
«Savoir prendre des coups et de la distance»
Mais un club de football n'est pas une entreprise comme une autre. « À la différence du marché économique, celui du sport est fondé sur l'émotion et sur l'incertitude du résultat, relève Martine Prual, spécialisée dans le reclassement de cadres et dirigeants de la communication et des médias chez Exelteam. Si un président de club doit avoir toutes les qualités d'un bon chef d'entreprise : autorité, sens du dialogue, capacité à convaincre et à motiver ses équipes, etc., il doit aussi savoir gérer l'émotion et les sensibilités de tous les publics du club.» Là encore, le club de sport se différencie de l'entreprise lambda. Outre les actionnaires, le président doit faire face à un vestiaire composé de stars et d'intransigeants supporters. Pourquoi le directeur d'une rédaction ou un journaliste expérimenté seraient-ils susceptibles de réussir ? «Dans les rédactions aussi, il y a des stars, commente Martine Prual. Un bon dirigeant dans les médias a appris à gérer les susceptibilités des uns et des autres.» Si de surcroît, il a été journaliste, c'est un plus. «Ils sont habitués à parler et à s'adapter à toutes sortes de public», estime-t-elle. Rachel Pretti, de France football, abonde et complète : «Si les clubs les choisissent, c'est aussi, voire surtout, parce qu'ils sont censés maîtriser toutes les ficelles de la communication et bénéficier d'un carnet d'adresses fourni.». De là à espérer contenir les «amis» journalistes… «Ils savent exactement comment on travaille et ce dont on a besoin, mais il ne faut pas qu'ils espèrent obtenir des papiers complaisants, assure Étienne Moati, de L'Équipe. Si les résultats sportifs ne suivent pas, ils savent que tout le monde leur tombera dessus.» En football, rendre des comptes en termes de puissance d'image et de visibilité médiatique ne suffit pas, un dirigeant est surtout jugé sur la qualité des résultats sportifs du club.
«La première qualité d'un dirigeant de foot est de savoir prendre des coups et de la distance», estime Bruno Skropeta, ancien journaliste à Téléfoot (TF1), passé à la direction de la communication du PSG. Son ex-collègue de la Une Pascal Praud est du même avis. Actuel directeur général du FC Nantes, il a essuyé à de nombreuses reprises, avec son ami et président du club Waldemar Keita, la colère des supporteurs. «Quand on a été à TF1, prendre des coups, on sait ce que sait, explique-t-il. Cette expérience m'a permis de mieux encaisser et de relativiser.» Tous se savent sur un siège éjectable. «Un dirigeant de club reste en poste deux ans en moyenne», rappelle Pascal Praud. Pas beaucoup moins finalement qu'un patron de média en période de crise…
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Robin Leproux, Jean-claude Dassier, Rachel Pretti, Etienne Moati, TF1, Pascal Praud

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