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Une enquête sur le climat interne aux résultats inquiétants, des recrutements trop politiques... la Haute Autorité chargée de lutter contre le piratage sur Internet traverse une mauvaise passe. Y survivra-t-elle ?

Rien ne va plus à la Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet). Alors que l'institution joue sa survie depuis l'élection de François Hollande, les tensions se multiplient en interne. Dernier épisode, la décision le 21 juin dernier de mettre à pied provisoirement la directrice du département finances et du développement. Une enquête administrative devrait être déclenchée pour un problème de conflit d'intérêt. Un proche de l'institution y voit une autre explication: «Les dirigeants de la Hadopi souhaitaient faire de la place à une ancienne collaboratrice de l'Elysée», persifle-t-il. Sollicitée par Stratégies, la direction de la Hadopi n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Dans le même temps, une autre arrivée à la Hadopi a suscité des remous en interne: celle de Pauline Blassel, une ex-conseillère à la présidence de la République, qui vient d'être nommée coordinatrice du département recherche. Son recrutement se serait fait en catimini, avec une publication de profil de poste après coup, selon un agent de la Hadopi. Les parachutages et les recrutements trop politisés, voilà justement un des principaux motifs de plainte des agents dans le cadre d'une enquête interne menée par les représentants du personnel.

Dans ce document, que Stratégies a pu se procurer, 56,5 % des collaborateurs (44 répondants sur 60) considèrent que les règles de fonctionnement de leur institution ne sont pas justes. Ce que confirme un fin connaisseur du dossier: «Bon nombre d'embauches de managers se font par copinage politique, autour du secrétaire général, Eric Walter, le Monsieur Web de l'ex-président de la République, Nicolas Sarkozy. Plutôt que sur la base d'une procédure de recrutement rigoureuse basée sur les compétences.» Cela a contribué à créer une atmosphère de travail pesante confirmée par les résultats de l'enquête de climat: 41% des agents jugent que «leur activité professionnelle actuelle est assez éprouvante» et 13,5%, «très éprouvante». Ils pointent également une gouvernance peu claire: «Plus des deux tiers d'entre eux estiment que des instructions floues et le fait qu'ils soient mal informés les empêchent d'effectuer correctement leur travail».
Un salarié sur trois affirme même qu'au cours des cinq derniers mois, sa santé s'est dégradée en raison de son activité professionnelle. «Le moins que l'on puisse dire c'est que les questions de personnel ne sont pas gérées avec une grande rigueur dans cette institution», glisse, en maniant l'euphémisme, un proche du dossier. Bien sûr, les incertitudes sur l'avenir de l'institution accroissent le mal-être actuel des agents. Ce qui n'empêche pas une majorité (54,5 %) des salariés de se dire assez (47,5%) ou très satisfaits de leur situation globale.

Depuis l'élection de François Hollande, la donne a changé pour la Hadopi, et le fait d'avoir mené des recrutements partisans fragilise et isole d'autant plus l'institution. D'autant que les anti-Hadopi sont en embuscade, et s'emparent de chaque faux pas pour discréditer l'institution. Ces remous multiples risquent-ils de précipiter sa disparation? Une hypothèse de plus en plus crédible.

Le chantier va bientôt démarrer avec Pierre Lescure, l'ex-patron de Canal +, à la manœuvre: il a été chargé par le gouvernement de piloter la commission de concertation sur la Hadopi. Elle pourrait durer plusieurs mois. Une réflexion en profondeur selon Didier Mathus, député PS et membre du collège de la haute autorité: «Nous devons repenser la Hadopi, elle ne peut plus être seulement un outil consacré à la répression. Il faut redéfinir les enjeux autour des droits d'auteur. Le destin de l'organisme dépendra de ces réflexions. Il y aura peut-être encore une structure consacrée à cette question mais ce ne sera plus la Hadopi actuelle.»

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