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Ressources humaines

Comment sortir du placard et rebondir

27/08/2009 - par Lionel Levy

À la suite d'une restructuration, d'une fusion ou de l'arrivée d'un nouveau dirigeant, certains cadres supérieurs se retrouvent écartés sans être licenciés.

Coco Chanel disait que «la première impression est souvent la bonne… surtout quand elle est mauvaise.» Dès l'arrivée de son nouveau patron, Florent, cadre dans l'édition, n'a pas tardé à réaliser que le courant passait mal. «Mais j'ai mis du temps à admettre que j'étais au placard, explique-t-il. J'étais dans une sorte de déni de la réalité, même s'il y avait des signes qui ne trompaient pas : on me confiait de moins en moins de responsabilités, j'arrivais de plus en plus tard au travail et je me raccrochais à tous les avantages matériels que m'offraient, malgré tout, ma situation peu enviable.»

Comme Florent, nombreux sont les cadres qui à l'occasion d'un changement de patron, une fusion ou un nouvel encadrement, se retrouvent privés de leurs fonctions. Qu'en est-il dans la communication et les médias ? «Les placards ne font pas partie de la culture des agences de publicité, estime Laurent Quintreau, secrétaire général du syndicat Bétor Pub (CFDT). En agence, lorsque l'on n'est pas satisfait d'un salarié, on préfère lui montrer la porte.»

Dans les médias, au contraire, Dominique Lhuillier, psychologue en droit du travail au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) et auteur de Placardisés, des exclus dans l'entreprise (Seuil, 2002), considère qu'il s'agit «d'un des secteurs les plus touchés» par le phénomène. «Contrairement aux idées reçues, le privé n'est pas moins affecté que le public. De grandes entreprises ont d'ailleurs encore des services ressources humaines entièrement consacrés à la gestion des placardisés.»

Dans l'audiovisuel et les télécoms, il s'agit surtout de maisons publiques ou anciennement publiques : France Télévisions, Radio France, France Télécom, etc. On se souvient de Nicolas Sarkozy demandant en 2007 au journaliste Gérard Leclerc, dans une vidéo off de France 3, combien de temps il était resté au placard. À Radio France, le placard compte son lot de «conseillers» à la présidence accueillant d'anciens dirigeants du groupe («une étape avant la sortie, pas un placard», précise l'un d'entre eux). Quant à Orange, il est de notoriété publique que des ingénieurs télécoms ayant quitté le statut de la fonction publique après trente ans d'ancienneté, attendent gentiment leur fin de carrière.

Jean-François Téaldi, délégué SNJ-CGT à France Télévisions, souligne le caractère exceptionnel du phénomène. «Cela revient comme le monstre du Loch Ness pour dire que la maison est mal gérée. Ce sont souvent des cadres supérieurs déchargés de leurs responsabilités qu'on ne veut pas prendre le risque financier de virer. Mais cela concerne aujourd'hui une dizaine de personnes à France Télévisions, pas plus.» Parmi eux, l'ancien délégué à l'intégration et à la diversité, Édouard Pellet.

Une forme d'exil intérieur

«La question est moins présente qu'il y a quelques années, confirme Christian Dauriac, ancien directeur de la rédaction nationale de France 3 détaché jusqu'à une date récente à CFI (Canal France International). Un placard, ça fait aujourd'hui désordre, les DRH préfèrent licencier…» L'homme a une grande expérience de cette forme d'exil intérieur. En 1986 d'abord, après l'arrivée de Jacques Chirac à Matignon, en 1995, pendant deux ans, et à la fin 2008. «Dispensé d'activité», donc maître de ses horaires, il disposait d'un bureau et d'un téléphone à la régie finale du groupe, rue Varais, un immeuble autrement appelé «le mouroir». «Ce que je conseille : continuer à faire son métier en allant aux conférence de presse», avance le journaliste, qui s'occupait aussi en animant un séminaire multimédia et une ONG.

