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Journalistes et ministres font-ils bon ménage?

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07/06/2012 -

Valérie Trierweiler, Audrey Pulvar, Valérie de Senneville, Nathalie Bensahel... Une journaliste peut-elle continuer à exercer son métier lorsque son compagnon ou mari occupe les plus hautes fonctions de l'Etat? Décryptage, entre conflit d’intérêt potentiel et transparence à tout prix.

Le 16 mai au soir, l'Elysée annonçait la composition du nouveau gouvernement. Le jour même, Rue 89 publiait une application intitulée «Faites mieux connaissance avec vos nouveaux ministres». Parmi les critères: «Quelle est leur expérience ministérielle?», «Quel est leur “statut amoureux”?» et «Vivent-ils avec une journaliste?». Mardi 29 mai, l'«appli» comptait près de 146 300 visites.

Autant de transparence est une première dans la vie ministérielle. Alors qu'auparavant, ce genre d'information restait limité à un cercle de journalistes et de communicants, elles sont désormais communiquées en temps réel sur Internet. Très vite, les quatre femmes journalistes montrées du doigt (Valérie Trierweiler, Audrey Pulvar, Valérie de Senneville et Nathalie Bensahel) ont dû réagir, certaines interpellant au passage la direction de leur rédaction pour savoir si elles pouvaient continuer à exercer leur métier comme avant, et cherchant à répondre aux soupçons de conflits d'intérêts…

Sur le papier, la question ne concerne pas uniquement les conjoints de politiques: dans les journaux économiques et financiers, notamment, le fait qu'un journaliste soit le ou la compagne d'un ou d'une chef d'entreprise peut poser problème. Mais avec la mise en place du nouveau gouvernement, le sujet rencontre bien entendu un écho plus large.

Or, la situation est jugée sévèrement par l'opinion publique, selon un sondage réalisé par Harris Interactive pour le site 2012etvous.fr: 54% des Français interrogés estiment que lorsqu'une femme journaliste politique vit en couple avec un homme politique, elle doit «arrêter d'exercer le métier de journaliste politique». La réponse est similaire (55%) à l'égard des journalistes politiques masculins en couple avec une femme politique.

«Ne pas rester dans le non-dit»

De fait, avec le gouvernement Ayrault, le problème est inédit par son ampleur: il n'y avait jamais eu autant de journalistes compagnes de ministres, sans parler de la nouvelle première dame. La situation vire rapidement à l'ubuesque: ainsi cette interview du numéro 2 du PS, Harlem Désir, par une Audrey Pulvar, compagne d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, visiblement mal à l'aise, dans l'émission On n'est pas couché, samedi 19 mai sur France 2.

Dès le lendemain de la victoire de François Hollande, Valérie Trierweiler, avait rédigé elle-même les légendes des photographies de sa «vie en cinq photos» publiées dans Le Point du 10 mai. Qui, de la journaliste ou de la compagne du président, a légendé ces visuels?

La première dame est bien sûr en première ligne. Valérie Trierweiler, journaliste à Paris match, devrait bientôt annoncer son départ ou non du magazine. Audrey Pulvar est également très exposée. Elle a été écartée du 6/7 de France Inter, une radio où elle devrait présenter une nouvelle émission à la rentrée. Pour l'instant, elle continue de participer à On n'est pas couché, mais ne doit plus interviewer de personnalités politiques. De toute façon, la question ne se pose plus jusqu'à la fin de la campagne électorale des législatives. Suivront deux émissions seulement avant la coupure estivale. France Télévisions et la société de production du programme ont un peu de répit pour imaginer une solution.

Valérie de Senneville, journaliste aux Echos, épouse de Michel Sapin, ministre du Travail, a mis les pieds dans le plat, en saisissant le comité d'indépendance éditoriale du titre. «Je ne voulais pas rester dans le non-dit, j'attends une ligne claire aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de mon journal, afin qu'il n'y ait pas de possibilités de soupçons de conflits d'intérêts», précise-t-elle. Elle couvre aujourd'hui les sujets justice et judiciaire au service Enquête, et a suivi récemment les affaires Kerviel ou Servier. «A mon sens, elle peut continuer à écrire dans le journal, sauf sur des sujets liés à la politique, précise Francis Morel, PDG du groupe Les Echos. Pour nous, il n'y avait même pas sujet à débat.» Il a transmis son avis aux administrateurs indépendants membres du comité d'indépendance éditoriale des Echos, qui doit trancher ces prochains jours.


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