
24/02/2011 - Universités, IEP, écoles spécialisées ou de commerce… Les formations à la communication pullulent. Quelles sont les plus cotées? Enquête et classement en partenariat avec le mensuel L'Étudiant (1)
Sur quels critères peut-on juger les meilleures formations à la communication? Qualité des enseignements et professeurs? Taux d'insertion des étudiants dans la vie active ? Réputation de l'établissement auprès des professionnels? Tout cela à la fois, bien sûr! C'est pourquoi Stratégies a interrogé directement une quinzaine de recruteurs ou de directeurs de la communication, en agences et dans des grands groupes. Ces praticiens sont en effet les seuls à avoir une vision d'ensemble sur tous ces critères. Le questionnement a porté sur deux aspects différents: Quelles sont vos formations préférées dans la communication? Quelle était la formation des cinq derniers recrutés ou stagiaires?
Ce qui saute aux yeux à l'analyse des chiffres, c'est le fossé entre le rêve et la réalité. Spontanément, nombre de nos professionnels citent Sciences Po Paris, les Instituts d'études politiques (IEP) de province, le Celsa ou l'Institut supérieur de communication (Iscom) en tête des meilleures formations à la communication. Les plus branchés évoquent même les nouveaux cursus: Sciences Po École de la com ou encore Sciences Com, du groupe Audencia. Pourtant, quand on se penche sur les derniers embauchés (en poste ou en stage), surprise: hormis le Celsa, les entreprises interrogées ont très peu intégré de candidats issus de ces filières.
Certes, la distorsion entre désir et réalité est un grand classique, et pas uniquement dans le recrutement. Néanmoins, dans ce cas précis, le constat est intéressant. Les effectifs des agences et services de communication sont constitués de profils aux pedigrees beaucoup plus hétérogènes que ce que l'on pourrait croire: des diplômés d'écoles de commerce, d'universités, etc.
Capacités d'adaptation
«Je ne perçois pas ce décalage aussi fortement, pondère Valérie Perruchot-Garcia, directrice de la communication interne d'Axa. Si je regarde les derniers recrutements dans mon équipe, on trouve à la fois des professionnels issus de formations 100% communication (de type maîtrise + Celsa) et des diplômés de filières plus généralistes (IEP, ESCP) ayant eu une première expérience dans une autre entreprise sur des postes de communication.» Une diversité que l'on retrouve aussi chez Euro RSCG C&O. «Nous sommes de plus en plus intéressés par les profils universitaires», confirme Agathe Bousquet, directrice générale adjointe de l'agence.
Ce que les professionnels de la communication prisent chez les élèves de Sciences Po et les universitaires: les qualités de rédaction et de synthèse. «Quand je travaille avec un IEP, je sais que je peux lui déposer une pile de documents sur son bureau et qu'il ne partira pas en courant, car il est capable de digérer beaucoup d'informations», souligne Guillaume Aper, président de l'Association française de la communication interne (AFCI). Et puis, selon Valérie Perruchot-Garcia, «ces profils généralistes ont l'avantage de pouvoir s'adapter à d'autres métiers, d'évoluer en interne. Et ça tombe bien, parce que les grands groupes internationaux cherchent de plus en plus à créer des passerelles interfilières.»
L'autre surprise de notre classement, c'est la place occupée par les écoles de commerce: elles fournissent des bataillons de communicants. «Nous recrutons beaucoup de diplômés de l'ESCP, de l'Edhec, de l'Essec ou de Rouen Management School, alors qu'il y a dix ans ce n'était pas le cas», constate Agathe Bousquet. Ces filières séduisent parce qu'elles dispensent de plus en plus de cours de culture générale, et parce que maîtriser l'économie est plus que jamais indispensable en communication. Enfin, ses diplômés ont un atout plus inattendu: «Ils ont souvent été très actifs via les bureaux des élèves et ont développé des compétences dans l'organisation d'événements», ajoute Guillaume Aper.
Dommage que les étudiants de ces filières ignorent souvent qu'ils ont le profil de communicants! Il est vrai que la profession ne fait pas de publicité auprès d'eux. Et leurs écoles ne font guère d'efforts pour développer leurs relations avec les agences ou les annonceurs en nouant des partenariats ou sollicitant des intervenants.
En octobre, vous allez lancer l'École européenne des métiers d'Internet (EEMI) avec Xavier Niel de Free et Jacques-Antoine Granjon de Vente privée. Pourquoi maintenant, quinze ans après l'arrivée du Web en France?
