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Les écoles de journalisme en quête de public

14/06/2012 - par Solange Brousse

Longtemps sur leur piédestal, le CFJ, l’ESJ et l’IPJ nouent des partenariats divers et variés avec l’enseignement supérieur public.

Les écoles de journalisme privées, autrefois fièrement isolées, ne considèrent plus depuis leur piédestal leurs homologues publiques... Finances en berne, mise en place du cursus LMD (Licence-Master-Doctorat), loi LRU: le contexte a suffisamment changé pour que l'Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, l'Institut pratique de journalisme (IPJ) et le Centre de formation des journalistes (CFJ) lorgnent l'enseignement public. «Certaines écoles se rapprochent du public pour se sauver financièrement... ou à tout le moins dans une logique de pérennité, affirme le directeur du CFJ Christophe Deloire, qui s'apprête à rejoindre Reporters sans frontière. Nous, non: le groupe CFPJ tient à son indépendance.»

Pourtant, le CFJ est adossé depuis quelques années à Paris I. Ses élèves peuvent passer, s'ils le désirent et sans avoir à acquitter de frais d'inscriptions, un master 2 en journalisme politique ou économique en Sorbonne – un diplôme reconnu au niveau européen contrairement au diplôme en journalisme, assimilé à un bac + 4. «Nous sommes dans une dynamique de rapprochement entre égaux, souligne Christophe Deloire. Nous nous rapprochons du public à la demande des pouvoirs publics, en raison d'un intérêt profond pour les professeurs de la Sorbonne, et enfin pour proposer un double diplôme qui s'inscrit dans la logique LMD.»
A l'IPJ, le rapprochement avait commencé de la même manière: la mise en place d'un double diplôme avec Paris-Dauphine. Après quelques expérimentations, dès 2008, les étudiants étaient inscrits dans les deux établissements. Mais en 2011, l'IPJ est devenue un département de Paris Dauphine, totalement intégré, avec des frais d'inscriptions inchangés (4 300 euros par an). Aucune motivation économique, assure son directeur Pascal Guénée, puisque «les comptes sont à l'équilibre depuis 2003-2004». «Depuis la fin des années 1990, assène-t-il, il est clair qu'il n'y a pas de place parmi les établissements d'excellence pour une école d'une centaine d'étudiants. Il faut s'inscrire dans un pôle plus important, pour bâtir des partenariats, s'ouvrir à l'international...»

L'enseignement de certaines matières comme l'économie s'en trouve renforcé. A terme, l'école espère aller plus loin et proposer des cours dans la quinzaine d'écoles que compte le pôle Paris Sciences et Lettres (Dauphine, Paris Chimie Tech, les Arts Déco, etc.). Le désir d'étoffer la formation est à l'origine du rapprochement du CFJ avec l'ESCP ou l'ENS: les élèves peuvent suivre des cours dispensés par les deux écoles grâce à un système d'échanges entre partenaires.

L'Ecole supérieure de journalisme de Lille semble aller dans le même sens. Depuis 2011, le concours d'entrée vaut pour Sciences Po Lille. Les élèves suivent obligatoirement un double cursus, à l'issue duquel ils ont le double diplôme. Mais deux inscriptions sont à régler, soit 3900 euros pour l'ESJ, auxquels s'ajoutent 1 100 euros pour l'IEP.  Si les élèves de Sciences Po profitent du rapprochement avec l'école de journalisme (avec une admissibilité directe, sans passer les concours écrits, pour environ 25 élèves de troisième année), le bénéfice semble maigre pour ceux de l'ESJ: quelques cours magistraux qui ne sont pas la raison d'être de cette école professionnelle.

Mais l'ESJ avait-elle le choix? Ses comptes sont en déficit structurel depuis plusieurs années, malgré une subvention du conseil régional de 2,8 millions en 2009. Le directeur de Sciences-Po Lille, Pierre Mathiot, assure que l'école de journalisme ne vise pas les «faibles» dotations d'«un IEP de région». «Nous n'avons pas les moyens financiers de faire la banque», explique-t-il. «Inquiet» pour son partenaire, il fait confiance au plan de redressement  présenté le 7 juin lors du conseil d'administration de l'ESJ... Son directeur, Marc Capelle, se défend de tout visée exclusivement économique: «Une école de journaliste n'est pas une école de commerce. Nous ne pouvons pas fonctionner comme une business-school, confiait-il y a quelques semaines. On pourrait considérer que ce que l'on fait relève du service public.» Mais qui dit service public ne dit-il pas aussi deniers publics?

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