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organisation

Déménagement à haut risque

29/10/2009 - par Gilmar Sequeira Martins

Le déménagement peut emprunter des voies plus ou moins participatives. Mais le compromis est de rigueur tant les opérations sont délicates. L'art de bien communiquer est souvent synonyme du bien-déménager.

«Êtes-vous d'accord pour que Le Journal du dimanche déménage dans le site de la rue François Ier?»: après le comité d'entreprise, ce sont les journalistes du JDD qui se sont prononcés le 14 octobre contre un projet de regroupement aux côtés d'Europe 1, dans des locaux jugés bien trop petits par rapport à ceux de Levallois-Perret (550m2 contre 900m2, selon La Correspondance de la presse). La direction du groupe avait justifié cette décision par la volonté de rapprocher les rédactions Web et papier, les équipes de News Web, qui travaillent pour lejdd.fr, occupant déjà les locaux d'Europe 1. Et de simplifier la tâche de Claude Askolovitch, qui cumule les fonctions de rédacteur en chef au Journal du dimanche et d'éditorialiste à Europe 1.

Comme beaucoup de groupes médias, Lagardère cherche à faire face à la crise en réduisant ses coûts, tout en favorisant les synergies pour s'adapter à la révolution numérique. Encore faut-il préparer un discours interne susceptible de favoriser l'acceptation d'un tel projet. Pas sûr, par exemple, que la perspective d'être au cœur de Paris compense le sentiment d'exiguïté des locaux...

Prisma Presse a fait l'amère expérience d'une communication ratée sur un projet de déménagement. En 2008, tout commençait pourtant sous les meilleurs auspices. Les élus du personnel et la direction partageaient le même diagnostic: en regroupant les rédactions dispersées sur cinq sites, le groupe pouvait faire des économies et les syndicats voir leur travail facilité. Qui plus est, le processus se voulait participatif. «La direction s'était déclarée prête à organiser un référendum si les deux choix finaux étaient vraiment difficiles à départager», se souvient l'un des élus du personnel, Emmanuel Vire. À la rentrée 2008, trois sites de la banlieue nord de Paris étaient pressentis: Asnières, Saint-Denis et Saint-Ouen.

D'emblée, l'isolement d'Asnières rebute les représentants du personnel. Fabrice Boé, PDG de Prisma, semble pourtant en avoir fait son choix prioritaire, et tente de forcer le destin. «À la rentrée, il s'est invité au comité d'entreprise pour nous dire que le comité de direction avait choisi Asnières», raconte Emmanuel Vire. Très vite, l'émoi vire à l'agitation. Dans la foulée, les élus du comité d'hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) demandent à un cabinet spécialisé une étude sur les conséquences du déménagement sur les conditions de travail et de vie des salariés. Sans surprise, le choix du site d'Asnières est condamné: trop loin des transports en commun, trop près d'une déchetterie.

Visite préalable des locaux

Fin 2008, l'agitation s'étend et des sociétés de rédacteurs fleurissent dans tous les titres. Devant la détermination des salariés, la direction de Prisma recule d'un pas, et propose un site à Gennevilliers. Pour éviter tout atermoiement supplémentaire, les élus exigent alors la tenue du référendum promis au début du processus, et plus de 80% des salariés se prononcent pour Gennevilliers. Évincé bien tard, le promoteur du site d'Asnières lance une action en justice (qu'il gagne, mais en n'empochant qu'un euro symbolique de dommages-intérêts) et l'opération de déménagement est reportée à début 2011.

Pourquoi Prisma ne s'est-il donc pas inspiré de Bayard Presse? Ce groupe a misé sur le consensus pour choisir son nouveau site et son aménagement. Impliquer les salariés a pourtant demandé du temps. «La plus grande difficulté de ces projets, c'est qu'ils évoluent à mesure de leur progression, explique le pilote de l'opération, Bruno-François Leitão. Lors de l'annonce initiale, il est impossible de donner tous les détails, comme l'emplacement définitif de chacun. Or c'est ce qui préoccupe la plupart des gens.»

En juillet 2007, la signature du bail des locaux de Montrouge marque un tournant, puisque plus de 300 salariés visitent le futur site à l'invitation de l'équipe chargée du projet. Faute de mobilier, l'opération laisse cependant une impression mitigée. «Le groupe vit dans une culture de l'écrit, pas de l'espace, analyse Bruno-François Leitão. Les gens ont du mal à se projeter à partir d'un plan.»

Pour surmonter cet obstacle, l'intranet s'enrichit alors d'un logiciel de localisation en 3D. Il suffit de taper le nom de la personne recherchée pour voir où se trouve son bureau dans les futurs locaux, mais aussi ceux de la rue Bayard! «Cet outil a permis de rassurer tout le monde», estime Bruno-François Leitão. Pour faciliter encore l'appropriation, les salariés ont pu essayer et choisir les différents modèles de bureaux pressentis. Et des aménagements ont été consentis. «Le déménagement ne peut fonctionner que si l'on accepte d'amender le beau projet initial existant uniquement sur le papier», estime Bruno-François Leitão.

Saint-Denis n'est pas le Bronx !

Une autre option consiste à assumer et revendiquer, comme Saatchi&Saatchi, la carte de la «révolution culturelle». Après plus de vingt ans sur l'île de la Jatte, à Neuilly, le groupe décide de partir à… Saint-Denis. Pour circonvenir l'émoi des équipes, qui s'imaginaient déjà en proie à la violence d'un Bronx francilien, les élus du comité d'entreprise sont invités à visiter le nouveau site. «Ils ont vu que la rumeur n'avait aucun fondement. Nous allions bénéficier de locaux neufs avec un balcon filant et une vue imprenable sur Montmartre !», se rappelle le directeur général adjoint, Clément Chovin.

Inspiré du leitmotiv de l'agence, «The Love Marks Company», l'aménagement des locaux confié à AOS Studley fait la part belle à des «benchs», à savoir de grandes tables collectives en L, avec des cubes plus privatifs destinés aux réunions ou aux moments de réflexion. «Après l'euphorie initiale, il y a eu quelques adaptations et les mentalités ont évolué, précise Clément Chovin. Quant à ceux qui n'ont pas pu s'adapter, ils sont partis d'eux-mêmes.»

Alors que la sortie de crise semble encore incertaine, Saatchi a donc fait d'une pierre deux coups. L'avenir dira si son choix a été gagnant. Au Parisien, le déménagement à Saint-Ouen n'a-t-il pas amené le journal à se rapprocher de ses lecteurs, et même à renforcer le travail en mobilité des journalistes, tous équipés d'une carte 3G+ pour écrire leur papier de n'importe quel lieu?

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