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Stages de trois jours, cycles certifiants ou programmes plus longs… les formations au numérique se multiplient.

«Di-gi-tal»! Trois syllabes en or pour les organismes de formation. Comme tout filon, s'il est vraiment intéressant, c'est parce qu'il est inépuisable, car avec le numérique, on n'a jamais fini d'apprendre, une révolution chasse l'autre. Du coup, les professionnels doivent mettre à jour leurs connaissances en permanence et revenir, à chaque fois, en stage. Un eldorado que se disputent de plus en plus d'organismes, mais qui bouscule aussi les méthodes de travail: auparavant, une plaquette de formation pouvait être prête trois mois à l'avance. «Aujourd'hui, cela va très vite, tellement vite que le jour où on organise un stage, il y a le risque qu'il soit déjà obsolète», souligne le dirigeant du cabinet Altaïde et directeur des ressources humaines (DRH) de Valtech, Jacques Froissant. Un nouveau risque bien intégré par les organismes de formation. «Nous remettons à jour nos programmes jusqu'à sept jours avant le début du stage», explique Corinne Brouard, manager de l'offre marketing et commerciale chez Demos.

Aucun organisme n'entend rater ce virage du numérique, d'autant que, paradoxalement, il ne profite pas beaucoup (pour l'instant?) aux grands acteurs de la formation en e-learning (voir encadré p.40). Les professionnels du digital sont plutôt demandeurs de formations avec présence, une façon de confronter les expériences entre participants. D'où le succès de formations de 2-3 jours: «Nous avons lancé un stage sur le “community management” en juin dernier. Il y a eu seize participants à la première session. D'ailleurs, aujourd'hui, nous avons “digitalisé” toutes nos formations, y compris les classiques, en marketing et communication, et notre catalogue compte, en tout, plus d'une centaine de stages en intra et interentreprises», indique Servane Duigou, responsable du développement des formations et conférences Stratégies. Celui qui marche le mieux? «Stratégies digitales», une formation qui s'adresse aux directions marketing et communication des annonceurs et les aide à faire les bons choix stratégiques. L'une des nouveautés au catalogue 2012 s'intitule «Réussir sa stratégie de marque sur Facebook». Dans les programmes des organismes de formation, réseaux sociaux et marketing mobile figurent en bonne place.
Chez Demos, le stage le plus demandé est celui traitant de l'e-marketing. «Ce cursus de deux jours est destiné aux responsables marketing, chefs de produit ou de projet. Il leur apprend à intégrer l'e-marketing au marketing», détaille Corinne Brouard. Également prisé, le thème du marketing mobile, qui s'adresse aux responsables et directeurs marketing et consiste en deux jours d'aide à la décision par rapport à cette problématique «Ces formations de quelques jours sont efficaces à condition qu'elles soient très pratiques, concrètes, qu'elles apportent du vécu», juge Jacques Froissant.

Autre nouveauté, ces stages peuvent être couplés à des manifestations, comme le Digital Paris 2012, un événement organisé en mars prochain par Reed Business Information (éditeur de Stratégies) et Reed Expositions France, qui accueillera douze ateliers d'une demi-journée sur les thèmes de la gestion de communauté, des réseaux sociaux internes, de l'e-réputation, etc.

Diversité des formations

Du côté de la publicité, ce sont les agences elles-mêmes qui innovent, car elles sont de plus en plus nombreuses à créer leur propre structure de formation, pour leurs deux publics: leurs salariés et leurs clients. «Nous arrivons sur le créneau de la formation car il y a une carence de l'offre, estime Ange Michelozzi, DRH de Fullsix. À travers le Fullsix Campus, nous bâtissons des programmes, animés par des formateurs internes. Ainsi, sur le nouveau métier du webdesign, nous avons recruté en juillet dernier un spécialiste, qui va former nos collaborateurs via une initiation en trois heures, puis des sessions plus poussées d'une demi-journée. Sur les médias sociaux, nous avons eu la même démarche, il y a deux ans, et maintenant nous vendons une formation “social media campus” [dix jours] à nos clients.»

À côté des stages courts se développe un autre type d'offre, les cycles certifiants. Des formations de dix à douze jours, mais découpées en plusieurs sessions de 2-3 jours et pouvant s'étaler sur plusieurs mois. L'intérêt de ces cours? Entre deux rendez-vous, les stagiaires appliquent les enseignements. Puis, à la fin du cursus, ils obtiennent un certificat, toujours utile à mentionner sur un CV.

Demos propose ainsi deux cycles certifiants, «Internet au service de la vente et du marketing» et «Webmarketeur». Ces cursus plus longs sont aussi plus ambitieux, et même s'ils ne suffisent pas pour une reconversion professionnelle, ils peuvent accompagner une prise de poste par une personne travaillant déjà dans un univers connexe. «Les cycles certifiants ont de l'avenir, ils permettent de prendre de la hauteur», juge Servane Duigou, de RBI. D'ailleurs, le cycle certifiant de dix jours qu'elle a lancé, en partenariat avec l'université Paris Dauphine, baptisé «E-marketing et e-communication», a refusé du monde: il y a eu trente-cinq demandes pour une vingtaine de places. Servane Duigou va proposer plusieurs nouveaux cycles l'an prochain, dont un sur les thématiques médias sociaux et «community management».

Du côté des formations plus longues, à noter le nouveau cursus initié par Media Institute, intitulé «Stratégie et communication online». Il forme en dix mois de jeunes experts du webmarketing et de la publicité en ligne, aptes ainsi à rejoindre des régies ou des agences. De même le master 2 «Communication et technologies numériques», monté en partenariat par le Celsa et l'École des mines d'Alès, a pour but de former des communicants capables de parler «technique», voire de faire un peu de développement informatique. Et pour les profils plus techniques comme les chefs de projet ou les directeurs de projet Web, les valeurs sûres restent, selon les recruteurs Pierre Cannet, PDG du cabinet Bluesearch, et Charlotte Vitoux-Evrard, responsable du recrutement chez Vivaki, les cursus dispensés par le pôle Léonard de Vinci, l'Epita, l'Epitech et l'Hetic.

S'adapter aux révolutions technologiques

Enfin, du côté des créatifs, ce sont les établissements Penninghen et les Gobelins (voir page 42) qui continuent d'avoir les faveurs des recruteurs. Dont le classique programme «Du graphisme traditionnel au webdesign» proposé par les Gobelins, étalé sur trente-deux jours. «Mais, là encore, nous sommes sur de la conversion. Il s'agit d'acquérir des compétences supplémentaires pour un métier, pas de se reconvertir», prévient Anne Tord, coordinatrice pédagogique de la filière multimédia en formation continue des Gobelins.

Les révolutions technologiques se succèdent à un rythme si effréné que les écoles de commerce ne parviennent pas toujours à suivre. «Comme il n'y a pas d'école qui forme aux médias sociaux, les recruteurs privilégieront aujourd'hui les candidats ayant une belle expérience dans ce domaine», constate Perrine Grua, directrice générale du cabinet Aquent. Mais cela devrait changer. En témoigne la démarche de l'École de management de Grenoble, qui va lancer en septembre 2012 un mastère spécialisé entièrement en anglais :«Stratégie Internet & webmanagement.»

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