
16/06/2011 - Gauloiseries, harcèlement sexuel, gestes déplacés… Dans l’univers de la communication, aussi, ces débordements existent. Enquête.
D'abord il y a eu le piratage de son profil Facebook, pour y publier une photo porno. Une blague courante, durant la pause déjeuner, dans cette agence de publicité d'une cinquantaine de salariés. Puis le détournement de son courriel, pour envoyer un message à toute l'agence accompagné d'une photo très suggestive de bouche dégoulinante assortie de la légende: «J'ai bien mangé ce midi.» Courriel auquel le patron de l'agence a répondu, tout en finesse: «Je savais que tu étais comme ça.» Enfin, il y a eu ce godemiché collé au plafond au-dessus de son bureau…
Pour cette jeune stagiaire de 22 ans, Stéphanie*, le baptême du feu en agence a viré au cauchemar. Au point qu'elle a écourté son stage de six mois en jetant l'éponge après huit semaines. Simples gaudrioles, gauloiseries de vestiaire, blagues lourdingues ou harcèlement sexuel? Dans les agences de publicité, comme dans certains médias, ces comportements limites ne sont pas rares. Pour autant, y a-t-il plus d'affaires de ce type qu'ailleurs?
Terrain propice?
Dans les entreprises, à la faveur des affaires DSK et Tron, les langues se délient. La preuve: le standard de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) n'arrête pas de sonner. «En une journée, on a eu encore cinq nouvelles saisines de victimes, constate Maryline Baldeck. Normalement, c'était notre rythme hebdomadaire. La médiatisation fait que de plus en plus de femmes franchissent le pas de la dénonciation. Et puis la tolérance est de moins en moins grande pour ces comportements.» Un enthousiasme que relativise Roland Coutanceau, psychiatre, expert et auteur de l'ouvrage Les Blessures de l'intimité (éditions Odile Jacob, octobre 2010): «Il s'agit plus d'une vaguelette que d'une vague car il n'y a pas non plus un déferlement d'affaires dans les entreprises.»
Les médias ou les agences sont-ils des terrains propices à ce type de dérapage? S'il n'y a, bien sûr, pas de statistiques sur le sujet, les univers de créatifs, où le «fun» est en général valorisé, les bravades et transgressions plus nombreuses qu'ailleurs, sont des lieux où ces débordements ont plus facilement cours, a fortiori dans les petites agences indépendantes. Même si, selon le psychiatre Roland Coutanceau, «plus qu'un type de profession, c'est plutôt l'ambiance dans l'entreprise qui peut être déterminante. Et celle-ci dépend du comportement des managers et dirigeants.»
Il faut aussi compter avec des commanditaires ou des annonceurs qui sont aussi, parfois, dans une relation de pouvoir. Une dirigeante d'agence médias raconte par exemple qu'elle a dû subir l'insistance d'un de ses clients à l'occasion d'un voyage dans les DROM-COM (anciennement DOM-TOM): «Il ne s'est rien passé mais je me sens encore coupable. La preuve? Je n'en ai jamais parlé à mon mari.»
Certes, toute blague, même connotée, ne relève pas du harcèlement sexuel, qui implique un caractère répétitif. En l'occurrence, l'affaire de Stéphanie pourrait entrer dans le champ d'une autre infraction. «Si son cas était jugé, il pourrait être qualifié de harcèlement moral ou sexuel à caractère sexiste, comme le définit une directive européenne de 2002, explique Maryline Baldeck, déléguée générale de l'AVFT. En effet, le harcèlement commence là où le consentement a été outrepassé.»
Parole contre parole
Plus précisément, le code pénal (article 222-33) définit le harcèlement sexuel comme le fait de harceler dans le but d'obtenir des faveurs sexuelles. C'est l'histoire vécue il y a quelques années par Mélanie*, la trentaine, attachée de presse indépendante, alors qu'elle menait une mission ponctuelle pour un client employé par une agence de communication financière: «Cela a commencé par des blagues allusives: "Alors, il paraît que les attachées de presse couchent facilement." Il me disait régulièrement qu'il voulait m'inviter au restaurant et plus si affinités... En réunion de débriefing, il insistait pour me tenir la main. Parfois, il me posait la main sur la cuisse quand on s'asseyait côte à côte pour valider les communiqués de presse. Jusqu'au jour où j'ai commencé à avoir peur de prendre l'ascenseur avec lui.»
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