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formation

«Il faut de la diversité sociale dans les médias»

01/10/2009 - par Propos recueillis par Lionel Lévy

À l’occasion de l’ouverture d’une antenne de l’École supérieure de journalisme (ESJ) à Bondy, son directeur Nordine Nabili, ancien rédacteur en chef du Bondy Blog, nous livre ses ambitions en matière de diversité.

Comment est née l'idée de créer une antenne de l'ESJ à Bondy ?

Nordine Nabili. L'idée a germé l'année dernière. À l'époque, j'étais rédacteur en chef du Bondy Blog. Deux samedis par mois, nous faisions venir des journalistes expérimentés pour coacher nos blogueurs et leur donner les bases du métier. Mon ami Patrick Pépin, ancien directeur de la rédaction de France Culture et de l'ESJ Lille, était l'un d'eux. Comme d'autres, nous avons constaté une absence de métissage dans les rédactions et une certaine forme de consanguinité dans les recrutements. Nous avons décidé d'agir en créant cette antenne.

 

Que propose cette filière installée dans les «quartiers»?

N.B. C'est une école de journalisme comme une autre, avec par exemple un catalogue de formations continues pour les journalistes professionnels. Les deux principales spécificités consistent d'une part à accueillir des étudiants en journalisme du site de Lille pour des sessions de formation terrain axées sur l'information en banlieue. D'autre part, à faire bénéficier vingt jeunes des quartiers, dont trois "Bondy blogueuses", d'un an de coaching effectué par des journalistes professionnels pour les préparer aux concours d'entrée des douze écoles de journalisme reconnues par la profession.


De plus en plus d'écoles de journalisme s'ouvrent à la diversité. En quoi votre action est-elle différente?

N.B. L'ESJ est la première grande école de journalisme à s'implanter en Seine-Saint-Denis. Contrairement aux autres écoles, on ne dit pas aux jeunes "Venez à nous", c'est nous qui venons à eux. C'est un signal politique extrêmement fort. Le message, c'est que l'excellence est dorénavant à portée de leurs mains.


Le caractère monochrome des rédactions joue-t-il sur la représentation de la diversité dans les médias?

N.B. Oui. La défiance dans les banlieues vis-à-vis des médias est largement liée à l'absence d'effet miroir possible. Si les gamins des quartiers voyaient plus de Noirs et d'Arabes à l'antenne, ça nourrirait les vocations. Mais, au-delà de l'absence de diversité ethnique dans les médias, c'est surtout l'absence de diversité sociale qui pose problème. Il n'est pas question d'embaucher des gens parce qu'ils sont noirs ou arabes, ce qui serait profondément inégalitaire et antiproductif. D'ailleurs, les membres de ces minorités ne veulent pas de cette condescendance. Ils veulent rentrer comme tout le monde par la grande porte, pas par la fenêtre, et être recrutés pour leurs compétences. Mais, pour eux, le vrai obstacle est financier.


Estimez-vous, comme certains, que les journalistes maltraitent la banlieue en la caricaturant?

N.B. Maltraiter, c'est peut-être un peu excessif. Mais il est clair que la banlieue est trop souvent vue sous le prisme du fait-divers au lieu de l'angle sociétal. C'est bien pour cela que nous avons décidé de former des étudiants au traitement de l'information en banlieue. Car la question urbaine est devenue fondamentale : 10 à 12 millions de Français vivent dans des zones urbaines prioritaires. Comme pour tout type de sujets, pour en rendre compte de façon satisfaisante, il faut bien connaître ses mécanismes réels, sans tous les raccourcis que l'on peut avoir en tête.

 

C'est sur ce critère financier que vous avez sélectionné les vingt étudiants de votre classe prépa?

N.B. Sur les 200 dossiers reçus, nous avons choisi les candidats sur des critères non seulement financiers (droit à une bourse) mais également scolaires (mention obligatoire). De la diversité sociale découle la diversité ethnique: 9 jeunes sélectionnés sont issus de l'immigration.


À partir de quel taux de réussite de vos étudiants aux concours des écoles votre pari sera-t-il gagné?

N.B. Quand on fait confiance aux gens, en général ils ne vous déçoivent pas. De toute façon, le pari est déjà gagné d'un point de vue psychologique. Les jeunes ont retrouvé l'estime d'eux-mêmes et semblent habités d'un sentiment nouveau, celui de faire partie du destin français.


Considérez-vous que la diversité progresse dans les médias?

N.B. Oui, il y a une prise de conscience. La différence peut régénérer le métier. L'idée commence à faire son chemin dans les rédactions, où l'on s'aperçoit bien que la variété des individus produit de la richesse, des points de vue différents. La cause de la diversité rallie de plus en plus les sympathie, suivies d'effets. Par exemple, TF1, M6, Radio France ou LCP nous ont soutenus financièrement, en prenant en charge le coût de la prépa des étudiants (7500 euros par élève).

 

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