à certains sites Internet et soumettent tout téléchargement à l'autorisation d'un administrateur réseau. Des solutions pas toujours efficaces. «Les jeux en Flash, en plein développement sur le Web, ne demandent aucun téléchargement, donc pas d'autorisation de l'administrateur réseau», rappelle Emmanuel Forsans, responsable de l'Agence française pour le jeu vidéo. Sans compter que les administrateurs réseaux ne sont pas toujours très stricts, surtout quand ils sont eux-mêmes des «hardcore gamers» (accros au jeu)…

En réalité, dans la publicité, les directions restent tolérantes et privilégient l'admonestation à la sanction. Ainsi dans l'agence de Rémy, notre joueur quadragénaire, la direction, après s'être rendu compte que beaucoup de salariés étaient des joueurs invétérés, a envoyé un courriel à tous les collaborateurs pour les rappeler, si ce n'est à l'ordre, du moins au travail. «Certains se sont calmés, mais beaucoup continuent de jouer en douce sur leur ordinateur de bureau voire, pour les plus mordus, s'enferment des heures aux toilettes avec leur console ou leur Iphone bourré d'applications ludiques», s'amuse Rémy.

Esprit de compétition

Certains patrons sont même carrément coulants. À l'agence La Chose, pas besoin de se cacher. «Nous savons pertinemment que beaucoup de nos salariés jouent au travail, mais nous laissons faire», reconnaît Olivier Abel, fondateur associé de l'agence. Pourquoi une telle tolérance? «Il faut accepter que la sphère privée entre dans l'entreprise, estime-t-il. D'autant que rien n'indique que cela nuise à la productivité de nos salariés. Bien au contraire, cela crée un esprit communautaire entre nos collaborateurs, qui ont besoin de ces moments de décompression pour être plus efficaces ensuite. De surcroît, cette tolérance fait partie de l'esprit des agences de pub.»

Laurent Quintreau, concepteur-rédacteur chez Publicis et secrétaire général du Betor-Pub CFDT, nuance: «Les jeux les plus pratiqués en agence sont des jeux de guerre ou de baston, bref des défouloirs. Soit on y voit la mise en scène d'une franche camaraderie, soit celle de l'hostilité pure dans un milieu où l'esprit de compétition règne en maître.» De fait, à en croire les salariés d'agence, tous se ménagent des plages de respiration de plus en plus ludiques et technophiles. Pour les uns, c'est le poker en ligne, pour d'autres l'écoute de musique sur le Web, pour d'autres encore la messagerie instantanée et les réseaux sociaux.

Car si le jeu a la cote, que dire du «je» qui s'expose dans les réseaux sociaux? Dans la communication, certains salariés sont connectés en quasi-permanence à Facebook ou tout autre espace communautaire, dont le nombre de connexions explose durant les heures de travail. Incontournable pour les communicants? Peut-être. Sauf que bon nombre d'utilisateurs ne s'en servent que pour actualiser leur profil et faire savoir à leurs «amis» ce qu'ils font dans l'instant. C'est-à-dire rarement travailler.

La justice veille

Des abus qui peuvent conduire jusqu'au licenciement? «À ma connaissance, aucun salarié de la communication n'a été licencié suite à une utilisation abusive d'Internet sur son poste de travail, souligne Laurent Quintreau. Mais tous connaissent les risques.» Selon une jurisprudence connue (chambre criminelle de la Cour de cassation, 19 mai 2004), un salarié qui détourne de son usage professionnel à des fins personnelles l'utilisation de l'ordinateur confié par son employeur et le droit d'accès au réseau interne commet une "appropriation frauduleuse constitutive d'un abus de confiance".

Vincent Dufief, avocat spécialisé en nouvelles technologies et protection de la vie privée, rappelle qu'au bureau, le salarié a droit au respect d'une «vie privée résiduelle». Mais le caractère résiduel est de plus en plus strictement apprécié par les tribunaux. De quoi dissuader certains de jouer ou d'abuser des réseaux sociaux pendant leur temps de travail? «Le mieux, c'est encore de ne pas commencer, car tous ces jeux et nouvelles technologies sont très addictifs. On décide de se faire une petite session de cinq minutes, et finalement on y reste des heures», estime Emmanuel Forsans, pourtant promoteur de jeux vidéo mais qui affirme n'avoir jamais le temps de jouer au travail.

Les jeux vidéo en entreprise ont néanmoins un avenir: les serious games. Ces jeux virtuels proposés par les entreprises pour motiver ou former les collaborateurs sont en pleine explosion. Les salariés jouent alors toujours au travail. Mais en toute légalité.

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