Faut-il parler de placards dorés ? Pour Dominique Lhuilier, le bonheur d'être payé à ne rien faire est un mythe. «Le placard, c'est une non-place dans l'entreprise, une forme de “néantisation” sociale, explique-t-elle. Certes, le placardisé garde le même salaire mais la nature a horreur du vide. Il n'y a rien de pire que l'ennui et l'indifférence, voire le mépris de ses collègues.» Selon elle, il n'y a donc pas mille façons d'en sortir. D'abord, il convient de s'avouer que l'on est bel et bien mis de côté. «Le premier réflexe du placardisé, c'est le déni, explique la psychologue. Il tente de se rassurer par tous les moyens, même les moins rationnels. Ensuite, il deviendra plus lucide et culpabilisera en considérant que ce qu'il vit est honteux. Il devient ainsi complice du processus qui l'a conduit au placard.» Psychologiquement, il n'est donc pas facile d'en sortir. 

Il existe pourtant une stratégie efficace : faire du bruit. Dès qu'il est lucide sur sa situation, le salarié placardisé doit «riposter sans tarder» pour connaître ses marges de manœuvre (mutations, changement de service, etc.), conseille Maurice Imbert, consultant au cabinet-conseil en management Inergie. «Il doit demander à sa hiérarchie des explications de son éviction en se plaçant sur un terrain purement factuel : la raison du placard, sa durée, etc., pour contrer l'irrationnel et la subjectivité de sa mise au placard, préconise-t-il. S'il le fait par écrit, l'entreprise se verra contrainte d'y répondre.»

Certes, mais si cette démarche n'a aucun effet, à qui s'adresser ? «Collègues, représentants syndicaux, médecine du travail… une stratégie de communication tous azimuts peut être payante dans la mesure où l'entreprise est très regardante sur la cohésion des équipes, commente Maurice Imbert. Si, par bonheur, le placardisé trouve des alliés en interne, la direction de l'entreprise peut craindre qu'un mauvais climat social ne s'installe. Elle n'aurait alors pas d'autre choix que d'avoir à justifier l'injustifiable placard.»

Trouver la solution pour se reconstruire

Autre solution, la voie juridique : le non-respect du contrat de travail, la discrimination, via la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), voire le licenciement abusif et/ou le harcèlement moral devant les tribunaux. Christian Dauriac, l'ancien salarié de France Télévisions, a ainsi attaqué son ex-employeur après que celui-ci ait décidé de le licencier. Il a gagné en juin au prud'hommes cinq années de salaire, soit un demi-million d'euros, pour un vice de forme : son licenciement a été jugé «sans cause réelle et sérieuse» alors que la commission paritaire des journalistes s'était prononcée contre son renvoi.

Le combat juridique est pourtant rarement conseillé. «La mise au placard est particulièrement destructrice, explique Dominique Lhuilier, du Cnam. Le salarié peut avoir tendance à se murer dans une posture victimaire, il en veut au monde entier et exige une réparation qui ne sera jamais assouvie. En s'inscrivant dans une démarche judiciaire, longue par définition, le risque est de ressasser sa persécution et de se retrouver dans l'incapacité de se reconstruire.» La démission ? Partir donnerait raison à ceux qui vous ont mis au placard et la conjoncture actuelle n'y encourage pas vraiment…

Mieux vaut alors tenter la solution amiable, d'autant que la «rupture conventionnelle» est entrée dans les mœurs depuis la loi du 25 juin 2008. Deux ans après l'arrivée de son chef, c'est le choix fait par Florent, notre cadre de l'édition, en négociant son départ. L'indemnité perçue l'a aidé à financer un troisième cycle dans une grande école, qui lui a permis de retrouver un poste de manager dans un groupe de communication. L'expérience d'exclu ne dure généralement qu'un temps. C'est aussi l'occasion de parfaire ses réseaux et sa recherche d'emploi pour mieux rebondir.

 

(verbatim)  «Le premier réflexe du placardisé, c'est le déni. Il tente de se rassurer par tous les moyens, même les moins rationnels. Ensuite, il deviendra plus lucide et culpabilisera en considérant que ce qu'il vit est honteux.» Dominique Lhuilier, psychologue au Cnam

(verbatim) «Le placardisé doit demander à sa hiérarchie des explications sur son éviction en se plaçant sur un terrain purement factuel pour contrer l'irrationnel et la subjectivité de sa mise au placard.» Maurice Imbert, consultant chez Inergie

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