Marc Simoncini. Pendant longtemps, les métiers d'Internet n'ont concerné que les start-up. Aujourd'hui ce n'est plus le cas: quelles que soient l'entreprise et son activité, exister sur Internet est obligatoire. Dans le même temps, le nombre de métiers autour du Web s'est multiplié. Ils sont devenus plus spécialisés, plus complexes, et exigent une vraie expertise.
Précisément, quels disciplines seront enseignées?
M.S. Nous avons commencé par toutes les passer en revue. Avec Xavier Niel et Jacques-Antoine Granjon, nous en avons recensé une cinquantaine. Puis, nous les avons passées au tamis pour ne retenir que les plus pérennes. Une petite vingtaine de métiers seront enseignés: gestionnaire de communauté, chef de projet, webdesigner, illustrateur 3D, Flasheur, analyste de trafic, acheteur d'espace Web, référenceur, webmarketeur, veilleur stratégique, etc.
Quelle est votre ambition pour cette école et ses étudiants?
M.S. L'école ouvrira à la rentrée de septembre et comptera 200 à 300 étudiants en première année. Sachant que c'est une formation post-bac en trois ans. Nous n'avons pas encore trouvé son siège, mais il devrait être en proche banlieue parisienne. Nous accueillerons nos étudiants en stage en priorité dans nos entreprises (Free, Vente privée et Meetic), mais j'espère bien qu'à l'issue de leur cursus certains d'entre eux rejoindront des grands groupes comme Total, car toutes les sociétés ont besoin de ces experts du Web.
Pourquoi vous associer à la chaire d'e-business créée par HEC?
M.S. La démarche est également intéressante, car elle permet à des futurs managers d'ajouter une spécialisation e-business à leur formation. Néanmoins, il ne s'agit que d'une option d'une centaine d'heures, au cours de laquelle j'interviendrai, comme d'autres dirigeants du Web d'ailleurs.
Ces cursus Internet vont-ils faire de l'ombre aux écoles de communication?
M.S. Non, nous ne voulons pas marcher sur les plates-bandes des écoles de communication car nous n'allons pas former des gens à concevoir des campagnes de pub. L'aspect communication sera mineur.
Lancée en octobre 2007, l'école de communication de Sciences Po Paris a plutôt réussi ses relations publiques: les professionnels du secteur l'ont bien identifiée. Sa promotion 2010 comprenait 80 étudiants, qui l'ont intégrée à bac +3 et en sont sortis à bac + 5 (master). Un an après leur sortie de l'école, les diplômés de la promotion 2009 étaient à 64% en CDI, 18% en CDD, 11% indépendants et 7% contractuels dans la fonction publique.
Cap sur l'Ouest avec Sciences Com, une école créée dans les années 1980 par Philippe de Villiers, qui voit sa cote augmenter depuis son intégration au groupe Audencia en 2010. Elle propose un bachelor métiers de la communication et des médias (deux options), un programme européen management de la communication, niveau master 1 (trois options) et un programme européen management de la communication, niveau master 2 (trois options, dont communication pour la RSE et marketing durable). En tout, 233 diplômés en sont sortis en 2010. Près de 80% des diplômés du master 2 en 2009 avaient un emploi six mois après leur sortie de l'école (enquête réalisée avec le concours de L'Étudiant).
| Formations | Formations préférées des pros (1) |
Origine des derniers recrutés (2) |
| Ecoles de communication | 17 | 8 |
| IEP |
17 | 9 |
| Formations universitaires |
15 | 25 |
| Ecoles de commerce |
5 | 23 |
| Divers |
0 | 7 |
| Formations | Formations préférées des pros (1) |
Origine des derniers recrutés (2) |
| Ecoles de communication | ||
| Iscom | 6 | 5 |
| Efap | 4 | 2 |
| Sciences-Com | 2 | 0 |
| Sup de pub | 1 | 1 |
|
IEP |
||
| Sciences Po Paris | 11 |
5 |
| Sciences Po Province |
6 |
4 |
|
Formations universitaires |
||
| Celsa |
13 |
15 |
| IFP / Paris 2 Panthéon Assas |
1 |
3 |
| Ecoles de commerce | ||
| Rouen Business School |
1 |
4 |
| ESCP Europe |
1 |
3 |
| Essec |
2 | 2 |
| Skema |
0 | 2 |
| Reims Management School |
0 |
2 |
| Inseec | 1 | 1 |
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