
Il existe pourtant une stratégie efficace : faire du bruit. Dès qu'il est lucide sur sa situation, le salarié placardisé doit «riposter sans tarder» pour connaître ses marges de manœuvre (mutations, changement de service, etc.), conseille Maurice Imbert, consultant au cabinet-conseil en management Inergie. «Il doit demander à sa hiérarchie des explications de son éviction en se plaçant sur un terrain purement factuel : la raison du placard, sa durée, etc., pour contrer l'irrationnel et la subjectivité de sa mise au placard, préconise-t-il. S'il le fait par écrit, l'entreprise se verra contrainte d'y répondre.»
Certes, mais si cette démarche n'a aucun effet, à qui s'adresser ? «Collègues, représentants syndicaux, médecine du travail… une stratégie de communication tous azimuts peut être payante dans la mesure où l'entreprise est très regardante sur la cohésion des équipes, commente Maurice Imbert. Si, par bonheur, le placardisé trouve des alliés en interne, la direction de l'entreprise peut craindre qu'un mauvais climat social ne s'installe. Elle n'aurait alors pas d'autre choix que d'avoir à justifier l'injustifiable placard.»
Trouver la solution pour se reconstruire
Autre solution, la voie juridique : le non-respect du contrat de travail, la discrimination, via la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), voire le licenciement abusif et/ou le harcèlement moral devant les tribunaux. Christian Dauriac, l'ancien salarié de France Télévisions, a ainsi attaqué son ex-employeur après que celui-ci ait décidé de le licencier. Il a gagné en juin au prud'hommes cinq années de salaire, soit un demi-million d'euros, pour un vice de forme : son licenciement a été jugé «sans cause réelle et sérieuse» alors que la commission paritaire des journalistes s'était prononcée contre son renvoi.
Le combat juridique est pourtant rarement conseillé. «La mise au placard est particulièrement destructrice, explique Dominique Lhuilier, du Cnam. Le salarié peut avoir tendance à se murer dans une posture victimaire, il en veut au monde entier et exige une réparation qui ne sera jamais assouvie. En s'inscrivant dans une démarche judiciaire, longue par définition, le risque est de ressasser sa persécution et de se retrouver dans l'incapacité de se reconstruire.» La démission ? Partir donnerait raison à ceux qui vous ont mis au placard et la conjoncture actuelle n'y encourage pas vraiment…
Mieux vaut alors tenter la solution amiable, d'autant que la «rupture conventionnelle» est entrée dans les mœurs depuis la loi du 25 juin 2008. Deux ans après l'arrivée de son chef, c'est le choix fait par Florent, notre cadre de l'édition, en négociant son départ. L'indemnité perçue l'a aidé à financer un troisième cycle dans une grande école, qui lui a permis de retrouver un poste de manager dans un groupe de communication. L'expérience d'exclu ne dure généralement qu'un temps. C'est aussi l'occasion de parfaire ses réseaux et sa recherche d'emploi pour mieux rebondir.
(verbatim) «Le premier réflexe du placardisé, c'est le déni. Il tente de se rassurer par tous les moyens, même les moins rationnels. Ensuite, il deviendra plus lucide et culpabilisera en considérant que ce qu'il vit est honteux.» Dominique Lhuilier, psychologue au Cnam
(verbatim) «Le placardisé doit demander à sa hiérarchie des explications sur son éviction en se plaçant sur un terrain purement factuel pour contrer l'irrationnel et la subjectivité de sa mise au placard.» Maurice Imbert, consultant chez Inergie
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Mots-clés :
Placard, Radio France, France télévisions, Christian Dauriac, LAurent Quintreau, Dominique Lhuillier, maurice Imbert

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