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Recettes de journalistes pour sauver la presse

19/11/2009 - par Lionel Lévy

À l’heure où les journalistes s’inquiètent de leur avenir, Stratégies, Eaagle et Henry Conseil ont demandé à une centaine d’entre eux de proposer des solutions. Florilège.

Ce n'est pas un scoop, la presse va mal. Tellement mal que, pour la première fois dans l'histoire de la corporation, les principaux syndicats de journalistes français (SNJ, SNJ-CGT, CFDT) ont adressé une lettre ouverte au président de la République. Datée du 5 novembre, celle-ci fait état d'une «situation extrêmement préoccupante» tant sur le plan économique et social qu'éditorial. Les syndicats pointent notamment les 2300 journalistes (sur 38000 détenteurs de la carte de presse) venus gonfler les rangs des chômeurs depuis le début de l'année et les pressions du pouvoir politique et économique sur les journaux.
Multiplication des plans sociaux, conditions de travail dégradées, non-protection des sources… Nombre de journalistes s'interrogent sur leur avenir. Leurs solutions pour sortir les médias de la zone rouge sont variées: développer l'abonnement «premium» sur Internet, transformer les circuits de distribution, développer l'e-paper, réformer la publicité, etc.

Mais s'il ne fallait en retenir qu'une, ce serait se recentrer sur la qualité des contenus et ses corollaires: l'indépendance et les moyens. État des lieux et pistes pour remettre les médias sur les rails.

Améliorer la qualité des contenus…
«Le maître mot d'une presse qui vit, c'est la qualité», résume un journaliste. Tous ne jurent que par celle-ci, mais constatent une baisse de son niveau. «La concurrence n'a jamais été aussi forte et les contenus aussi pauvres», estime l'un d'eux. Un autre regrette «des dossiers de presse remplaçant des analyses de fond», «des voyages de presse à la place de reportages» et des sondages plutôt qu'une parole recueillie auprès des «vrais gens».

Peu d'enquêtes fouillées et d'angles audacieux: le regard porté par les journalistes sur les médias n'est pas tendre. La plupart préconisent de revenir aux fondamentaux en «prenant position, argumentant et offrant une information fiable». «Qu'attendent les lecteurssinon qu'on leur apporte un peu d'intelligence avec des analyses, des idées, des conseils et bien sûr des informations vérifiées (et non du buzz) qui les concernent?», questionne l'un d'eux. Pour cela, certains estiment qu'il faudrait aussi en finir avec les «copier-coller et l'attitude mouton de Panurge». Être donc aussi plus imaginatif – ou moins flemmard. Et avoir plus de liberté.


... en étant plus indépendant

«Pas de qualité sans indépendance», relèvent les journalistes. Indépendance vis-à-vis du monde politique mais surtout des annonceurs. La plupart imputent la «décrépitude de la presse» aux «liens sournois» établis avec différents secteurs de l'économie (édition, agroalimentaire, laboratoires pharmaceutiques, parfumeurs, constructeurs automobiles, etc.). «Sous prétexte de suivre l'actualité, on ne la juge plus, on en fait la promotion, déplore un journaliste de la presse magazine. Et les lecteurs ne s'y trompent pas.» Pour beaucoup, la «presse se serait plus éloignée de ses lecteurs que l'inverse.»

Les voies pour sortir de l'ornière? Peu vont jusqu'à vouloir en finir avec la publicité, mais tous en appellent au courage et à la responsabilité pour résister aux pressions.

Autre piste évoquée pour gagner en crédibilité: l'organisation ou le parrainage de débats, tables rondes et conférences sur des sujets de fond, comme le font déjà certains médias.


Bénéficier de plus de moyens humains et financiers

«Laisser la presse à ceux qui la connaissent» est le cri du cœur de tous les journalistes. «Sortir des infos exclusives, des enquêtes fouillées, cela demande du temps et des moyens», souligne l'un d'eux. Mais les directions des groupes médias l'entendent rarement de cette oreille. «Les financiers gèrent les médias comme des entreprises de pommes de terre en croyant qu'un magazine ou un quotidien est rentable en deux mois et qu'une secrétaire est capable de faire le même boulot qu'un journaliste, tout en étant moins payée», s'insurge un journaliste de la presse magazine.

Côté moyens, si dans leur ensemble les journalistes saluent l'avancée des mesures prises par l'État aux états généraux de la presse pour soutenir le secteur, peu sont pleinement rassurés sur leur avenir.

Dans le nouveau contexte de la loi Hadopi, qui fait des journalistes des auteurs multisupports, certains salariés chichement payés souhaitent un assouplissement des règles de collaboration avec d'autres médias pour arrondir leurs fins de mois. C'est-à-dire «piger pour d'autres supports sans demande individuelle écrite préalable et sans risquer le licenciement pour faute.»


Transformer les modes d'accès à l'information
Pour les journalistes, tout ce qui facilite l'accès du citoyen aux médias est bon à prendre: vente à la criée, développement des points de vente en grande surface, etc. Beaucoup souhaiteraient en finir avec le monopole «coûteux» des NMPP.

Internet? À la fois un problème et une solution. Un problème car les modèles économiques y restent à inventer et parce que l'instantanéité du Web oblige à réagir à une actualité traitée dans l'urgence et donc potentiellement à «des informations non vérifiées, mal écrites, mal exprimées». Tous militent pour rendre l'information payante sur Internet. De même sur le Kindle d'Amazon, l'Iphone et autres smartphones.

À l'ère des nouveaux supports de communication et du foisonnement des fournisseurs d'information, du professionnel à l'amateur, de l'enquêteur indépendant au communicant, qu'adviendra-t-il du métier de journaliste? «Pour sauver la presse, il faut s'adapter aux modes de consommation, centres d'intérêt et outils de communication familiers du public. Mais cela ne sauvera peut-être pas la profession», conclut l'un d'eux.

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