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Les médias contraints de se mettre au régime sec

11/06/2009 - par Amaury de Rochegonde et Muriel Signouret

Pour faire face à la crise ou à des situations de fragilité financière, les médias multiplient les plans d’économies sur la masse salariale. Les mesures envisagées vont de la restriction des congés à la suppression d’emplois.

Devant la baisse de leurs revenus publicitaires en 2009, ou sur l'injonction de leurs actionnaires, les médias sont passés au régime minceur. TF1 a ainsi alourdi cette année de 10 millions d'euros son plan d'économies, pour le porter à 70 millions. Restriction des frais de mission et de représentation, gel des embauches, non-remplacement de postes - autant que possible - après une centaine de départs naturels survenus en 2008.

Voici venu le temps des vaches maigres. Et pas seulement à la télévision. Lors d'une assemblée générale, le 4 juin, les syndicats de Lagardère Active ont annoncé aux salariés la volonté de Didier Quillot, le patron du groupe, de réviser l'accord existant sur le temps de travail de la branche presse et de ne plus recourir aux pigistes et CDD. Tout est bon pour faire des économies et éviter d'avoir à financer un plan social.

Malgré tout, les plans de «sauvegarde de l'emploi» ne sont pas non plus absents. Ils sont à l'œuvre au sein de Groupe Hersant Média, de RFI ou chez Wolters Kluwer. Quant à France Télévisions, il vient de mettre en route un «plan de départs volontaires en retraite» qui pourrait toucher jusqu'à 900 personnes. Revue de détail des stratégies employées pour alléger la masse salariale.

 

Revoir le temps de travail : Lagardère Active

Pour les premiers mois de 2009, Didier Quillot, le président de Lagardère Active, table sur une chute de 20% de ses recettes publicitaires. C'est ce qu'il a expliqué à la mi-mai aux syndicats et au comité d'entreprise de son groupe pour justifier son intention de remettre en cause les accords d'entreprise encadrant le temps de travail au sein de la branche presse. À peine sorti d'un plan de «sauvegarde de l'emploi», qui s'est soldé fin avril par le départ de plus de cent quatre-vingt-dix personnes, le groupe réfléchit à la définition d'un nouveau modèle social. «Il estime notamment que les salariés de la branche presse ont trop de congés», explique Didier Siberchicot, délégué CGT. Pour l'heure, les salariés bénéficient de six semaines de congés payés et de quatorze jours de RTT. Pour l'intersyndicale, cette remise à plat d'avantages acquis risque d'être payée au prix fort par les CDD et les pigistes. «Si on reprend trois jours sur l'année aux salariés, c'est cent emplois équivalent temps plein en moins», calcule Didier Siberchicot. Pour faire montre de leur détermination à sauver leurs droits, les salariés, réunis en assemblée générale le 4 juin, ont voté une grève à l'unanimité pour le 8 juin.

 

Mettre à la retraite les plus de 60 ans : France Télévisions

Patrick de Carolis, le PDG de France Télévisions, a choisi un moindre mal : le «plan de départs volontaires en retraite». Il pourrait concerner jusqu'à 900 salariés, sur 8 500 en effectif permanent. Rendu public le 2 juin, à l'occasion de la présentation du plan d'affaires 2009-2012 qui prévoit un retour à l'équilibre en 2011 (après un déficit de 115 millions d'euros en 2008), cette solution a été âprement négociée avec l'État : à l'automne dernier, le gouvernement avait évoqué avec France Télévisions la possibilité d'atteindre l'équilibre en 2010, ce qui aurait conduit à un plan social. Pour autant, l'appel aux départs en retraite des salariés de plus de soixante ans ayant réuni leurs annuités est loin de satisfaire les syndicats. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) dénonce un «affichage pour se faire bien voir du gouvernement». «On ne nous dit pas tout. Derrière, ils ont l'intention de supprimer des postes», note Carole Petit, déléguée SNJ. Les fonctions concernées seront a priori celles qui seront le plus touchées par la transversalité au sein de l'entreprise commune. Mais les syndicats de journalistes craignent aussi que la qualité des journaux régionaux de France 3 soit affectée par un travail croissant en flux tendu.

 

Réduire l'emploi non permanent : 20 Minutes

La crise contribue-t-elle à une redéfinition des métiers de la presse ? À en croire la solution préconisée par 20 Minutes France, il semble que les frontières entre rédacteurs et secrétaires de rédaction s'étiolent. Alors que la direction a annoncé le 28 mai un «programme d'économies», elle s'apprête également à réorganiser de fond en comble la rédaction. Outre la non-reconduction de 18 CDD, sur 200 salariés dont une centaine de journalistes, Pierre-Jean Bozo, le PDG, a expliqué à Stratégies qu'il mettrait en œuvre «un système de polyvalence reporter-éditeur». Cette réorganisation, qui n'empêche pas la constitution d'un pôle de reportages, est pour la direction le seul moyen d'éviter les licenciements secs tandis que la chute des revenus publicitaires pèse lourdement sur les comptes du quotidien gratuit. 20 Minutes a effectivement vu son chiffre d'affaires baisser de 9 % au premier trimestre 2009, à 10,8 millions d'euros, avec une perte d'exploitation de 1,9 million, contre 0,5 million un an auparavant.

 

Supprimer les postes non stratégiques : Wolters Kluwer

Éditeur de Lamy et de Liaisons, le groupe d'édition professionnelle Wolters Kluwer France a annoncé le 2 juin tout à la fois la suppression de 184 postes et 73 créations d'emplois, soit une perte nette d'au moins 111 postes sur un effectif total de 1 100 emplois permanents. Principaux secteurs visés, selon l'intersyndicale du groupe : la publicité, la commercialisation des produits et l'édition, notamment juridique. Outre la suppression du service documentation, il est prévu de mutualiser les postes de maquettistes et d'assistantes d'édition ou de rédaction tandis que le service clients, l'informatique et le service courrier seraient externalisés. L'intersyndicale dénonce aussi «l'uniformisation» qui pourrait avoir cours dans la présentation et les produits, voire dans «le contenu éditorial de certaines publications». Des cessions sont également possibles dans les secteurs transport, tourisme, PME et assurances, jugés non stratégiques. En décembre 2008, le PDG, Xavier Gandillot, évoquait déjà la recherche de 9 millions d'euros d'économies pour renouer avec une marge de 20%. Fin 2008, ce taux de marge opérationnel était tombé à 15,7%. La direction prévoyait 13% en 2009 si rien n'était fait.

 

(sous-papier)

À RFI, une grève qui dure

C'est du jamais-vu dans l'histoire de la radio internationale. Début juin, les salariés de RFI entament leur quatrième semaine de grève. En jeu : la suppression de 206 postes (près d'un quart de l'effectif), dont 41 seulement correspondent à la fermeture de six langues (allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien). «Nous payons aujourd'hui les réformes trop longtemps différées, estime Geneviève Goetzinger, directrice déléguée. Or l'État, qui a dû recapitaliser la station à hauteur de 16,9 millions d'euros, veut en finir avec le déficits chroniques.» De quoi faire bondir les syndicats, qui rappellent que les pertes de 2006 à 2008 étaient liées à des événements exceptionnels, comme l'abandon des créances sur TDF (11 millions d'euros pour l'exercice 2006, selon les syndicats) ou le coût de licenciements passés. L'intersyndicale FO, SNJ, SNJ-CGT et SNRT-CGT se mobilise donc pour que le plan se cantonne à des départs volontaires. «Pourquoi ne prend-on pas exemple sur France Télévisions en anticipant des départs à la retraite», s'interroge Maria Alfonso, délégué FO, qui regrette toutefois que le conflit laisse apparaître des divisions syndicales entre l'intersyndicale d'ue part, la CFDT et la CGC d'autre part, qui s'assoient à la table des négociations. Pour que la grève porte ses fruits sans pénaliser l'ensemble des salariés, une caisse de solidarité a été créée. Les salariés non grévistes, mais solidaires, l'alimentent pour que les grévistes, une quinzaine de techniciens et réalisateurs, les plus touchés par le PSE (plan de «sauvegarde de l'emploi»), n'aient pas de retenues de salaire insurmontables.

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